Les ventes de ce médicament ont plus que doublé après qu'un acteur célèbre a dit en prendre pour combattre son cancer

Publié par Edouard Korvaul
le 14/05/2026
ivermectine cancer
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Photo d'illustration
Une étude publiée ce 12 mai révèle que les prescriptions de ce médicament en vente libre ont doublé aux États-Unis. La raison ? Un célèbre acteur l'a conseillé comme traitement supposé contre le cancer.

L'influence des stars sur les choix médicaux du grand public peut atteindre des sommets inquiétants. Face à des maladies redoutables, de nombreux patients vulnérables se tournent vers des alternatives non validées scientifiquement, espérant une guérison rapide. C’est l’impact de ce phénomène sur les malades que des chercheurs ont étudié en se basant sur un fait précis survenu aux Etats-Unis.

Quand un célèbre acteur vante les effets d’un vermifuge !

Cette histoire fait suite à la diffusion d'un célèbre podcast début 2025. Un acteur hollywoodien de premier plan, Mel Gibson pour ne pas le nommer, y affirme que des proches auraient guéri d'un cancer métastatique grâce à l'utilisation combinée d'ivermectine et de fenbendazole. La viralité est immédiate, propulsée par les algorithmes des réseaux sociaux : les extraits vidéo cumulent des dizaines de millions de vues. Selon une étude publiée dans JAMA Network Open ce 12 mai, cet emballement médiatique a provoqué un doublement global des prescriptions d'ivermectine dans les mois qui ont suivi la diffusion. Cette augmentation fulgurante a plus particulièrement concerné les patients de sexe masculin et les résidents du sud des États-Unis, où les délivrances ont été multipliées par trois. Plus alarmant encore, chez les personnes atteintes de tumeurs, le taux de prescription a été 2,5 fois supérieur aux données de l'année précédente.

Un médicament vétérinaire sans preuves cliniques

Si ces molécules montrent une certaine activité anticancéreuse lors de tests en laboratoire ou sur l'animal, la réalité médicale est tout autre. Aucun essai clinique n'a prouvé leur efficacité chez l'homme pour traiter une pathologie oncologique. Les agences de santé rappellent que l'ivermectine reste approuvée uniquement pour les infections parasitaires humaines, tandis que le fenbendazole est strictement réservé à un usage vétérinaire. Le Dr John N. Mafi, auteur principal de l'étude et chercheur en médecine de l'université de Californie exprime sa crainte de voir les malades "renoncer à des traitements dont l'efficacité est démontrée ou les retarder au profit d'une solution dont l'efficacité n'a pas été prouvée".

Par ailleurs, l'ingestion de produits vétérinaires, non destinés à l'humain donc, expose à des effets indésirables graves, notamment des toxicités hépatiques sévères.

La récurrence des dérives thérapeutiques inquiète ces dernières années

Ce type de désinformation n'est malheureusement pas inédit. Steve Jobs, le célèbre fondateur de l'entreprise Apple avait retardé la chirurgie de son cancer du pancréas pour privilégier des thérapies alternatives comme l'acupuncture, réduisant dramatiquement ses chances de survie. Plus récemment, un patient américain a popularisé un protocole à base de vermifuge pour chien, créant des groupes en ligne rassemblant plus de 100 000 membres. Or ses résultats étaient biaisés car il omettait de mentionner sa participation simultanée à un essai clinique d'immunothérapie, rendant ses conclusions totalement invalides. Cet engouement dangereux rappelle la récente crise sanitaire du Covid, où des personnalités médiatiques avaient massivement promu ce même antiparasitaire pour soigner ou éviter l’infection, poussant l'agence américaine du médicament (FDA) à publier ce message resté célèbre : "Vous n'êtes pas un cheval. Vous n'êtes pas une vache. Sérieusement, tout le monde. Arrêtez."

Comment combattre les fausses informations médicales

L'impact des médias sociaux modifie le comportement des patients à une vitesse fulgurante, imposant un défi immense aux systèmes de santé. Les experts ayant mené cette étude insistent sur le rôle des professionnels, qui doivent aider les malades à naviguer parmi ces données trompeuses pour éviter une perte de chance irréversible.

De plus, les oncologues s'inquiètent particulièrement du risque de graves interactions médicamenteuses entre ces antiparasitaires et les chimiothérapies classiques. L’information claire du monde médical vers le grand public et les patients est la meilleure façon d’éviter ces dérives conclut l'étude.

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