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Dans son ouvrage Ce que pensent les femmes… quand elles font l’amour (éd. Michel Lafon), Lucy-Anne Holmes lève le voile sur la sexualité féminine et, plus précisément, la vision que portent les femmes sur l’acte sexuel. Une plongée au cœur de l’intimité qui s’opère à travers le prisme de 51 témoignages, parfois crus, parfois drôles, parfois bouleversants, mais toujours empreints de sincérité. Dans les pages suivantes, Medisite vous partage trois de ces confessions, en exclusivité.

Ces pensées toxiques qui empêchent de lâcher prise...

Ces femmes, qui ont confié leurs secrets les plus intimes, ont entre 19 et 75 ans, elles viennent des quatre coins du monde. Leur histoire permet de mettre en lumière des craintes largement partagées par la gent féminine : celles de ne pas être à la hauteur, de ne pas procurer suffisamment de plaisir à l’autre… Mais aussi une véritable culpabilité, voire une honte par rapport à leur corps : "Voit-il mon bourrelet ? S’il perd son érection, est-ce parce que je ne suis pas assez belle ? N’est-il pas dérangé par mon odeur ?".

Dans la préface de ce livre, la réalisatrice Ovidie décrypte ces questionnements et leur impact délétère : "Notre sexualité est, depuis toujours et dans toutes les cultures, tellement contrôlée que nous en avons perdu notre capacité à lâcher prise. Nous sommes bien plus concentrées sur le plaisir de l’autre que sur le nôtre. Nous voulons bien faire. Car nous avons peur que la relation se délite".

Cette pression qui pèse sur les épaules des femmes lors de l’acte sexuel transparaît clairement dans les témoignages que nous avons choisis de vous partager. Cela ne signifie pas que les hommes ne ressentent aucune pression : au contraire, ces derniers ont aussi leur part d’angoisse, liée à la performance. Simplement, ces récits attestent de l’héritage du patriarcat jusque dans la chambre à coucher. Ils soulignent l’importance de se réapproprier son corps, de reprendre le pouvoir sur son désir, avec patience, douceur et amour envers soi-même.

Lisa fait passer le désir de son partenaire avant le sien

Je suis en couple avec un Italien. Pour lui, il ne s’agit pas de « faire du sexe ». Il s’agit plutôt d’un réel désir d’être vraiment proche de la personne qu’on aime. C’est très nouveau pour moi, et, même après trois ans passés dans cette relation, je suis encore en train de m’habituer à cette idée de « faire l’amour » plutôt que de « faire du sexe ».

Par le passé, je me suis toujours beaucoup préoccupée de satisfaire les hommes, sans penser à moi. Je crois que ça vient d’une réflexion stupide que j’avais entendue quand j’étais ado. Quelqu’un avait dit : « Si on ne fait pas du bon sexe, c’est que la relation est finie. » En moi s’est enracinée l’idée que pour garder un homme il fallait que je sois performante.

"J'ai été avec beaucoup d'hommes qui avaient trop regardé de porno"

Et aussi, j’ai été avec beaucoup d’hommes qui avaient trop regardé de porno, et j’avais l’habitude de m’adapter à ce que je pensais qu’ils aimaient faire, plutôt que de leur dire : « Si tu refais ça, je crois que je vais vomir. » Les hommes pensent que c’est une bonne idée de poser leurs mains sur ta tête et d’appuyer quand tu leur fais une fellation, parce que c’est ce qu’on voit dans tous les films porno.

Le nombre de fois où j’ai eu des haut-le-cœur, où j’ai pensé que j’allais vomir d’une seconde à l’autre, où j’avais les larmes qui coulaient le long de mon visage. Mais je continuais, parce que je pensais que c’était ce qui leur procurait du plaisir. Même si on faisait du sexe après ça, y avait aucune foutue chance que je jouisse parce que j’étais tellement perturbée par ce qui s’était passé juste avant.

