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Le monde vivant bactérien présent sur terre comporte au bas mot des millions d'espèces et probablement bien plus. Sur ces quelques millions d'espèces bactériennes, entre 100 et 150 sont connues comme pathogènes pour l'Homme. Un microorganisme est qualifié de pathogène, s'il est capable de contribuer à une infection chez l'Homme.

"On préfère parler d'espèces potentiellement pathogènes, car il y a encore des différences au sein de chaque espèce bactérienne, nous explique le Pr Stéphane Gayet, infectiologue. Au sein d'une espèce bactérienne, potentiellement pathogène, comme le staphylocoque doré (genre Staphylococcus, espèce aureus) par exemple, il existe des souches très pathogènes et au contraire des souches peu pathogènes".

Parmi les quelque 100 à 150 espèces bactériennes potentiellement pathogènes, la très grande majorité a pour réservoir le corps humain. "C'est là une notion fondamentale largement ignorée, y compris chez les professionnels de santé, poursuit le professeur. Quand elles se trouvent en dehors du corps humain, certaines bactéries meurent rapidement, d'autres peuvent persister quelque temps, voire se multiplier si les conditions leur sont favorables".

Les bactéries affectionnent particulièrement la chaleur, l’humidité et les nutriments. "Ce sont trois éléments essentiels à leur survie", précise le Pr Gayet. Dans votre maison, ce sont la cuisine, la salle de bain et les toilettes, les pièces les plus propices à la profusion de bactéries. "Quant aux tapisseries, tapis, revêtements, textiles, canapés, fauteuil et literies… leur contamination est surtout constituée d’acariens et de champignons", explique l’expert. On fait le tour pièce par pièce et on vous livre les endroits les plus propices aux contaminations.

Méfiez-vous de ces objets en cuisine : ils favorisent les intoxications bactériennes

C’est en cuisine que les risques de contamination sont les plus importants semble-t-il. En effet, les bactéries affectionnent l’humidité et les nutriments, éléments essentiels à leur survie.

"Des bactéries d’origine animale ou humaine peuvent proliférer et constituer un risque sérieux d’intoxication alimentaire bactérienne", explique le Pr Gayet.

15 % des éponges contiennent des bactéries de type E.Coli potentiellement mortelles

Le colibacille (E.coli) fait partie du microbiote digestif (anciennement appelé flore intestinale) de l’Homme. "Quand nous déféquons, nous en récoltons en très grand nombre sur nos mains lors de notre essuyage anal", poursuit l’expert. Sans une bonne technique de lavage des mains, il en restera. On les retrouve ensuite dans les pièces d’eau, puisque nos mains les y déposent. Mais "étant donné que les éponges sont un bon support de prolifération bactérienne, on les retrouve aussi ensuite sur cet objet : c’est logique", déclare encore le Pr Gayet. Environ 15 % des éponges trônant dans la cuisine contiendraient des bactéries comme E.coli.

Quels sont les risques d'une contamination par E.coli ?

"Escherichia coli est une bactérie qui s’établit dans le tube digestif de l’homme et de certains animaux, confirme de son côté l’Institut Pasteur. La majorité des souches de E.colis sont inoffensives, quelques-unes seulement sont vraiment pathogènes. C’est le cas des souches de E.colis dites entérohémorragiques (ECEH). Ces dernières provoquent une diarrhée sanglante". Régulièrement, elles sont la cause d ’intoxications alimentaires.

Parallèlement, les toxines produites par ECEH détruisent la paroi des vaisseaux sanguins et causent des problèmes de coagulation et d’hypertension. Cette maladie devient mortelle dans 3 à 5 % des cas. "Certaines personnes développent aussi des complications neurologiques pouvant aboutir à un état de coma", ajoute l’Institut.

Planche à découper : elle peuvent cacher la Listeria

Vous l’utilisez pour éplucher vos courgettes, puis pour couper votre viande. Enfin, vous la rincez hâtivement avant de l’utiliser pour faire votre salade. La planche à découper est donc aussi un nid à bactéries dans la cuisine ! Ces dernières peuvent provenir des mains des personnes qui préparent la nourriture ou des denrées alimentaires.

Quels sont les risques d'une contamination à la listeria ?

Une gêne intestinale après le repas qui se manifeste par des nausées, douleurs abdominales ou encore une diarrhée. L’expert nous cite également l’entérocolite aiguë (inflammation de la muqueuse intestinale ou colique). Son origine peut être bactérienne, virale, parasitaire ou intolérance alimentaire. Quant aux premiers symptômes, l’infectiologue cite les nausées, vomissements, frissons, douleurs abdominales ou la diarrhée.

