Cadmium : "J'ai perdu ma mère en décembre dernier d’un cancer du pancréas à 58 ans, seulement 3 mois après le diagnostic"

Publié par S. Coucke-Haddad
le 28/05/2026
contamination au cadmium
Istock
Photo d'illustration
Le cadmium, ce métal lourd omniprésent dans notre alimentation, se retrouve à nouveau au cœur de l'actualité suite au décès fulgurant d'une femme de 58 ans à Toulouse. Son mari et son fils appellent à réduire de toute urgence les taux de cadmium dans notre alimentation.

Je m'appelle Alexandre, j'ai 25 ans, et j'ai perdu ma mère en décembre dernier d’un cancer du pancréas à 58 ans, seulement trois mois après le diagnostic”. Après la perte tragique de leur épouse et mère, Jean-François Roussel, un ingénieur toulousain et son fils Alexandre dénoncent le danger silencieux qui se cache dans nos repas quotidiens.

L’été dernier, la vie de la famille Roussel bascule lorsque son épouse de 58 ans reçoit un diagnostic de cancer du pancréas. La maladie progresse avec une violence inouïe et entraîne son décès en décembre, à peine trois mois après l'annonce. Lors de son hospitalisation, l'équipe médicale suspecte de fortes présomptions d’imprégnation de son organisme au cadmium.

“En trente ans, le nombre de cas a été multiplié par quatre en France et nous sommes trois à quatre fois plus contaminés que nos voisins européens.”

Face à cette tragédie, Jean-François et son fils Alexandre lancent la pétition "Stop au poison dans nos assiettes" afin de réveiller les consciences et de passer à l'action contre ce fléau évitable. Selon les confidences du mari au quotidien Midi Libre, l'alimentation de son épouse l'a probablement surexposée, car "elle mangeait beaucoup de chocolat, du pain, des aliments dont on sait aujourd’hui qu’ils sont chargés en cadmium".

Pourquoi la population française est-elle si contaminée ?

Les chiffres dévoilés par l'étude ESTEBAN de Santé publique France confirment une surexposition record du pays. La population française se trouve 3 à 4 fois plus exposée au cadmium que ses voisins européens ou américains. Pour 98 % des non-fumeurs, cette imprégnation provient directement de l'alimentation.

Les principaux coupables sont les produits de grande consommation comme les produits céréaliers, les pommes de terre et les légumes à feuilles. Cette pollution tire sa source des engrais minéraux phosphatés, importés en grande quantité d'Afrique du Nord. 

Ces roches contiennent naturellement des niveaux élevés de ce métal lourd, qui se dépose ensuite dans nos sols agricoles. Actuellement, la réglementation française autorise une teneur de 90 mg/kg de cadmium dans les engrais, un seuil sévèrement critiqué alors que l'Anses recommande de le réduire à 20 mg/kg depuis plusieurs années.

Quel lien entre cadmium et cancer du pancréas ?

Le Centre international de recherche sur le cancer classe officiellement cette substance comme un cancérogène pour l'homme (groupe 1). Sur le plan épidémiologique, le nombre de cancers du pancréas a quadruplé en trente ans sur le territoire national. Une méta-analyse publiée dans Plos One en avril 2025 confirme que les personnes les plus exposées présentent un risque de développer ce cancer multiplié par deux et que cette étude a révélé "une association significative entre l'exposition au cadmium et le risque de cancer du pancréas". 

Il faut dire que ce métal lourd possède une demi-vie d'élimination impressionnante, puisqu'il reste piégé dans le corps pendant 10 à 30 ans. Il s'accumule spécifiquement dans les reins, les os et le pancréas, favorisant des maladies telles que l'ostéoporose. On estime que près de la moitié des adultes français dépassent aujourd'hui les seuils critiques de cadmium urinaire, signe d'un risque toxique à long terme.

Poison des assiettes : l’Etat doit prendre des mesures urgentes !

La mobilisation citoyenne initiée par la famille Roussel a permis de récolter plus de 8 000 signatures (vous pouvez vous aussi signer ici) Ce mouvement interpelle directement les pouvoirs publics : "Combien de morts faudra-t-il avant que le gouvernement n’agisse ?". À l'Assemblée nationale, une proposition de loi transpartisane exige de faire chuter le taux maximum autorisé dans les engrais à 20 mg/kg d'ici 2030, elle sera discutée en juin 2026.

En réponse, le ministère de l'Agriculture propose une diminution progressive par paliers pour atteindre cet objectif seulement en 2038 ! Une incompréhension des associations de victimes et de la communauté scientifique, qui jugent cette transition beaucoup trop lente face à l'urgence sanitaire. 

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