Infections urinaires, prostatite : ce médicament en rupture totale de stock n'est plus disponible en France
Depuis plusieurs mois, les patients souffrant d'infections bactériennes complexes font face à une pénurie médicamenteuse inquiétante. Le traitement antibiotique de référence pour certaines atteintes du système urinaire est en effet introuvable, ce qui oblige les autorités sanitaires à prendre des mesures drastiques pour sécuriser la continuité des soins.
Système urinaire : un antibiotique indispensable en rupture totale
L'Azactam 1 g, dont le principe actif est l'aztréonam, est officiellement en rupture de stock en médecine de ville comme à l’hôpital depuis plus de deux ans indique l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Ce traitement cible spécifiquement les infections urinaires hautes et basses, qu'elles soient compliquées ou non, les prostatites aiguës ainsi que les urétrites gonococciques. En infectiologie lourde, les médecins le prescrivent pour des infections sévères à bactéries Gram négatif, comme les septicémies ou certaines affections intra-abdominales et gynécologiques. À ce jour, aucune date de remise à disposition normale n'est annoncée, ce qui prolonge l'incertitude pour les professionnels de santé confrontés à ces pathologies. Le laboratoire Delbert Pharma qui produit le médicament vient de publier une lettre à destination des professionnels de santé pour dresser un état des lieux.
Pénurie internationale : quelles sont les causes industrielles ?
Cette absence prolongée résulte de problèmes de fabrication majeurs. Lors de l’inspection d’un nouveau site de production de l'aztreonam, des non-conformités ont été détectées, bloquant l'obtention des certifications nécessaires pour la distribution. Les stocks issus de l'ancienne usine étant complètement épuisés, la chaîne d'approvisionnement est aujourd'hui à l'arrêt. Cette crise dépasse largement les frontières françaises. La pénurie affecte plusieurs pays européens, limitant drastiquement les solutions de dépannage entre États voisins. Pour préserver les faibles réserves disponibles sur le territoire, l'ANSM interdit l'exportation du médicament par les grossistes-répartiteurs.
Importations d'urgence et rationnement strict : les pistes pour sortir de l’impasse
Face à cette impasse, les autorités ont d'abord importé des unités initialement destinées aux marchés belge et espagnol. Mais là aussi les stocks ont fondu. Depuis fin juillet, des doses d'Azactam 2 g en provenance des États-Unis (laboratoire Bristol-Myers Squibb) sont distribuées de façon exceptionnelle. Ce dosage américain atypique exige une vigilance renforcée des soignants lors de la préparation pour éviter toute erreur médicale. L'ANSM impose désormais de réserver ce traitement exclusivement aux infections documentées à bacilles à Gram négatif produisant des métallo-bêta-lactamases, lorsqu'aucune autre option n'existe. L'accès est hyper-régulé : chaque commande nécessite l'accord collégial d'un référent antibiotique et la validation d'un formulaire nominatif pour le laboratoire.
Pénurie de médicament : quelles sont les conséquences pour les malades ?
Ce rationnement historique transforme les habitudes de prescription en profondeur. L'Azactam ne doit plus servir d'alternative systématique pour les patients allergiques aux bêtalactamines, comme les pénicillines. De plus, les livraisons sont limitées à sept jours de traitement maximum par commande afin d'empêcher tout stockage préventif injustifié. Pour les indications classiques telles que les prostatites ou les infections urinaires simples, les spécialistes doivent dorénavant prescrire d'autres familles d'antibiotiques, en appliquant les recommandations de la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF). Enfin, un autre médicament contenant de l'aztréonam, baptisé Emblaveo, connaît également des tensions d'approvisionnement et ne peut pas être utilisé comme substitut standard.