Mais "Il faut encore citer la listériose, ajoute le Pr Gayet. Elle est provoquée par la Listeria qui est une bactérie que l’on retrouve dans le système digestif de nombreux animaux". Si vous contractez une poussée de fièvre, accompagnée de maux de tête et d’un malaise général, il vaut mieux consulter. La listériose peut faire des ravages et mener à des complications neurologiques comme la méningite. Elle peut être fatale chez les personnes âgées ou fragiles (atteintes de cancer, sous dialyse ou transplantées). En effet, le taux de mortalité atteint les 30 ou 40 % pour les cas de méningite à cause de la Listeria.

La salle de bain : royaume des bactéries fécales

Souvent chaude et humide, la salle de bain est avant tout le paradis des bactéries. Serviettes de toilettes, rasoirs, pinces à épiler ou même accessoires pour le bain… Ces derniers stagnent quotidiennement dans l’humidité, ce qui les rend si populaires chez les bactéries. Ces objets nécessitent d’être nettoyés et traités régulièrement, voir remplacés. Et surtout, ils ne devraient pas être partagés.

Serviettes de toilette : le rendez-vous des bactéries... fécales

Les serviettes de toilette attirent les bactéries, semble-t-il. Après être allé aux toilettes, vous vous lavez les mains, puis vous vous essuyez avec cette petite serviette, qui reste constamment humide. Sans en être conscient, vous attrapez alors des bactéries... fécales.

"En étant humides, les serviettes de toilette favorisent la survie et la prolifération bactérienne, décrit le Pr Gayet. Il faut impérativement individualiser ces serviettes et ne pas les partager au sein de la famille. Ce sont tous les objets que l’on manipule avec les mains, les premiers vecteurs de bactéries". Et si vous les utilisez après les autres membres de la famille, vous vous y exposez encore plus.

Les serviettes de toilette peuvent être vectrices de gastro-entérites aiguës virales (gastro) ou d'infections respiratoires aiguës (grippe et infections para-grippales). Vous pouvez aussi contracter une infection plus grave.

Le Pr Gayet évoque le risque de staphylocoque doré (si vous avez une plaie : abcès, panaris...). Il s’agit de l’espèce la plus pathogène du genre Staphylococcus, responsable d’intoxications alimentaires, abcès et autres infections et dans certains cas d’infections mortelles (si le patient est immunodéprimé notamment). Les staphylocoques se transmettent en cas d’infection de la peau, mais aussi à partir d’objets contaminés par la bactérie comme les serviettes, mais aussi les taies d’oreiller ou les téléphones.

L’infectiologue mentionne aussi la bactérie E.colis et la salmonelle. Cette seconde provoque la salmonellose dont la période d’incubation peut aller de 12 à 72 heures. Les intoxications à salmonelle peuvent engager le pronostic vital des patients. Si elle pénètre le corps par voie alimentaire dans la majeure partie des cas, elle peut aussi se transmettre d’une personne à une autre. La salmonelle peut se retrouver un peu partout dans la maison (surtout dans la cuisine et les toilettes), car cette bactérie est résistante et peut survivre un certain temps à l’extérieur d’un hôte.

Rasoirs et pinces à épiler : gare aux infections !

"Dans la salle de bains, les hommes peuvent développer une infection de la pilosité faciale en se rasant avec un rasoir contaminé par des bactéries, met en garde le Pr Gayet. Attention, le risque est le même pour les femmes qui se rasent les aisselles, les jambes, les cuisses, ou encore le pubis".

Une des erreurs les plus courantes ? Laisser votre rasoir dans un coin de la baignoire ou de la douche. Il baigne alors dans l’eau stagnante et favorise la prolifération de bactéries. Le fait qu’il soit constamment dans l’eau diminue aussi sa durée de vie. En outre, il est à portée de main des autres membres du foyer. Or, il faut savoir que le rasoir est à usage strictement personnel. Au même titre que la brosse à dents et la pince à épiler.

"On peut donc développer une infection en cas de plaie, de brûlure ou de toute éruption cutanée [ce qui est souvent le cas lorsqu’on utilise le rasoir !, ndlr], du moins si la lésion est contaminée par un nombre important de bactéries pathogènes", dévoile le Pr Gayet. Le professeur évoque le risque de rougeur, abcès et panaris. La plupart des abcès sont provoqués par la bactérie Staphylocoque doré et apparaissent sous forme de poches remplies de pus à la surface de la peau.

Canard en plastique : 75 millions de germes à lui seul ?

