Chloroquine : tout ce qu’il faut savoir sur ce médicament antipaludique

Certifié par nos experts médicaux MedisiteLa chloroquine, médicament antipaludique utilisé depuis des décennies, connaît un regain d’intérêt. Et pour cause, l’un de ses dérivés, l’hydroxychloroquine, semble efficace contre le coronavirus SARS-CoV-2, selon de récents essais cliniques. Mais s’agit-il vraiment d’un remède miracle ? Peut-on en trouver dans le commerce, sur Internet ou en pharmacie, quelle est sa posologie, quels sont ses effets secondaires ? Le point en 8 questions.

La chloroquine est un antipaludique de synthèse, que l’on utilise actuellement contre le paludisme, mais aussi pour traiter la polyarthrite rhumatoïde, le lupus érythémateux, le lupus systémique et la lucite estivale, mais aussi dans les infections chroniques à bactérie intra-cellulaire. Il s’agit d’un dérivé de la quinine, extraite de l’écorce du Chinchona officinalis, un arbre d’origine sud-américaine.

Cette molécule bon marché est utilisée depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. En France, elle est mise sur le marché en 1949 sous l’appellation “Nivaquine” ; aux États-Unis, elle est commercialisée à la même période sous le nom “Aralen”. Ce médicament est souvent recommandé aux voyageurs qui se rendent dans une zone infestée par des parasites de type Plasmodium, à l’origine de la malaria et transmis par les moustiques.



Coronavirus : et si la chloroquine, traitement contre le paludisme, était la solution ?


Coronavirus : et si la chloroquine, traitement contre le paludisme, était la solution ?
Alors que le Coronavirus fait de plus en plus de victimes, vous êtes nombreux à vous demander comment contrer l’infection. Selon plusieurs scientifiques chinois, la chloroquine,...


Si son usage clinique remonte à plus de 70 ans, la chloroquine connaît un regain d’intérêt depuis que le Pr. Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU) de Marseille, souhaite utiliser l’un de ses dérivés, l’hydroxychloroquine, pour lutter contre le coronavirus.

"Son choix s'est arrêté sur l’hydroxychloroquine car elle est moins toxique que la chloroquine" précise le Dr Danielle Roux, pharmacienne et auteure du Dictionnaire des huiles essentielles (éditions Alpen). "Elle présente moins d’effets secondaires et d’interactions médicamenteuses".

Des tests chinois révèlent l’efficacité apparente de la chloroquine contre le coronavirus

Une première étude chinoise, réalisée in vitro, a mis en évidence une possible efficacité de la chloroquine contre le coronavirus, le 5 février dernier.

Dans une seconde étude, publiée le 19 février 2020 dans la revue BioScience Trends, des chercheurs expliquent que le phosphate de chloroquine “a montré une efficacité apparente et une innocuité acceptable dans le traitement de la pneumonie associée à la Covid-19, dans le cadre d’essais cliniques multicentriques menés en Chine”. Ce traitement se serait avéré plus efficace que celui reçu par le groupe témoin.

Les auteurs de l’étude ont donc recommandé l’ajout de ce médicament dans la prochaine version des Lignes directrices pour la prévention, le diagnostic et le traitement de la pneumonie causée par COVID-19, publiées par la Commission nationale de la santé de la République populaire de Chine. "Mais attention à la toxicité de cette substance", met en garde la pharmacienne. 

Ces travaux présentent toutefois quelques limites. D’une part, ils ne quantifient pas la différence d’efficacité de la chloroquine avec les autres traitements actuellement utilisés. D’autre part, ils ont été publiés de façon préliminaire, sans relecture par un comité d’experts.

En France, le Pr. Raoult loue les effets de la chloroquine

Les essais chinois prometteurs ont toutefois été suivis avec attention par les médecins français, et notamment le Professeur Didier Raoult, ex-membre du conseil scientifique Covid-19 auprès du gouvernement. Le 25 février dernier, le spécialiste annonce un “scoop de dernière minute” dans une vidéo publiée sur le compte Youtube de l’IHU Méditerranée Infection.

Il explique que les Chinois ont découvert que le phosphate de chloroquine est actif in vitro contre le virus SARS-CoV-2, et précise “comme ça avait été trouvé pour le SARS [de 2003] et oublié”. Une amélioration “spectaculaire” aurait été observée “avec 500 mg de chloroquine par jour pendant 10 jours”. Un traitement qui serait recommandé pour tous les cas cliniquement positifs d’infection à coronavirus. "En réalité, la dose administrée lors de cet essai était de deux fois 500 mg de phosphate de chloroquine par jour, pendant dix jours", précise Danielle Roux. 

Très enthousiaste, le professeur a indiqué qu’il s’agissait d’une “excellente nouvelle”, n’hésitant pas à plaisanter en qualifiant la Covid-19 d’infection respiratoire “la plus facile à traiter de toutes”, à condition de travailler et rechercher “les molécules potentiellement actives et qui sont immédiatement disponibles sur le marché”.

Ses propos n’ont, toutefois, pas plu à tout le monde, puisque le Pr Raoult a fait l’objet de nombreuses critiques. Ses détracteurs insistent notamment sur l’absence d’études cliniques plus poussées sur l’efficacité du phosphate de chloroquine et de l’hydroxychloroquine, et sur leurs effets indésirables aux doses préconisées (que nous détaillons plus précisément dans notre diaporama).

