Qu'est-ce-que la maladie de Lapeyronie ?

La maladie de Lapeyronie touche l’albuginée, l’enveloppe des corps caverneux de la verge. Il s’agit d’une fibrose, soit une augmentation anormale de la quantité de tissus fibreux dans une zone du corps, ici autour des corps caverneux de la verge, tissus qui permettent l’érection du pénis. La maladie se caractérise par une douleur, une déformation de la verge et des troubles de l’érection.

La maladie change l’anatomie de la verge, compromet les alternatives sexuelles du patient jusqu’à générer l’impossibilité d’avoir des rapports sexuels. Si la maladie est bénigne, ses conséquences sur l’état psychologique du patient ne sont pas à prendre à la légère. Divers traitements existent mais tous s’attaquent aux symptômes et ne permettent pas de guérir de la maladie de Lapeyronie.

Chiffres : quelle est la prévalence de cette pathologie ?

En moyenne, 3 à 9 % des hommes seraient touchés par la maladie de Lapeyronie. Ils sont âgés en moyenne de 53 à 54 ans. "Beaucoup de maladies de Lapeyronie sont surement minimes, non-diagnostiquées ou non gênantes", note néanmoins Antoine Faix.

Quels sont les symptômes de la maladie de Lapeyronie ?

La maladie de Lapeyronie peut impliquer trois types de symptômes, le plus souvent : 

  • La douleur : les malades ressentent des douleurs durant la première phase de la maladie, les six premiers mois. Cette douleur peut se manifester uniquement lors de l’érection ou lors des rapports sexuels. Notez toutefois que 30 % des patients ne ressentent aucune douleur.
  • La déformation : la verge peut subir une déformation angulaire, un étranglement et le plus souvent un rétrécissement. Cette altération est visible en érection, très rarement au repos. À l’état de flaccidité - lorsque la verge n'est pas gorgée de sang - les patients peuvent toutefois ressentir un raccourcissement.
  • Les troubles de l’érection : le développement d’une fibrose autour des corps caverneux, tissus érectiles qui permettent l’érection, sont à l’origine des dysfonctionnements érectiles, soit en rapport avec des modifications vasculaires mais aussi psychologiques. 

Quelles sont les causes de cette fibrose ?

Les causes exactes de la maladie de Lapeyronie ne sont qu’hypothétiques. La maladie serait toutefois due à un microtraumatisme de l’albuginée lors de rapports sexuels par exemple ou lors d’un choc au niveau de la verge. Ce traumatisme peut mal cicatriser, ce qui entrainera une zone de fibrose. Toutefois, la plupart des hommes ne se souviennent pas de traumatisme sur la verge en érection.

Quels sont ses facteurs de risque ?

La maladie de Lapeyronie sera associée à d’autres maladies : 

  • La maladie de Dupuytren : une fibrose qui touche les tendons et gaines des mains.
  • La maladie de Ledderhose : une fibromatose qui se situe au niveau de la voûte plantaire.
  • Le diabète.

"Attention, il s'agit-là de facteurs qui prédisposent mais ce ne sont en aucun cas des causes de la maladie de Lapeyronie", prévient le Dr. Antoine Faix.

Quelles sont les personnes à risque ?

La maladie de Lapeyronie touchent davantage les hommes souffrant de maladies qui affectent les collagènes. Ils auraient tendance à développer des zones de fibroses dans différents endroits du corps, comme la verge pour la maladie de Lapeyronie. "Mais pour beaucoup de patients, il est toutefois très difficile d’expliquer les causes de cette maladie", estime notre expert. 

Quelle est la durée de la maladie ?

La maladie de Lapeyronie se manifeste généralement par une douleur à la verge. Puis, progressivement, apparaît une déformation, en quelques semaines, voire quelques mois. Au bout de six mois, la maladie se stabilise le plus souvent. La douleur disparaît presque toujours dès la première année, même sans traitement.

Il faut noter que 10 à 12 % des maladies de Lapeyronie s’améliorent spontanément. Au bout de 12 à 18 mois, la maladie est figée sauf exception. Demeurent les troubles de l’érection et la déformation.

Est-elle contagieuse ?

La maladie de la Lapeyronie n'est pas contagieuse. 

Qui, quand consulter en cas de symptômes ?

Le diagnostic de la maladie de Lapeyronie est posé dans les trois premiers mois. Notre expert conseille de consulter son généraliste dès l’apparition de la première douleur. 

Quelles sont les complications de la maladie ?