Une étude suisse parue en 2018 alertait sur le nombre gigantesque de bactéries potentiellement pathogènes qui fleurissent à l'intérieur des jouets en plastique comme les petits canards, une fois plongés dans l'eau sale du bain. Les jouets, plongés dans l'eau propre, contiendraient plus de 5 millions de bactéries. Quant aux canards plongés dans l'eau sale, ils en abriteraient plus de 75 millions.

"Les chercheurs ont aussi observé des germes potentiellement pathogènes chez 80% des canards étudiés, notamment des légionelles et des bactéries très résistantes de l'espèce Pseudomonas aeruginosa, connues pour causer de nombreuses maladies nosocomiales" rapporte l'étude.

La composition du plastique, les bactéries contenues dans l'eau sale du bain, les agents chimiques des savons et gels douches ainsi que les bactéries émises par le corps contribuent à faire fleurir un véritable écosystème de microbes parfois pathogènes, surtout à l'intérieur des jouets sur lesquels figure souvent un petit trou permettant aux microbes de fleurire dedans. Cela expose les usagers à un risque d'irritation des yeux, des oreilles ou même de troubles intestinaux, expliquaient les chercheurs.

Le salon : des risques d’allergie et de virus hivernaux

"Les tapisseries, tapis, revêtements textiles, canapés, fauteuils et literies peuvent aussi être contaminés, prévient l’infectiologue. Leur contamination sera particulièrement constituée d'acariens et de champignons".

Les coussins : ils pullulent d'acariens !

Les coussins du canapé, si moelleux et réconfortants, font pourtant partie des plus grands nids à bactéries du salon. "A la surface et à l’intérieur des coussins, on trouve des acariens, détaille le Pr Gayet. Les bactéries présentes sont essentiellement des staphylocoques épidermiques de la peau. Mais ces dernières ne sont pas considérées comme pathogènes".

En revanche, l’infectiologue nous incite à être plus vigilant avec nos oreillers. "Les microorganismes présents sur les oreillers et coussins du canapé, qui vont être une menace pour notre santé, sont essentiellement les acariens de maison, décrit-il. Il s’agit de minuscules Arachnides (parasite à 4 paires de pattes), proche de la gale et des tiques. Ces derniers pullulent dans les oreillers, mais aussi au sein des couettes et des matelas".

Ces parasites s’immiscent dans notre organisme durant notre sommeil par le nez. "Ils irritent alors nos muqueuses, prévient l’expert. Vous souffrirez alors d’une gêne respiratoire, d’éternuements répétés, toux, maux de tête ou de picotements oculaires".

En outre, certaines personnes peuvent développer une véritable allergie aux acariens. Dans ce cas, la qualité du sommeil se verra grandement altérée. "On l’appelle l’allergie à la poussière de maison, et dans ce cas de figure, leur présence va devenir très problématique", poursuit le Pr Gayet.

Néanmoins, les bactéries présentes sur nos oreillers et coussins, aussi nombreuses qu’elles soient ne constituent pas un danger, dans la mesure où il s’agit de bactéries environnementales. "S’il est préférable de penser à changer régulièrement les taies d’oreiller, c’est pour vous protéger des acariens", précise le spécialiste.

La télécommande, principal vecteur de rhumes et bronchites ?

La télécommande est un objet manipulé tous les jours, par toute la famille. "On y trouve des bactéries potentiellement pathogènes, déposées par les mains", détaille le Pr Gayet. C’est par les fentes et les contours des touches que ces bactéries parviennent à s’infiltrer. Et pour cause, vous vous précipitez sur la télécommande constamment sans vous être lavé les mains avant. Ce qui en fait l’un des objets où réside le plus de bactéries.

Une étude menée il y a plusieurs années par des chercheurs de l’université de Virginie (États-Unis) suggérait déjà que la télécommande pouvait être à l’origine de certains virus de type rhume, bronchiolite et bronchite. En effet, les mains constituent le principal vecteur de ces maladies.

La solution ? Nettoyer la télécommande plus régulièrement en ne se contentant pas simplement de retirer la poussière, mais en passant un chiffon imbibé d’alcool pour en neutraliser les germes (mais veillez à ne pas faire pénétrer par les fentes).

Produits ménagers : attention à l'excès d'hygiène

Si le risque de contamination existe, partir à la chasse aux bactéries n’est pas la meilleure attitude à adopter. "Les bactéries de l'environnement ne représentent pas d'une façon générale un risque infectieux pour l'Homme, clarifie le Pr Gayet. Et il faut avouer que cette obsession générale vis-à-vis des ‘microbes’ a constitué un lucratif fonds de commerce pour les entreprises vendant des produits de désinfection". Or, ces derniers s’avèrent parfois encore plus nocifs que les bactéries en elles-mêmes.

