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Le cœur a ses raisons que la raison ignore, nous en avons tous fait les frais.

S’embarquer corps et âme dans une histoire d’amour, alors que tous les voyants sont au rouge : tout le monde ou presque l’a vécu au moins une fois. Mais lorsque ces relations chimériques se suivent et se ressemblent inlassablement, il est légitime de se demander quelle en est la raison.

Pattern : on a tendance à reproduire le même schéma

« Dans toutes les sphères de la vie, lorsque les gens sont en souffrance et consultent, on constate qu’ils sont attirés par des schémas : ils rejouent sensiblement la même histoire, avec le même scénario, mais sans en avoir conscience », explique Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne. En psychanalyse, on parle de pattern, traduction anglaise du mot « patron » [ de couture ], qui indique un modèle qui se reproduit, un schéma répétitif. En amour, on parle de pattern amoureux, à savoir un modèle inconscient qui influence le choix de nos partenaires. Revivre inlassablement les mêmes échecs et les mêmes disputes relève donc rarement du hasard.

«Chaque fois je me surinvestis dans mes relations et vais vers des hommes charismatiques et séduisants qui finissent par me quitter et s'engager avec la prochaine femme qu'ils fréquentent. Je pense qu'inconsciemment, je me dis que je ne suis pas assez bien pour être l'élue et reviens de manière perpétuelle vers des hommes qui souhaitent à tout prix me séduire, mais ne me considèrent pas comme une femme avec qui s'engager», confie Laly, 32 ans. Sans le vouloir, beaucoup de personnes ont tendance à renouveler le même schéma et à peu à peu se dévaloriser. «Au fil du temps, j'ai fini par me laisser séduire par des hommes en couple, au moins les choses sont claires dès le départ et je ne me berce plus d'illusion», se désole la jeune femme, qui souhaiterait mettre fin à ce schéma infernal et répétitif.

« Pour arriver à y mettre un terme, il est indispensable que le patient réalise l’existence de ce pattern et réussisse à en comprendre les raisons, à lui donner du sens. C’est la première étape pour sortir du sentiment d’impuissance et comprendre que l’on a un rôle à jouer », insiste Johanna Rozenblum.

Un bénéfice immédiat : retrouver un contexte familier

Mais alors qu’est-ce qui nous pousse à nous « jeter dans la gueule du loup » alors même que les signaux sont clairs ? Comment expliquer cette irrémédiable attirance pour ce qui va déboucher sur échec et tristesse ? « Il y a toujours un bénéfice secondaire pour la personne qui rejoue inlassablement un schéma dysfonctionnel » explique Johanna Rozenblum. Ce bénéfice secondaire peut être par exemple de se sentir valorisé, rassuré par un contexte familier ou encore de se soulager d’une angoisse ou d’une culpabilité latente, qui remonte souvent à l’enfance. Mais ce bénéfice est finalement illusoire, car il laisse place à une situation d’échec revécue invariablement, qui ne fait qu’entretenir la souffrance et risque d'entraîner une perte de confiance en soi.

Pour mieux le comprendre, nous allons évoquer trois cas de figure assez classiques, de pattern amoureux, et des interprétations possibles. « Attention, chaque histoire est unique, il n’y a pas d’algorithme en psychologie » rappelle la psychologue clinicienne.

Je ne suis attiré que par les personnes mariées

Bague au doigt, en couple avec des enfants, ou juste sérieusement engagé : nombreux sont ceux qui semblent invariablement attirés par les personnes déjà en couple.

La personne se protège de l'amour

Les raisons à cela peuvent être nombreuses. « Bien sûr, il y a en premier l’hypothèse que la personne veut se protéger d’une relation amoureuse, en choisissant quelqu’un qui ne pourra pas s’engager » explique Johanna Rozenblum. Ce pattern peut faire suite à une relation toxique subie par le passé, ou à celle vécue à travers ses propres parents.

« Ça peut être aussi une façon de se mettre dans la posture de la victime, de la personne qui n’est pas choisie ou que l’on délaisse au profit d’une autre. Comme une façon d’attirer l’attention, comme un enfant plus fragile au sein d’une fratrie, qui a besoin que ses parents prennent soin de lui » décrit la psychologue.

Cela peut traduire un besoin de compétitivité

A l’inverse, ça peut être aussi dans un besoin de compétitivité ou de rivalité, comme c’était le cas plus jeune avec un frère ou une sœur plus admiré ou plus méritant. Dans ces hypothèses, la question de la dualité est présente, c’est soi face à l’autre et le choix qui sera fait.