La maladie de Lapeyronie est une maladie bénigne sans conséquence vitale, toutefois les conséquences psychologiques peuvent être graves. "Un patient qui ne reconnaît plus sa verge déformée, ne peut plus avoir d’érections, de rapports sexuels, peut développer un syndrome dépressif. La maladie peut avoir des répercussions psychologiques parfois majeures !", prévient Antoine Faix qui oriente parfois ses patients vers un psychiatre.

Selon l'urologue, environ 25 % des hommes qui souffrent de la maladie de Lapeyronie souffrent d’un syndrome dépressif

Quels sont les examens à réaliser ?

Le diagnostic de la maladie de Lapeyronie se fera sur l’examen clinique de la verge, minutieusement palpée par le professionnel. Afin d’évaluer la déformation du pénis en érection, le patient pourra apporter à son médecin des photographies de sa verge en érection. Le spécialiste interrogera également le patient, afin d’évaluer les dysfonctionnements érectiles causés par la maladie.

Photo : l'anatomie masculine, vue en coupe, de profil

Photo : l'anatomie masculine, vue en coupe, de profil

Crédit : Tsaitgaist, 3 octobre 2014 - CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.en

Quels sont les traitements de la maladie de Lapeyronie ?

Les traitements à disposition ne ciblent que les symptômes. Aucun traitement ne permet de guérir, mais ils permettent toutefois d’améliorer le quotidien du patient.

Traitements oraux

  • Pour le déficit de rigidité (troubles de l’érection), on propose aux patients des inhibiteurs de la phosphodiestérase 5 (Sildenafil, Tadalafil, Avanafil, Vardenafil).
  • Pour traiter la douleur, tant que celle-ci persiste, on peut donner des traitements antalgiques et anti-inflammatoires classiques. 

Traitements locaux 

Il s’agit d’injections directement dans la zone fibreuse :

  • Les corticoïdes traiteront la douleur, si le traitement oral n’a pas suffi.
  • Le Vérapamil permettrait d’amoindrir la déformation de la verge, avec une efficacité toutefois limitée. 
  • Le Xiapex est l’unique traitement qui bénéficie d’une autorisation de mise sur le marché pour la maladie de Lapeyronie (AMM) mais il n'est plus distribué sur le continent européen depuis décembre 2019. Ce médicament permettait d’améliorer d’une vingtaine de degré la courbure de la verge dans 65 % à 70 % des cas.

La traction de la verge

Extrêmement contraignant, ce traitement consiste à "tracter" la verge au moins trois heures par jour durant six mois. "On pose un système d’extension du pénis qui permet de tirer sur la verge. Le but étant d’obtenir une extension qui permettra une micro-dilacération des zones de fibroses", précise Antoine Faix.

Les ondes de choc à basse intensité

Ces ondes de choc pourraient avoir un intérêt pour stabiliser la maladie et diminuer la douleur. "Le résultat est plus aléatoire sur la déformation", ajoute l’urologue-andrologue.

La chirurgie

En fonction des cas, les chirurgiens ont recours à trois techniques pouvant être parfois associées. Ces interventions traitent les déformations du pénis ou les troubles de l’érection. Une intervention chirurgicale n’aura lieu qu’une fois la maladie stabilisée.

Selon notre expert, l’opération doit avoir lieu au moins un an après la survenue de la maladie et au moins six moins sans évolution des symptômes. "L’intervention ne permettra pas aux patients de retrouver la verge telle qu’elle était avant", précise-t-il. Les gains de l’opération seront fonctionnels mais l’anatomie de l’appareil génital du patient aura changé. La chirurgie s’adresse avant tout aux patients invalidés dans leur vie sexuelle par la maladie de Lapeyronie.

Comment être bien suivi ?

La réponse du Dr Antoine Faix : 

"Il est important de consulter un urologue spécialisé, capable de bien expliquer l’ensemble des options et traitements à disposition du patient. Il existe tout un arsenal, parfois avec des résultats limités c’est vrai, mais il faut pouvoir le proposer aux patients. Si aucun traitement ne guérit, plusieurs solutions peuvent toutefois améliorer la vie du patient. L’urologue doit être en mesure de présenter toutes ces options. Il est donc important de s’adresser à un urologue spécialisé en andrologie, spécialiste de l’appareil génital masculin, pour traiter au mieux cette maladie".

Comment prévenir la maladie de Lapeyronie ?

Il n'existe par de mesures préventives contre la maladie de Lapeyronie. 

Sites d'informations

La maladie de Lapeyronie sur le site de l'Association française d'urologie

La maladie de Lapeyronie, une maladie invalidante pour les hommes sexuellement actifs, sur le site de la revue médicale suisse 

Sources

Association française d'urologie : Questions-Réponses sur la maladie de Lapeyronie