Accusé de viol, ce gynécologue exerce comme diabétologue à Arras (62)

Bernard Henric aurait 62 victimes à son actif. Ce praticien exerçant comme gynécologue à Arras (62) aurait agressé sexuellement de nombreuses patientes. Parmi elles, Angélique et sa cadette qui ont déposé plainte. Mis en examen, le médecin n’a plus le droit d’exercer comme gynécologue. Désormais, il pratique l’endocrinologie et traite le diabète dans le même cabinet.

Le 14 novembre 2014, Angélique était la première femme à déposer plainte contre le Dr Bernard Henric, exerçant comme gynécologue à Arras, dans le Nord-Pas-de-Calais. Elle accuse le médecin de l’avoir agressée sexuellement. Pourtant, depuis la plainte, l’information judiciaire tourne au ralenti. Si le Dr Henric a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, il continue d’exercer en tant qu’endocrinologue, diabétologue et médecin nutritionniste dans la même commune. Au total, 62 victimes potentielles à son actif.

La sœur cadette d’Angélique ferait aussi partie de ces victimes. Agées de 38 et 33 ans, elles témoignent toutes les deux au sein du Journal du Dimanche (JDD), ce samedi 15 février. Depuis l'ouverture de l'information judiciaire à Béthune, les deux sœurs n'ont pas été entendues par un juge d'instruction. Leur avocat, Maître Loïc Bussy déplore les lenteurs de l’instruction et s’apprête à déposer deux demandes d’audition.

Elle sentait le souffle du gynécologue proche de son vagin, puis sa langue

Quelques jours avant de déposer plainte, Angélique quittait sa consultation gynécologique en larmes, raconte-t-elle. Sa séance de rééducation périnéale post-accouchement aurait duré près d’une heure. Une durée anormalement longue selon deux expertises médicales ajoutées au dossier d’instruction.

Dans sa position, Angélique ne parvenait pas à voir ce que faisait le Dr Henric. Mais ce dont elle est certaine, c’est qu’elle sentait le souffle du gynécologue si proche de son vagin, puis sa langue. "Dans ma tête, je me dis : si ça recommence, je réagis", se remémore-t-elle aujourd’hui. Pourtant, elle ne parvient pas à faire un geste. "Je n'avais même pas la force de parler, mes jambes étaient molles". Elle finit par prétexter une crampe pour qu’il cesse.

"Le pire, c'est qu'après ça, je lui ai fait un chèque et je lui ai serré la main", déplore la jeune femme.

Angélique n’était plus capable de consulter un gynécologue

"J'avais une confiance aveugle en lui. Je lui dois mes deux enfants", ajoute Angélique. Bernard Henric la suivait depuis 9 ans et lui avait diagnostiqué son endométriose.

Depuis, Angélique assure ne plus être capable de retourner à Arras. Elle a dû quitter son emploi. "Si j'y vais [à Arras, ndlr], je tremble, je ne sens plus mes jambes, j'ai l'impression que tout le monde sait, que ça se voit".

En outre, la jeune femme n’arrivait plus à consulter un autre gynécologue et ne soignait donc plus son endométriose. Conséquence : Angélique a fait une septicémie. Les médecins ont été contraints de lui retirer tout son appareil génital pour lui sauver la vie.

Le docteur provoquait des orgasmes sur certaines patientes

Si Angélique a longuement hésité avant de déposer plainte, ses collègues l’ont persuadé de parler. Suite à sa plainte, un questionnaire a été envoyé à plus de 2200 patientes du Dr Henric. Les dépositions et témoignages s’accumulent : les femmes s’interrogent sur la durée prolongée des consultations, la lumière tamisée du cabinet et surtout, sur certains examens qui leur ont provoqué des orgasmes. En 2009, une des patientes aurait raconté avoir senti le sexe du médecin contre le sien. Mais après une confrontation, elle avait préféré retirer sa plainte.

Face au juge d’instruction, le Dr Henric mentionne des "gestes scientifiques". Malgré tout, la dernière expertise versée au dossier démontre des pratiques "à connotation sexuelle".

Le docteur a usurpé le titre de "Gynécologue"

La justice reproche également au Dr Henric d’avoir usurpé le titre de gynécologue, selon le JDD. Ce dernier justifie que tout médecin a le droit de pratique des "actes de bases", sans pour autant être diplômé de cette spécialité.

"Nous n'avions pas de spécialiste FIV dans le département, se souvient Marc Biencourt, ancien président du Conseil de l’Ordre des médecins du Pas-de-Calais devant les enquêteurs. Nous étions très contents de l'accueillir et n'avons pas procédé à des vérifications particulières le concernant".

En 2015, la justice prononce une interdiction d’exercer en tant que gynécologue à l’encontre du Dr Henric. Pourtant, jusqu’en 2018, la plaque apposée à l’entrée du cabinet mentionnait toujours cette spécialité. En outre, aujourd’hui encore sur la plateforme Doctolib, le Dr Henric apparaît comme "Gynécologue médical et obstétrique".

Photo : capture d'écran plateforme Doctolib

Photo : capture d'écran plateforme Doctolib

Capture d'écran plateforme Doctolib

Enfin, via le site des Pages Jaunes, il est aussi possible de d'obtenir une consultation avec le Dr Henric en tant que diabétologue, endocrinologue et médecin nutritionniste.

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