Chloroquine : des essais cliniques en France et en Europe

Faisant fi de ses détracteurs, le Pr Raoult s’est immédiatement attelé à mener un essai clinique sur 26 patients. Six d’entre eux n’ayant pas pu suivre l’essai jusqu’au bout, ses résultats portent donc sur 20 malades, comparés à un groupe témoin. Les patients se sont vu administrer 600 mg d’hydroxychloroquine par jour, pendant six jours.

À l’issue de cette période, seulement 25 % d’entre eux étaient encore porteurs du virus, contre 90 % chez les sujets n’ayant pas reçu ce traitement. En outre, administrer l’antibiotique azythromocine en plus de l’hydroxychloroquine semble faire complètement disparaître le virus.

Des résultats encourageants, qui ont ouvert la voie à d'autres essais

Des travaux salués par le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, dans son allocution du 22 mars : "de nombreux protocoles de recherche de traitements sont en cours. Nous avons soutenu l'essai du Professeur Raoult qui a permis d'aboutir à des résultats très intéressants".

De son côté, Danielle Roux rappelle que cette étude reste assez limitée en raison du faible échantillon de patients, de la durée de suivi très limitée et du manque d'homogénéité des groupes. Mais elle estime que "les résultats de Mr Raoult étaient quand même encourageants et ont permis de stimuler l’envie des européens de tester plus de traitements". 

Depuis ce dimanche, l’hydroxychloroquine est également intégrée à un essai clinique européen de plus grande ampleur, qui va être mené sur 3200 patients européens, dont près de 800 Français. Appelé “Discovery”, cet essai va aussi tester quatre traitements contre le Covid-19, et devrait aboutir à de premiers résultats d’ici une quinzaine de jours.

De nouvelles recommandations de l'ANSM en France

Dans un point d'information du 26 mars 2020, l'Agence de sécurité du médicament indique avoir "été alertée de difficultés d'accès dans les pharmacies en ville aux traitements Plaquenil et Kaletra pour les malades chroniques à qui ces médicaments sont destinés (VIH, lupus, polyarthrite rhumatoïde…)". 

Elle rappelle qu'à ce jour, "ni le Plaquenil ni le Kaletra n'ont d'indication dans la prise en charge du COVID-19 en ville", et qu'une prescription dans ce sens n'est donc aucunement justifiée

Conformément au décret du 25 mars 2020, l'ANSM demande aux pharmaciens d'officine "de ne délivrer ces médicaments que sur prescription médicale dans leurs indications habituelles, ceci afin de sécuriser leur accès aux patients qui en bénéficient pour leur traitement chronique". 

Chloroquine : les USA autorisent son utilisation dans les hôpitaux

Si la Chloroquine a f ait des vagues en France, les États-Unis - à l’exemple de son président Donald Trump - fondent de grands espoirs sur ce médicament antipaludique. 

Le département américain de la Santé a annoncé le 29 mars 2020 que la Food and Drug Administration (FDA : agence chargée de surveiller les médicaments) avait donné son feu vert aux traitements. Elle a autorisé qu’ils soient “distribués et prescrits par des médecins aux patients adolescents et adultes hospitalisés atteints du Covid-19, de manière adaptée, quand un essai clinique n’est pas disponible ou faisable”.

Le Département de la Santé précise qu’il a également reçu 30 millions de doses de sulfate d'hydroxychloroquine de la part de la firme pharmaceutique Sandoz et un million de doses de phosphate de chloroquine de la société Bayer Pharmaceuticals. Ces produits pourront être utilisés pour “le traitement de patients hospitalisés avec COVID-19 ou pour une utilisation dans les essais cliniques”.

Plusieurs travaux ont, en effet, été lancés aux USA. L’Institut national de la Santé (NIH) et l’Autorité pour la recherche-développement dans le domaine biomédical (Barda), deux établissements de santé outre-Atlantique, ont lancé des essais cliniques. Une autre recherche portant sur l’hydroxychloroquine et l’azithromycine qui suit le protocole du Pr Raoult va débuter à New York. 

Après avoir communiqué sur la chloroquine ainsi que les différentes études en cours, les autorités sanitaires américaines ont rappelé que la population ne devait en aucun cas avoir recours à l’automédication avec ces médicaments. Pour mémoire, un Américain d'une soixantaine d'années est décédé en Arizona après avoir ingéré du phosphate de chloroquine, présent dans un nettoyant pour aquarium.

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Source(s):

Merci à Danielle Roux, pharmacienne et auteure du Dictionnaire des huiles essentielles (éditions Alpen). 

Breakthrough: Chloroquine phosphate has shown apparent efficacy in treatment of COVID-19 associated pneumonia in clinical studies, BioScience Trends, 19 février 2020. 

Coronavirus : vers une sortie de crise ?, Youtube @IHU Méditerranée-Infection, 25 février 2020. 

Coronavirus : attention, il ne faut pas confondre l'hydroxychloroquine avec la chloroquine, Midi Libre, 23 mars 2020. 

PLAQUENIL 200 mg, comprimé pelliculé - Notice patient, Base de données publique des médicaments, 8 avril 2019. 

Les stocks de chloroquine de la pharmacie centrale des hôpitaux de Paris ont-ils été pillés ?, Check News - Libération, 22 mars 2020. 

HHS accepts donations of medicine to Strategic National Stockpile as possible treatments for COVID-19 patients, HHS, 29 mars 2020

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