"140 000 morts par an" : les cardiologues alertent et demandent un dépistage automatique partout en France

Publié par S. Coucke-Haddad
le 29/09/2026
stéthoscope et représentation d'un cœur
Istock
Photo d'illustration
Les maladies cardio-neuro-vasculaires sont responsables de plus de 140 000 décès chaque année en France et causent des handicaps lourds chez les rescapés. Les cardiologues montent au créneau pour réclamer la mise en place d'un dépistage précoce et systématique sur tout le territoire.
 

Les maladies cardio-neuro-vasculaires frappent sans prévenir et constituent la deuxième cause de mortalité dans l'Hexagone, juste derrière les cancers, chez les hommes, et la première cause de mortalité chez les femmes. À l'occasion de la Journée mondiale du cœur, les spécialistes français réunis au sein de l'alliance CAP CŒUR publient un Livre blanc pour faire bouger les lignes.

Maladies cardio-neuro-vasculaires : un bilan sanitaire alarmant

Chaque année, les infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux (AVC) et l'insuffisance cardiaque entraînent le décès de plus de 140 000 Français. Ces pathologies représentent également la première cause de handicap acquis chez l'adulte. Selon les données de l'Assurance maladie, la prise en charge de ces affections entraîne un coût médical direct dépassant les 29 milliards d'euros par an. Sur ces dépenses, “seuls 2 % sont consacrés à la prévention” déplore le Pr Victor Aboyans, en charge du Plan Cœur au sein de la Société française de cardiologie.

Le plus rageant ? “80 % de ces accidents vasculaires pourraient être évités grâce à un repérage précoce des facteurs de risque” tonnent les spécialistes lors de la conférence de presse organisée le 24 septembre 2026 pour présenter le Livre blanc. Essai qui s’articule autour de trois points essentiels : la prévention et le dépistage, l’accès au soin (encore trop inégal sur le territoire) et la recherche et l’innovation.

Dépistage systématique : le point d’orgue de la prévention

Pour inverser cette tendance, les cardiologues préconisent un repérage précoce (de l’hypercholestérolémie familiale notamment, dès l’âge de 6 ans), un dépistage aux moments clés de la vie mais aussi une implication de tous sur la santé cardiovasculaire. L’idée ? Importer le concept anglo-saxon Know your numbers pour inciter chacun à connaître ces trois chiffres incontournable : sa tension, sa glycémie et son profil lipidique.

Ce suivi peut et doit aussi s'articuler avec les rendez-vous « Mon bilan prévention ». Ces consultations intégreront la recherche de l'hypertension, du diabète, de l'atteinte rénale, des apnées du sommeil et du stress chronique. Autre demande des spécialistes : un examen ciblé pour les plus de 60 ans pour dépister les valvulopathies, l'insuffisance cardiaque et la fibrillation atriale, une anomalie du rythme responsable de nombreux AVC sévères.

Infarctus, AVC, insuffisance cardiaque : jusqu’à une année pour un rendez-vous !

Sur l’ensemble du territoire, les patients attendent en moyenne 65 jours pour obtenir une consultation chez un cardiologue, un délai qui peut s’allonger en fonction de son lieu de vie et grimper jusqu’à une année dans certains départements. Des disparités géographiques qui touchent aussi la prise en charge aiguë, lors d’un infarctus par exemple.

Sept départements ne possèdent aucune unité de soins intensifs cardiologiques et dix sont dépourvus d'unité neurovasculaire. Pour désengorger les filières de soin, le Livre blanc suggère de confier de nouveaux actes aux infirmiers en pratique avancée, tout en développant la télésurveillance et l'électrocardiogramme connecté au sein des maisons de santé.

Femmes et profils vulnérables, quelles sont les priorités ?

Les pathologies cardiovasculaires ne frappent pas uniquement les hommes. Elles tuent près de 200 femmes chaque jour en France. Avec des vulnérabilités spécifiques à certains moments de la vie des femmes : pendant la grossesse, lors de la ménopause ou après un cancer du sein car le risque de maladie cardiovasculaire augmente dans les 7 à 8 ans qui suivent la fin des traitements.

“Une hypertension pendant la grossesse ou un diabète gestationnel doivent conduire à organiser un suivi après l’accouchement. Ces moments clés sont des occasions de prévention qu’il faut saisir et inscrire dans la durée”, rappelle ainsi le Pr Gérard Helft, président de la Fédération française de cardiologie.

Les spécialistes ciblent deux autres populations à haut risque : les patients traités pour un cancer, exposés à la toxicité cardiaque de certaines thérapies, et les personnes en situation de précarité.

Les attentes autour du futur Plan Cœur national

Promulguée le 27 juillet 2026, la loi Neuder a déjà posé les bases d'une stratégie nationale pluriannuelle. Ce texte permet notamment aux pharmaciens et aux masseurs-kinésithérapeutes de mesurer la pression artérielle, tout en intégrant des contrôles cardio-vasculaires lors des visites médicales du travail à mi-carrière.

Avec ce Livre blanc, les professionnels de santé veulent aller plus loin et demandent maintenant la mise en œuvre rapide d'un véritable Plan Cœur doté d'un financement suffisant, pour prévenir, accueillir et mieux suivre les patients mais aussi consacrer plus de budget à la recherche (1 € par an et par habitant en France actuellement, contre 8 €/an/hab au Royaume Uni). Cette mobilisation nationale entend s'aligner sur l'initiative européenne Safe hearts pour faire de la santé du cœur une priorité politique, à l’image de ce qui s’est fait pour le cancer.

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  • Conférence de presse du 24/09/2026
  • Communiqué de presse Cap Cœur 
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