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"Un cancer de la prostate est une maladie qui se développe à partir de cellules de la prostate, initialement normales, qui se transforment et se multiplient de façon anarchique, jusqu’à former une masse appelée tumeur maligne", décrit l'Institut National du Cancer.

La majorité des cancers de la prostate sont des adénocarcinomes (90 %). Cela signifit qu'ils se développent à partir des cellules qui constituent le tissu de revêtement de la prostate (cellules épithéliales).

En France, on estime près de 54 000 nouveaux cas par an. Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent, à la fois chez l’homme et dans l’ensemble de la population. Il est très rare avant 50 ans et son incidence augmente progressivement avec l’âge. L’âge moyen au moment du diagnostic est de près de 70 ans.

"Il a été établi que les antécédents familiaux constituent un facteur de risque du cancer de la prostate. De plus, les hommes d’origine afro-antillaise présentent un risque accru de développer ce cancer", ajoute l'Institut. Néanmoins, il faut savoir que ce cancer est aussi lié à d'a utres facteurs de risque évitables. C'est notamment le cas des mauvaises habitudes alimentaires, du surpoids, du tabac ou encore de certains médicaments. On les passe en revue et on démèle le vrai du faux des nombreuses idées reçues qui existent sur le cancer de la prostate.

Le surpoids favorise le cancer de la prostate

Le surpoids, traduisant une mauvaise alimentation, peut augmenter le risque de cancer de la prostate. Dans son livre Docteur c’est la prostate, le Dr Pfeifer, urologue, explique que les hommes consommant trop de calories et/ou trop de lipides ont une propension plus forte à développer un cancer de la prostate.

"Évaluer le rôle précis d’une alimentation sur le cancer n’est pas chose aisée", mais d’après les statistiques réalisées, les personnes ayant un régime alimentaire équilibré ont moins de risques de développer ce type de tumeur.

Les propos du spécialiste ont été confirmés par plusieurs études. La dernière en date ? Une enquête menée à Montréal entre 2005 et 2012 par une équipe de chercheurs de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), publiée le 27 juin 2020 dans le journal Nutrients. Les scientifiques ont pu démontrer qu'il existe bel et bien une relation entre les habitudes alimentaires et l'apparition de cette maladie.

Une alimentation saine réduit vos risques de cancer de la prostate

Les chercheurs ont identifié trois profils alimentaires : un modéle d'alimentation saine, un modèle occidental salé et alcoolisé qui comprend plus de viandes et de boissons comme la bière et le vin, et enfin, un modèle occidental qui se distingue par une forte consommation de pâtes, de pizzas, de desserts sucrés et de boissons gazeuses.

Le premier modèle se caractérise par une forte consommation de fruits, de légumes et de protéines végétales. Les tests ont tenu compte de l’âge, de l’ethnicité, de l’éducation, des antécédents familiaux et de la date du dernier dépistage de cancer de la prostate.

Sans surprise, les résultats sont sans appel : il y a bien une association entre alimentation saine et diminution du risque de cancer de la prostate. À l’inverse, un alimentation occidentale avec sucreries et boissons était associée à un risque plus élevé et semblait favoriser des cancers plus agressifs.

Les plats préparés : des molécules néfastes pour la santé

Un élément marquant a été mis en avant par l'étude : le risque de cancer de la prostate concernerait tout particulièrement les hommes qui ne préparent pas leurs repas eux-même. Ces derniers sont plus friants d’aliments transformés ou de plat préparé. L'explication : les aliments plus transformés vont avoir davantage de molécules néfastes pour la santé.

"Nous soupçonnions depuis longtemps que l’alimentation pouvait jouer un rôle dans le développement du cancer de la prostate, mais il s’est avéré difficile de comprendre quels facteurs seraient spécifiquement impliqués, ajoute la Pre Marie-Élise Parent, auteure principale de l'étude. Cette étude, qui se penche sur les habitudes alimentaires dans leur ensemble, est révélatrice".

La viande est mauvaise pour la prostate !

La viande est mauvaise pour la prostate !© Istock

En plus des plats préparés, certaines pratiques alimentaires peuvent être à risque pour la prostate. "La consommation excessive de certains produits peut jouer un rôle dans l’apparition de la maladie", explique le Dr Pfeifer, urologue.

