Bassin de Lacq : une "surmortalité" mesurée dans cette commune des Pyrénées

Selon une étude de Santé publique France, un risque de surmortalité “significatif” a été constaté autour des usines du bassin de Lacq, dans les Pyrénées. Mais les industries sont-elles en cause ? Pour le moment, le mystère reste entier.

45 usines classées “dangereuses” par les autorités

Que se passe-t-il dans l’atmosphère du bassin de Lacq, cet impressionnant site industriel des Pyrénées-Atlantiques ? C’est une question que se posent les autorités. D’où l’étude menée par Santé publique France, qui a été présentée jeudi 19 décembre à la commission de suivi de site (CSS).

Celle-ci avait pour objectif d’évaluer les potentiels effets délétères des 45 installations entourant le bassin de Lacq.

Cet ancien site d’extraction gazière, exploité pendant plusieurs décennies par le groupe Elf-Aquitaine devenu aujourd’hui Total, a été remplacé par une myriade d’usines chimiques : Sanofi, Arkema, Toray, Lubrizol… Depuis plusieurs années, des riverains du site, dont certains y travaillent, se plaignent d’odeurs asphyxiantes, d’éruptions cutanées, d’irritations oculaires.

Or, sur le total d’usines concernées, 14 d’entre elles sont catégorisées “Seveso seuil haut” et 6 “Seveso seuil bas”.

En France, ces termes indiquent les seuils de classement en fonction de la dangerosité des sites. Il existe le “Seveso seuil bas” et le “Seveso seuil haut”.

La première catégorie regroupe environ 500 établissements sur le territoire français qui représente un risque important. Et la seconde compte plus de 600 établissements représentant un risque majeur.

Ces “risques” représentent tous les dangers liés aux accidents impliquant des substances dangereuses (ici, chimiques).

Une "surmortalité pour les pathologies de l’appareil respiratoire”constatée

Suite à ses travaux d’investigation, Santé publique France a trouvé “une surmortalité pour les pathologies de l’appareil respiratoire” autour des usines.

Les auteurs du rapport ont utilisé deux modèles différents d’analyse : l’un compare les causes de décès (cancers, maladies de l’appareil circulatoire, respiratoire…) à proximité des industries avec le reste de la région, sur la période 1968-2014, tandis que l’autre adopte d’autres tracés de zonage selon un gradient d’exposition, et en prenant en compte des critères sociologiques (niveau de vie, taux de diplômes…) entre 1999 et 2014.

Dans le premier cas, l’organisme de veille sanitaire a retrouvé “une surmortalité pour les pathologies de l’appareil respiratoire” dans deux zones.

Dans le second, l’analyse montre “un excès significatif en zone B (qui n’est pas la plus proche des usines, ndlr) pour les pathologies de l’appareil circulatoire et de l’appareil respiratoire”.

Résultat : si l’on prend en compte toutes les causes de décès, y compris tous les cancers confondus, il n’existe pas de surmortalité par rapport au reste de la région.

Pour Santé publique France, “des excès de décès observés pour les pathologies des appareils respiratoires et circulatoires en zone B nécessiteront des investigations complémentaires”.

Pour Eddie Bouttera, secrétaire général de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques, "il faut expliquer cette surmortalité". Pour autant rien ne prouve le lien avec les industries de la région selon lui. "Cela peut être une erreur statistique, mais cela peut aussi être lié à d'autres pathologies sans rapport avec le bassin de Lacq".

D’autres études avaient déjà révélé des résultats inquiétants

En 2015, l’association de défense de l’environnement Sepanso avait révélé les résultats d’une étude de l’Institut de santé publique, d’épidémiologie et de développement (Isped) : datant de 2002, elle mettait en évidence une surmortalité dans la zone à proximité du bassin de Lacq.

Entre 1968 et 1998, les chercheurs établissaient une surmortalité de 14 % pour les personnes de moins de 65 ans vivant dans la zone directement à proximité des usines, par rapport aux habitants de la zone témoin la plus éloignée, à 12 kilomètres du site industriel.

Depuis 2015 et la révélation de cette première étude, des habitants réclament la poursuite des recherches épidémiologiques au-delà de l’année 1998.

Selon Stéphanie Vandentorren, directrice de Santé publique France en Nouvelle-Aquitaine, on manque encore de données pour établir de réelles conclusions sur la santé des habitants : “il faudrait suivre près de 80 000 personnes sur une vingtaine d’années pour obtenir une “puissance statistique” suffisante.

En attendant, l’organisme de veille sanitaire a déjà annoncé deux prochaines études s ur les usines du bassin de Lacq, attendues d’ici juin 2020.

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