Ça m’a vraiment étonnée que mon petit copain italien ne fasse pas ça. Je me souviens de la première fois que je lui ai fait une fellation, il n’a pas joui de la même façon que tous les autres. J’ai cru que je m’y prenais mal. Mais il a dit : « Non, je veux te voir, te regarder dans les yeux. Là, c’est quelque chose que tu fais pour moi. J’ai envie de te toucher et de te voir. Ce n’est pas du va-et-vient mécanique. »

Quitter le rôle de femme objet et prendre de l'assurance

Je manque presque un peu d’assurance maintenant que je ne suis plus dans la position d’objet. Je dois découvrir qui je suis dans le sexe – je jouais un rôle avant. Je prends l’initiative des rapports sexuels. Je vais vers lui, je m’assois sur ses genoux et je lui murmure des fantasmes à l’oreille. Je me déshabille tout simplement devant lui, ou je sors de la salle de bains en laissant tomber ma serviette. Mais, ensuite, je veux qu’il prenne les choses en main. S’il ne le fait pas, ou qu’il n’est pas d’humeur, je me sens rejetée. Il y a une voix dans ma tête qui demande : Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Est-ce que je suis suffisamment bonne au lit ? Est-ce que je ne suis pas assez attirante ?

Je suis un peu réservée quand il descend pour me faire un cunni. Je n’ai pas envie de le mettre dans une situation qui pourrait lui déplaire, et j’ai vraiment peur du temps qu’il pourrait me falloir pour jouir. J’ai peur qu’il pense que je n’apprécie pas. Avant lui, j’ai eu un petit copain qui ne m’a jamais fait de cunni. Il disait qu’il avait essayé une fois, mais qu’il n’avait pas aimé. T’imagines si une femme disait ça pour les fellations ?

Des questionnements qui entravent la jouissance

Je réfléchis beaucoup pendant le sexe. Je me demande encore beaucoup si je fais bien les choses et si je satisfais mon partenaire. Je me pose aussi la question de si je prends du plaisir, mais moins souvent. Je n’ai pas trop tendance à me laisser aller dans le moment, je ne suis pas sûre que qui que ce soit le fasse vraiment. Le fait de penser à toutes ces choses m’empêche parfois tout simplement de jouir. Je suis perfectionniste. J’ai besoin de faire une performance parfaite. Si on faisait du sexe et qu’il ne jouissait pas, ce serait un désastre pour moi. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Je ne me suis pas assez rasée ? Est-ce que je devrais perdre encore deux kilos pour être plus attirante ?

L’esprit d’une femme ne devrait pas être occupé par de telles pensées. Je ne crois pas qu’un homme ne penserait jamais comme ça. Le nombre de fois où les femmes ne jouissent pas, et je ne crois pas que les hommes s’en inquiètent. Peut-être que je devrais me raser la poitrine la prochaine fois, ou faire plus d’exercice ? C’est toujours les femmes qui se disent : Oh mon Dieu, c’est ma faute.

Témoignage de Lisa, 29 ans, Autriche.

Mai culpabilise à cause de sa vulvodynie

Je dois être brisée. Je dois être mal fichue. J’ai des problèmes gynécologiques qui font que je n’ai aucune libido. Ça me fait me sentir si seule, comme si j’étais la seule personne au monde à ne pas faire de sexe, à passer à côté de ce truc qui fait tourner le monde et qui fait vendre tellement de choses.

Je suis venue au sexe assez tard, j’avais vingt-trois ou vingt-quatre ans. Ça m’a fait mal, mais j’ai simplement pensé que c’était comme ça la première fois. J’ai eu la pire des infections urinaires après ça, j’ai pissé du sang et j’ai vomi dans la rue. Personne ne m’avait jamais dit qu’il fallait aller faire pipi après le sexe. J’ai appelé ma mère, elle m’a dit : « Oh ouais, avant, ils appelaient ça la maladie de la lune de miel, c’est ce que m’avait raconté Mamie. »

Vulvodynie : une vive douleur lors des rapports

Quand je fais du sexe, je ressens comme une piqûre vive et brûlante autour de mon vestibule vaginal, et aussi une douleur plus profonde qui pourrait être liée ou découler du fait que je me crispe. Pendant des années, je suis allée voir des docteurs au Royaume-Uni et on me disait chaque fois qu’il n’y avait rien qui clochait chez moi. « C’est dans votre tête », « Faut juste que vous ayez plus confiance en vous, vraiment », « Essayez de boire une bouteille de vin avant d’avoir des rapports ».

Finalement, en Amérique, on m’a diagnostiqué une vulvodynie. Ça pourrait être dû à la pilule, ou à une carence en hormones qui aurait conduit à l’atrophie d’une certaine zone, ou encore au fait que certaines femmes sont nées avec plus de terminaisons nerveuses à cet endroit. Ça pourrait même être en partie psychologique.