Une étude américaine a montré que les hommes qui consommaient plus de viande rouge et de charcuterie avaient deux fois plus de risques de cancer de la prostate que ceux qui en consommaient moins.

Cancer : pourquoi faut-il limiter la viande ?

La viande rouge constitue également un facteur de risque pour le cancer du côlon et du rectum. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé la consommation de viandes rouges comme probablement cancérogène (Groupe 2a). Les viandes définies comme "viandes rouges" dans les études épidémiologiques correspondent à l’ensemble des viandes de boucherie (hors volaille) : bœuf, porc, veau, agneau, mouton et autres types (cheval, chèvre).

"Plusieurs mécanismes peuvent expliquer l’augmentation du risque de cancer colorectal associée à la consommation de viandes, indique l’Institut National du Cancer. Production de composés N-nitrosés cancérogènes ; production de radicaux libres et de cytokines pro-inflammatoires liés à un excès de fer héminique ; production d’amines hétérocycliques (AHC) ou d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), liée à la cuisson à forte température".

Il est recommandé de limiter la consommation de viandes rouges à moins de 500 g par semaine (1 steak pèse entre 100 et 150 g). Privilégiez la volaille et alternez avec le poisson.

Charcuterie : l'effet cancérogène serait dû au nitrites

L'effet cancérogène de la charcuterie serait dû aux nitrites et aux nitrates (précédemment cités). Ces composés sont présents dans le saucisson, mais aussi dans la plupart des charcuteries industrielles comme le jambon blanc, cru, le bacon, le lard ou encore le foie gras.

Camembert, roquefort, cantal : un lien avec le cancer de la prostate

Camembert, roquefort, cantal : un lien avec le cancer de la prostate© Istock

Les fromages affinés (camembert, roquefort, cantal...) consommés en trop grandes quantités, peuvent devenir néfastes pour les personnes de plus de 50 ans, en augmentant les risques de cancer de la prostate. La forte teneur en graisses animales saturées, présentes dans les fromages gras, serait en partie responsable.

En cause ? L'industrialisation et le traitement des produits

"Consommer deux produits laitiers par jour protégerait du cancer colorectal, aurait un effet neutre sur celui du sein mais favoriserait celui de la prostate", expliquait le Dr Hanène Boudabous, oncologue, interviewé par Medisite en février 2020. En cause ? L'industrialisation et le traitement de ces produits.

"Le lait et les produits laitiers sont liés à un risque accru de cancer de la prostate en raison de l'hormone IGF-I, qui deviendrait néfaste si elle est présente en trop grande quantité dans notre organisme", ont démontré des chercheurs de la Mayo Clinic, qui ont passé en revue 47 études publiées entre 2006 et 2017, auprès de plus d'un million de participants.

Les taux de cancer de la prostate plus faibles dans les pays asiatiques

Ces derniers ont constaté que les produits laitiers constituent la principale source de calcium dans les pays occidentaux, où les taux de cancer de la prostate sont élevés. À l'inverse, les taux de cancer de la prostate sont plus faibles dans les pays asiatiques, où la consommation de produits laitiers est réduite. Néanmoins, le niveau de preuves scientifiques est aujourd'hui encore limiter et ne permet d'incriminer à 100% les fromages affinés dans la survenue du cancer de la prostate.

Cancer de la prostate : limitez l'alcool !

Cancer de la prostate : limitez l'alcool !© Istock

La consommation d'alcool, même modérée, est associée à une augmentation du risque de développer un cancer de la prostate. "Il est donc préférable de ne pas boire d'alcool. Mais les personnes qui choisissent de boire de l'alcool devraient limiter leur consommation à 1 verre par jour pour les femmes et 2 verres par jour pour les hommes.

L'alcool est responsable de 28 000 nouveaux cas de cancer par an (8% des cancers), estime l’Institut National du Cancer. "La relation entre l'alcool et les cancers est scientifiquement établie quel que soit le type de boisson alcoolisée consommée, le facteur cancérogène étant l'éthanol qu'elles contiennent toutes", précisent les experts.

Cancer de la prostate : quid de la bière ?

Des scientifiques américains de l’Université de l’Oregon auraient découvert qu’un composant de la bière, le "xanthohumol", présent dans le houblon, pourrait aider à prévenir l’apparition de ce type de tumeur. Mais d’après leurs recherches, il faudrait consommer jusqu’à 17 bières par jour pour observer un effet !