Je ne tombe que sur des hommes toxiques ou violents

L’attirance vers des personnes qui nous font souffrir, moralement ou physiquement est plus fréquente qu’on ne le croit. Ici encore, les explications possibles sont nombreuses et très différentes, d’où l’importance de travailler avec un spécialiste sur son propre cas.

Lorsqu’on a eu des parents maltraitants, c’est finalement tout ce qu’on connaît

« Ce peut être une personne qui, enfant, a appris à se soumettre pour ne pas recevoir de coups ou pour avoir l’amour de son parent. On est toujours attiré par ce qui est familier, il y a un côté rassurant et c’est souvent difficile d’en sortir, même dans les cas de violence. Et lorsqu’on a eu des parents maltraitants, c’est finalement tout ce qu’on connaît, on ne réalise pas que c’est dysfonctionnel » explique la spécialiste.

Des personnes en manque d'estime de soi

Il y a également la possibilité qu’une personne attirée par quelqu’un de violent ou de toxique, se mette inconsciemment en situation d’être punie, de sorte d’apaiser une culpabilité latente. “Ces personnes en manque d’estime de soi et d’amour-propre peuvent être les proies idéales de personnalités toxiques ou manipulatrices par exemple. Sous emprise, elles ne parviendront plus à percevoir la souffrance imposée” décrit l’auteure de Pervers narcissique - comprendre l'emprise pour s'en libérer.

Mes conjoints sont toujours jaloux et possessifs

Se mettre en couple avec des personnes jalouses, possessives et exclusives traduit généralement un grand besoin d’être aimé.

Des personnes sujettes à la dépendance affective

« C’est le cas des grands dépendants affectifs, qui préfèrent une relation dysfonctionnelle à pas de relation du tout. Souvent, ce pattern est celui des ceux qui n’ont pas assez reçu d’amour de leurs parents, on parle alors de carence affective » suggère Johanna Rozenblum. La possessivité et la jalousie sont perçues comme des preuves d’amour, et leur permettent de se sentir exister. « Ils ont le sentiment qu’il vaut mieux exister dans un couple dysfonctionnel que de ne pas exister du tout »

Être jaloux, c’est penser que l’autre ne nous témoignera de l’amour que si on l’y oblige, il y a là-dessous la croyance que l’on ne sera jamais réellement aimé.

Comment sortir de ces schémas répétitifs ?

« Il est heureusement possible de s’extraire de ces pattern, et heureusement » confie la psychologue. Le patient doit apprendre à repérer le schéma qui se met en route, puis lui donner du sens : « Pourquoi je fais ça ? Quel bénéfice j’en retire ? Ai-je besoin de me rassurer ? Quel rôle suis-je en train d’endosser inconsciemment ? etc ».

La prise de conscience a plus de chance de se faire avec l’accompagnement de quelqu’un de neutre, qui saura attirer l’attention sur certains fonctionnements ou certaines postures qui se mettent en place.

La Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) fait ses preuves

« La Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) est la seule qui ait fait ses preuves scientifiquement » assure Johanna Rozenblum.

« Cette thérapie brève, qui dure généralement moins d’un an, permet d’associer la thérapie cognitive à des changements comportementaux, en se fixant des objectifs par étapes. Elle aide à se confronter à ses difficultés et à mettre en place des stratégies et des nouveaux comportements au travers d’exercices pour apprendre progressivement à fonctionner différemment », résume la psychologue.

Une thérapie basée sur 3 caractéristiques

Selon l'Association française de thérapie comportementale et cognitive (AFTCC), les thérapies comportementales et cognitives se distinguent ainsi des autres thérapies par 3 caractéristiques :

  • l’accent mis sur les causes actuelles du comportement problème ;
  • le changement durable du comportement est évalué, et considéré comme un critère majeur de réussite de la thérapie ;
  • les procédures de traitement sont décrites objectivement et sont donc reproductibles par d’autres thérapeutes pour des patients ayant des difficultés similaires.

Selon l'AFTCC, l'efficacité de cette technique de thérapie repose notamment sur la diversité des techniques utilisées par les thérapeutes :

  • désensibilisation systématique
  • techniques d’exposition variées
  • relaxation
  • entraînement aux habiletés sociales

Pour qu’elle soit sérieuse, la TCC doit toutefois être dispensée par un psychologue diplômé d’état ou un médecin psychiatre formés à cette approche clinique. « C’est important de le vérifier avant de se lancer dans une thérapie, car de nombreuses personnes sans formation peuvent aussi la pratiquer » met en garde Johanna Rozenblum . Choisir son professionnel de santé est une étape importante, quelles que soient les problématiques à aborder.

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Sources

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne

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