On m’a proposé des traitements, comme une crème fabriquée à partir de piments écrasés qui éclate si douloureusement les terminaisons nerveuses qu’elles restent engourdies pendant un moment. Du Botox, qui détend les muscles, mais peut causer l’incontinence (« Vous voudrez peut-être prendre des vêtements de rechange avec vous »). Ou une chirurgie intégrale qui était très coûteuse. Mon mari me disait : « C’est ça, tes options ? Elles sont toutes horribles ! »

Quand le manque de désir entache la vie de couple

L’année dernière, j’ai accouché. On n’a pas vraiment essayé de faire beaucoup de sexe depuis. Bien sûr, je suis épuisée, mais c’en est arrivé à un point où c’est presque devenu une phobie. Il y a eu des fois où mon mari est venu pour m’embrasser et où je me suis sentie assez paniquée, comme acculée. Parfois, il s’en rend compte, et ça doit être affreux, d’aller vers sa femme et de voir de la terreur dans ses yeux. Je me prépare à la douleur, mais en même temps à la honte et à la déception.

Mon mari est merveilleux, mais il y a des moments où il est fâché contre moi, et plein de ressentiment. On vit dans cette situation depuis quelques années maintenant. Je ne lui en veux pas. Il a toujours été incroyablement sexuel. Le sexe est quelque chose qui l’intéresse sur le plan intellectuel. Notre troisième rendez-vous a eu lieu au Torture Garden, un sex-club.

Une culpabilité omniprésente

Au mieux une fois par semaine, mais généralement une fois toutes les deux ou trois semaines, on se touche mutuellement. Le plus souvent, on atteint tous les deux l’orgasme. La plupart du temps, ça me va, de toucher mon clitoris. Et mes seins et mes tétons me donnent du plaisir. Mais même si ça a été agréable, après coup je me dis toujours : Mais ce n’est pas du vrai sexe, il aimerait sans doute faire du vrai sexe, il pense sûrement à quel point c’est nul que ce ne soit pas du vrai sexe.

Je regarde toujours où je devrais être, où j’espère pouvoir être un jour, plutôt que de me concentrer sur les progrès que j’ai déjà faits. Si on en est venu∙e∙s à faire du sexe sur le mode pénis-dans-vagin, c’est parce qu’on était en train de se tripoter et que j’en ai eu envie, mais le fantasme et la réalité, ça n’a rien à voir. Chaque fois, j’ai toujours une petite lueur d’espoir que ce soit différent, mais ensuite il y a cette déception terrible. Je me retrouve à faire du sexe et à me sentir comme une merde, en pensant la plupart du temps : J’espère que c’est bientôt fini, j’espère qu’il va bientôt jouir, je n’ai pas envie que ça dure longtemps.

"Je veux élever ma fille pour qu'elle ait un rapport positif au sexe"

Je veux trouver un moyen d’élever ma fille pour qu’elle ait un rapport positif au sexe, genre qu’elle capte que le sexe, c’est quelque chose d’important, mais pas trop important au point qu’elle ne puisse pas s’amuser et expérimenter. J’ai envie qu’elle comprenne le sérieux de la chose sans que ça pèse sur ses épaules, parce que je crois que c’est là que je me suis trompée.

Mais je vais continuer d’essayer et essayer encore jusqu’à ce que les choses s’arrangent au moins un peu. Je fais mon propre petit chemin, je lis des livres et j’essaie de continuer d’explorer cette facette de moi-même. J’espère juste que je ne suis pas coincée dans la boue avec mes roues qui tournent dans le vide.

Témoignage de Mai, 36 ans, Pays de Galle.

Noémie redoute de passer pour “une fille facile”

Je trouve que le sexe, c’est amusant. Je rigole quand je jouis : plus l’orgasme est fort, plus mon rire est incontrôlable. C’est quelque chose qui surprend souvent mes partenaires, généralement de façon positive. Je crois que c’est parce que je ressens l’orgasme comme une explosion de joie dans mon corps.

Je suis encore célibataire. J’enchaîne les relations qui durent généralement quelques mois ou années. Mais ce n’est pas la situation à laquelle j’aspire. Malheureusement, la plupart du temps, je me sers du sexe comme d’un moyen pour garder l’intérêt de mon partenaire, même si je veux arrêter de faire ça.