Or, selon le Dr Pfeifer, urologue, il n’existe aucune preuve scientifique étayant cette hypothèse. La bière ne prévient pas le cancer de la prostate. D’après médecin, la bière fait certes travailler les reins, par son effet diurétique, mais, il vaut mieux consommer de l’eau, à raison de 1 litre par jour en dehors des repas.

Certains aliments protègent du cancer prostatique

Certains aliments protègent du cancer prostatique© Istock

Si certains aliments semblent augmenter vos risques de cancer de la prostate, il est aussi que d'autres sont connus pour vous prémunir.

Soja, tomate, poisson : ils peuvent vous protéger

Parmi les aliments qui limitent vos risques, on cite le soja. Riche en phyto-oestrogène, il est très consommé dans les pays d’Asie où l’on dénombre très peu de cancers de la prostate.

En outre, la tomate est considéré comme l’aliment anti-prostatique par excellence, d’après le Dr Pfeifer. Riche en antioxydant naturel, elle agit en prévention et inhibe les tumeurs avérées.

Les oméga 3, ces graisses bénéfiques présentes dans le poisson ont des propriétés anti-inflammatoires et anti-tumorales. Les graines de lin, les huiles de soja et de colza sont également riches en oméga 3.

Enfin, les alliacés (ail, oignon et échalotes) sont connus pour avoir leurs vertus anti-cancéreuses.

Cancer : faite le plein de vitamine D

La vitamine D est "une arme anti-cancer formidable. Le corps la synthétise grâce au soleil ou la tire de l’alimentation", explique le Dr Pfeiffer. Parmi les aliments les plus riches en vitamine D, on trouve l’huile de foie de morue, le saumon, l’anguille, la sardine, le thon, le hareng, la limande, le maquereau, la sole et le foie de poulet. Attention : exposer quelques centimètres de peau quelques minutes par jour aux UV, suffit à synthétiser suffisamment de vitamine D. Inutile de se mettre en danger en risquant un cancer de la peau.

Le thé vert, bon pour la prostate

Le thé vert est riche en substances anti-oxydantes : les catéchines. Elles permettent de limiter le développement des tumeurs. Des études faites sur des souris ont démontré que l’équivalent de 6 tasses de thé quotidiennes chez l’homme permettrait de stopper le développement des cellules cancéreuses. "Les études sont encore rares, mais le thé vert pourrait être un moyen de prévention intéressant", explique le Dr Pfeifer.

Certains médicaments favorisent le cancer prostatique

Certains médicaments favorisent le cancer prostatique© Istock

Certains traitements, notamment ceux contenant des hormones masculines, peuvent augmenter les risques de cancer prostatique. Lorsque l’on suit un traitement à base de testostérone (en complément de boosters érectiles type Viagra®, Cialis® ou Lévitra®, par exemple) il faut être particulièrement attentif. Poser la question clairement à votre médecin référent, qui évaluera le rapport bénéfice/risque en fonction de vos risques potentiels.

Fumer augmente le risque de cancer de la prostate

Fumer augmente le risque de cancer de la prostate© Istock

Une analyse de l'ensemble des études cliniques portant sur le lien entre tabac et cancer de la prostate a été publiée en 2018 dans le JAMA Oncology. Elle montre que le fait de fumer ou d'avoir fumé constitue effectivement un facteur de risque de développer ce cancer. On sait également que la cigarette peut provoquer des troubles érectiles et plusieurs troubles de la prostate.

L’exercice limite les risques de tumeur

L’exercice limite les risques de tumeur© Istock

Les scientifiques ont observé que plus les gens sont sportifs, moins ils ont de risques de développer un cancer. Contrairement à ce que l’on pense souvent, une activité physique régulière ne requiert pas forcément un effort important. Le Dr Pfeifer recommande par exemple la marche à pied. Il précise aussi que contrairement à ce que ses patients disent souvent en consultation, la pratique du vélo ne joue absolument aucun rôle dans le développement du cancer de la prostate.

