Les anti-inflammatoires prolongent la douleur après une opération selon une nouvelle étude

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 20/01/2026
anti-inflammatoires chirurgie
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Une étude remet en question l’utilisation des anti-inflammatoires après une opération chirurgicale : au lieu de soulager la douleur, ils la prolongeaient ! On vous explique. 

Prothèse de hanches ou de genou, cataracte, pose de stents… plus de 9 millions d’opérations chirurgicales ont été réalisées dans les hôpitaux et cliniques françaises en 2024, soit environ 1 000 par heure, selon les derniers chiffres de l’Assurance maladie. Trois fois plus qu’il y a 45 ans. Avec souvent, en post-opératoire, une prescription de médicaments antidouleurs, en particuliers des anti inflammatoires. 

Prendre des anti-inflammatoires après une opération chirurgicale : une mauvaise approche selon une nouvelle étude

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université d'État du Michigan aux Etats-Unis et publiée dans le Journal of Pain Research fin 2025 suggère que cette approche pourrait être contre-productive et que bloquer l'inflammation pendant cette période critique pourrait, en réalité, retarder la guérison et prolonger la douleur au lieu de la soulager.

L’idée était que bloquer l’inflammation réduirait la douleur de manière générale”, explique ainsi Geoffroy Laumet, auteur principal de l’étude et professeur associé au Département de physiologie et au Programme de neurosciences de l’Université d’État du Michigan. “Or, à long terme, bloquer l’inflammation a augmenté la douleur. C’était un résultat inattendu.

Les travaux menés sur des souris ont ainsi montré que la prise d’anti-inflammatoires après une petite incision avait bloqué “une molécule clé de signalisation immunitaire appelée TNF-α” ce qui a eu pour effet de prolonger la douleur, au lieu de la raccourcir. “Cela a empêché l'organisme de réguler la douleur normalement”, a expliqué le Pr Laumet. 

Si l'on considère tous les types d'interventions chirurgicales - de l'extraction dentaire à la pose d'une prothèse de hanche -, la douleur disparaît spontanément chez 90 % des patients. Mais les 10 % restants développent des douleurs chroniques. Ces douleurs persistantes sont très difficiles à traiter ; elles résistent bien aux médicaments et peuvent durer des années”. Bien gérer la douleur en postopératoire est ainsi une clé de la récupération pour les mois qui suivent. 

Identifier plus précisément les molécules qui prolongent la douleur

Cette étude n’est que le point de départ de nouveaux travaux qui devront déterminer plus précisément quelles sont les molécules qui agissent sur l’inflammation mais aussi sur la récupération de l’organisme et les douleurs. Des interactions complexes existent en effet entre tous ces éléments

Nous ne comprenons pas encore bien le rôle de chacun, il sera donc essentiel d'identifier les molécules qui contribuent à la douleur et celles qui contribuent à son soulagement, insiste le chercheur.  L'objectif est de cibler les molécules nocives et de préserver les molécules bénéfiques.” 

D’autant que l’inflammation, processus naturel, n’est pas nécessairement négative, elle participe aussi, sous certains aspects, à la récupération. 

"Certes, elle est douloureuse, mais elle agit aussi de l’intérieur pour soulager la douleur. L’idée, répandue dans le milieu médical, selon laquelle il faut absolument bloquer l’inflammation immédiatement en cas de blessure, n'est pas toujours la meilleure stratégie”, conclut le Professeur. Affaire à suivre. 

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Laumet, S., Edwards, A. M., Inyang, K. E., & Laumet, G. (2025). Unexpected Role of TNFα Signaling in the Resolution of Postoperative Pain in Mice. Journal of Pain Research, 18, 6057–6063. https://doi.org/10.2147/JPR.S543971

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