Censurer ses propres désirs pour être respectée

J’ai une libido élevée. C’est quelque chose qu’on confond souvent avec « facile ». On m’a qualifiée de « coquine » plus d’une fois. Parfois, j’atténue un peu cet aspect de moi-même avec les hommes, car je pense que lorsqu’ils voient à quel point j’aime le sexe, ils arrêtent de me respecter. J’ai déjà eu l’impression que plus je donnais sur le plan sexuel, plus l’homme se détachait. C’est ce qui s’est passé les rares fois où j’ai pratiqué la pénétration anale.

Je trouve ça plutôt triste et injuste que les femmes soient obligées de censurer leur relation au sexe, et plus particulièrement leur rapport au fait de « donner », pour qu’on les respecte. Je comprends que, malgré les apparences, eh bien, on vit toujours dans une société machiste. Les hommes sont encore aux prises avec le cliché de la Vierge et de la putain.

L'impression que la femme doit satisfaire les besoins de l'homme

Quand j’étais enfant, ma famille était très libre. On m’a appris à considérer le sexe et la nudité comme des choses positives et naturelles. Je culpabilisais presque de ne pas parler de ma propre sexualité ou de mon propre corps avec ma famille.

J’ai perdu ma virginité à seize ans et j’ai aimé ça dès le début. J’ai toujours fait du sexe avec des garçons que j’aimais. Au début de ma vingtaine, j’ai voulu conquérir autant de mecs que je pouvais ! Mais je n’ai jamais pu coucher avec des inconnus ou faire des coups d’un soir, j’étais trop romantique.

Et pourtant, bien que j’aie grandi dans l’idée que le sexe était quelque chose de sain, il y a eu un truc dans mes premières expériences sexuelles qui m’a fait croire que, pour être aimée, la femme devait satisfaire l’homme à travers le sexe. Je ne sais pas trop pourquoi. Sans doute parce que mon père était très progressiste, mais aussi très autoritaire et étouffant.

Aujourd’hui, je commence tout juste à me sortir de ce schéma du « je vais être le meilleur coup que tu aies jamais eu pour que tu m’aimes plus », et à me concentrer sur mon plaisir, ce que j’aime et le respect de mes limites.

"Je jouis en partant dans le monde des fantasmes"

J’ai beaucoup d’images qui se bousculent dans ma tête pendant le sexe. En général, je jouis seulement lorsqu’on me fait un cunnilingus, parce que ça m’autorise à partir dans le monde des fantasmes. J’ai souvent un fantasme lesbien qui revient, ou je me souviens des super scènes de mes meilleurs moments de sexe avec des ex (pas souvent, mais c’est déjà arrivé), ou bien j’imagine une situation sexuelle avec un inconnu. Parfois, si le sexe est vraiment génial, je n’ai besoin de rien et je peux simplement me perdre dans le moment.

J’aime le sexe doux et tendre, mais aussi le sexe passionné. La rapidité me fait redescendre, même avec le sexe oral. Si c’est trop violent ou trop rapide, je décroche, tout simplement. Parfois, j’aime aussi qu’on me tire les cheveux ou quelques fessées légères. On m’a déjà dit que j’étais plus « fougueuse » que l’image que je donne de moi-même, qui est plus angélique, douce et tendre.

Jouir par la pénétration : une question de confiance

J’apprécie la pénétration, mais ce n’est pas la partie la plus importante du sexe, car ce n’est pas la meilleure façon pour moi d’atteindre l’orgasme. Je n’aime pas quand la pénétration est précipitée ou brutale. Je suis assez sensible et je peux saigner facilement selon la brutalité de l’acte ou la taille du pénis. Pour moi, je crois que c’est plus une question de confiance avec le partenaire. Quand je suis en confiance et que je peux me laisser aller, alors je peux jouir quand on me pénètre, mais en général ça demande plus de « travail ».

Après, je suis détendue, heureuse et j’ai envie de câlins et de bisous. Parfois, je suis triste, si je sais que la relation ne va nulle part. Je m’attache à la personne dès que le sexe est vraiment bon et j’ai peur qu’elle ne ressente pas la même chose. Je crois que je suis une femme dans un monde d’hommes, qui manque d’assurance, qui aime beaucoup le sexe et qui essaie de se sentir plus empouvoirée.

Témoignage de Noémie, 33 ans, France.

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Sources

Ce que pensent les femmes… quand elles font l’amour, Lucy-Anne Holmes, éditions Michel Lafon. 

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