Se masturber prévient le cancer de la prostate

Se masturber prévient le cancer de la prostate© Adobe Stock

L'hypothèse a été lancée par des chercheurs australiens : des substances responsables du cancer de la prostate pourraient se développer à l’intérieur de la glande si l’homme n’éjacule pas régulièrement. Désormais, la littérature abonde en ce sens. Selon une étude publiée en 2017 dans la revue European Urology, les hommes qui éjaculent au moins 21 fois par mois réduisent de 33 % leur risque de développer un cancer de la prostate, par rapport à ceux qui n'éjaculent que 4 à 7 fois par mois.

Il faut se faire dépister avant 50 ans

Il faut se faire dépister avant 50 ans© Istock

Le cancer de la prostate affecte 30% des hommes entre 50 et 60 ans. C’est pourquoi il est indispensable de se faire dépister dès 50 ans et faire ensuite un examen annuel systématique. Cette maladie concerne TOUS LES HOMMES sans exception. 40% des hommes sont affectés au-delà de 70 ans, et 70 % au-delà de 80. Actuellement en France, 50 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. "Plus on vieillit, plus le risque de cancer prostatique augmente", explique le Dr Pfeifer, urologue.

Le toucher rectal fait partie du dépistage

Le toucher rectal "est indispensable", affirme le Dr Pfeifer, urologue. Le dépistage se divise en deux étapes : l’analyse du taux de PSA (antigène prostatique spécifique), et le toucher rectal. Pourquoi ? Parce qu’un fort taux de PSA n’est pas forcément révélateur d’un cancer de la prostate et qu’à l’inverse, une tumeur peut se développer sans avoir aucune incidence sur le taux de PSA. Le PSA n’est donc qu’un marqueur parfaitement fiable, en tout cas seul. Il est indispensable de doubler son analyse d’un toucher rectal.

Perdre de la graisse abdominale pour réduire de tumeur à la prostate

Comme nous l’avons vu précédemment, l’obésité est associée au cancer de la prostate. Toutefois, il semblerait que surveiller son IMC ne soit pas suffisant pour se protéger de la maladie, il faut aussi faire attention à son tour de taille. Ce dernier est en effet utilisé aussi comme mesure de l'obésité, car il indique la quantité de graisse accumulée autour des organes d'une personne.

Une étude, présentée au Congrès européen sur l'obésité aux Pays-Bas et publiée dans la revue BMC Medicine en mai, a mis en lumière que - tout comme le surpoids - le tour de taille est lié au risque de développer une tumeur cancéreuse dans la prostate.

Les chercheurs ont examiné les dossiers de 218 237 hommes inscrits au programme de recherche UK Biobank dont l'indice de masse corporelle, le tour de taille et le rapport taille-hanche avaient été notés lors de leur inscription. Pendant les 12 années de suivi, 661 participants sont décédés d’un cancer de la prostate.

Après avoir analysé les données sur la santé des hommes morts d’un cancer de la prostate et les avoir comparées à celles des autres, les chercheurs ont découvert que pour chaque 10 cm de tour de taille supplémentaires, il y avait 6 % plus de risques de mourir d'un cancer de la prostate. Le risque de mourir de la maladie grimpe de 7% pour 5 points d’IMC supplémentaires.

En se penchant sur des travaux réunissant les informations de près de 20 000 patients ayant succombé à une tumeur de la prostate, les scientifiques ont trouvé des corrélations similaires.

Bien que les mécanismes derrière les résultats soient encore inconnus, l’équipe pense que l'étude suggère que les hommes devraient essayer de maintenir un poids et un tour de taille santé. Elle rappelle par ailleurs que les autorités sanitaires mondiales recommandent aux hommes de viser un tour de taille de 92 cm pour rester en bonne santé.

"En savoir plus sur les facteurs qui augmentent le risque de cancer de la prostate est essentiel pour le prévenir", a expliqué la Dr Aurora Perez-Cornago de l'Université d'Oxford, qui a dirigé la recherche.

"L'âge, les antécédents familiaux et l'origine ethnique noire sont des facteurs de risque connus, mais ils ne sont pas modifiables, et il est donc important de découvrir les facteurs de risque qu'il est possible de modifier."

Sources

Les habitudes alimentaires sont associées au risque de cancer de la prostate dans une étude cas-témoin basée sur la population à Montréal, Canada, Nutrients, 27 juin 2020

Les cancers de la prostate : points clés, Institut National du Cancer

https://7news.com.au/news/public-health/lose-weight-reduce-prostate-cancer-study-c-6686166.amp

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