Les produits ménagers reconnus cancérigènes

Les produits ménagers que vous utilisez peuvent constituer un danger, semble-t-il. "Ils peuvent émettre des composés organiques volatils comme le benzène et le formaldéhyde, alerte l’Association Santé Environnement France (ASEF). Ces composés, reconnus comme cancérigènes, se trouvent dans vos détergents, dégraissants, solvants, lave-vitres, mais aussi dans les bougies parfumées et parfums d’intérieur".

Le plus souvent, une forte exposition aux produits ménagers va se traduire par une irritation des voies respiratoires. En revanche, sur le long terme, elle peut s’avérer plus nocive. "Une étude de 2010 suggère que les produits d’entretien contribueraient à augmenter les risques de cancer du sein", poursuit l'ASEF. Selon leurs experts, il est donc préconisé de limiter les détergents et les désinfectants intégrant les substances les plus toxiques à savoir l’eau de javel, le formaldéhyde, les phosphates ou encore les borates.

Une "hygiène trop parfaite" peut causer des allergies

Inutile de vouloir remplacer ces produits néfastes par des antibactériens, selon l’association. "Il n’est pas nécessaire de désinfecter la maison. En général, la présence de microbes dans notre environnement est normale, et même indispensable pour notre santé, rassure l’ASEF. D’ailleurs, seulement 3% des bactéries présentes dans notre environnement peuvent causer des maladies.

De récentes études ont même montré que certaines allergies seraient favorisées par une "hygiène trop parfaite". En effet, n’étant plus confronté aux microbes, le corps ne produirait plus de défenses immunitaires efficaces. "Il ne faut pas confondre l’hygiène "vraie" (la prévention) avec le nettoyage et la désinfection", précise l'infectiologue.

Comment limiter les risques de contamination à la maison ?

Ce n'est pas en désinfectant le sol de la cuisine, de la salle de bains et des toilettes, que l'on évite une quelconque infection. "C'est non seulement inutile, mais néfaste, car toxique à cause de la dispersion de produits volatils délétères dans l'air du domicile", renchérit le Pr Gayet.

Ce qui importe, c'est tout ce que l'on touche, car le principal vecteur de contamination dangereuse est la main. Voici les habitudes à adopter, pièce par pièce.

Dans la salle de bains : évitez de partager vos affaires !

Pensez à désinfecter régulièrement (si possible) avec de l’alcool ménager les rasoirs, ciseaux à ongles ou encore les pinces à épiler. Ce sont tous des portes d’entrée pour les bactéries qui ne se feront pas prier.

En outre, sachez qu’il ne faut jamais partager une brosse à dents. Ces dernières sont des nids à microbes. Elles abritent tous les germes présents dans notre bouche à un moment donné. En plus des bactéries cariogènes (responsables des caries), vous pouvez transmettre toutes sortes de germes, dont des virus, en prêtant votre brosse à dents.

"Les essuie-mains sont aussi de redoutables vecteurs", prévient encore le spécialiste. Il faut éviter de les partager, surtout en cas d'épidémie ambiante ou lorsque l'un des habitants du domicile a une infection. L'idéal est d'individualiser les serviettes et surtout les essuie-mains.

Dans la cuisine : évitez les produits chimiques composites

Avant toute chose, il faut cesser de désinfecter le sol. "Il importe d'adopter des règles de propreté, et même d'asepsie pour préparer la nourriture et conserver les aliments au frais. Les mains doivent être lavées avant de toucher la nourriture et seules les personnes qui préparent les aliments sont autorisées à toucher les denrées", estime le professeur.

En outre, le plan de travail doit être nettoyé sans faille. L’expert préconise pour cela d'utiliser de l'eau chlorée (dilution d'eau de Javel au 1/20e : un volume d'eau de Javel à 2,6 % de chlore actif dans 19 volumes identiques d'eau froide).

"Il faut se souvenir que les risques de contamination proviennent essentiellement du corps humain (mains, bouche et anus) et des produits alimentaires d'origine animale, explique encore le Pr Gayet. C'est là que se concentrent les vrais risques infectieux".

Enfin, il est toujours préférable d'utiliser le moins possible de produits chimiques composites, mais des produits naturels pour nettoyer la cuisine (détergent pur comme le savon de Marseille, eau de Javel sans additif, alcool ménager, vinaigre blanc, jus de citron…).

Sources

Merci au Pr Stéphane Gayet, infectiologue et hygiéniste au CHU de Strasbourg

Le Petit Guide Santé du Ménage rédigé par nos médecins, Association Santé Environnement France

Escherichia coli, informations et traitements, Institut Pasteur

Ugly ducklings—the dark side of plastic materials in contact with potable water, Biofilms & Microbiomes, 27 mars 2018