Définition de l'insuffisance respiratoire 

On parle d’insuffisance respiratoire lorsque les poumons ne sont plus capables d’assurer les échanges gazeux nécessaires à la vie. "Il s'agit d'une incapacité du système respiratoire à conserver les gaz du sang à leur état normal, c’est-à-dire que l'oxygène n'est plus capté de l'extérieur en quantité suffisante lors de l'inspiration et que le gaz carbonique n'est plus rejeté vers l'extérieur en quantité suffisante lors de l'expiration. En parallèle, on constate souvent une insuffisance ventilatoire, les débits ou bien les volumes n’étant pas à la valeur normale", explique Philippe Camus, pneumologue au CHU de Dijon. 

L’insuffisance respiratoire peut être aiguë ou chronique

L’insuffisance respiratoire aiguë

L'insuffisance respiratoire aigüe peut être brutale ou se constituer rapidement. C’est une urgence médicale absolue. "Immédiatement, le patient doit être oxygéné, placé - au besoin - sous assistance respiratoire, en veillant à assurer un bon débit circulatoire pour préserver les organes". C’est alors seulement qu'on recherchera la cause de cette insuffisance respiratoire. 

L'insuffisance respiratoire chronique

Elle est généralement assez progressive, mais des formes accélérées, notamment de fibrose pulmonaire, sont possibles. Une pression partielle d’oxygène dans le sang constamment inférieure à 70 mm Hg - la normale étant comprise entre 80 et 100 mmHg - suggère la présence d’une insuffisance respiratoire chronique.

L'insuffisance respiratoire restrictive 

Selon notre expert, le terme d'insuffisance ventilatoire restrictive ou obstructive est un terme parfois confondu avec l’insuffisance respiratoire, mais il est plus adapté car un patient peut présenter une insuffisance ventilatoire alors que ses gaz du sang sont encore normaux. Dans ce cas on ne parle donc pas encore d'insuffisance respiratoire stricto sensu.

Dans ce cadre, les poumons, le thorax ou encore les plèvres empêchent une bonne ampliation – c'est-à-dire une augmentation de la cage thoracique pendant l'inspiration - et contraignent donc l'appareil respiratoire à des prises de volume d'air limitées. "Il s'agit de tout ce qui peut comprimer le poumon, se substituer à lui et/ou réduire sa taille comme une augmentation du cœur, une chirurgie de résection, un épanchement pleural, une fibrose du poumon, une altération fibreuse des enveloppes pleurales, un traumatisme, un volet costal, des lésions thoraciques...", détaille notre expert. 

L'insuffisance respiratoire obstructive 

Les conduits aériens ne sont plus capables de laisser passer une quantité d'air normale. "Elle est due à des altérations de l'arbre aérien qui s’étend des cordes vocales jusqu'aux petites voies aériennes, situées à la périphérie du poumon profond, et qui ont une vulnérabilité particulière à la fumée de tabac, aux virus, et à certaines maladies de système", explique Philippe Camus.

L'insuffisance respiratoire est-elle toujours grave ? 

L'insuffisance respiratoire chronique altère considérablement la qualité de vie du patient et peut limiter son espérance de vie. "Cependant l'espérance de vie d'un insuffisant respiratoire, en fonction de sa cause, peut dépasser 20 ans", assure notre expert.

Insuffisance respiratoire : quels sont les chiffres ?

Selon l'Inserm, 3 à 3,5 millions de personnes sont porteuses d’une insuffisance ventilatoire obstructive en France. Cette pathologie est aussi appelée la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive). 

Quels sont les symptômes d'une insuffisance respiratoire ?

Les signes qui doivent vous alerter sont :

  • un essoufflement ou dyspnée ;
  • une fatigabilité ;
  • des sifflements intrathoraciques ou sibilants ;
  • une gêne à l’ampliation

L'hypoxie (apport en oxygène trop faible dans l'organisme) peut être responsable de :

  • hyperventilation ;
  • céphalées ;
  • nausées ;
  • tachycardie (accélération cardiaque) ;
  • souffrance tissulaire ;
  • souffrance du cœur droit et rétention de sel et d’eau ;
  • polyglobulie.

L'hypercapnie (rejet trop faible de CO₂ lors de l'expiration) se remarque par :

  • une asthénie ;
  • des céphalées ;
  • une augmentation de l'activité cardiaque ;
  • une augmentation de la pression artérielle ;
  • des douleurs abdominales ;
  • une acidose respiratoire.

L'hypocapnie (concentration trop faible de dioxyde de carbone dans le sang) se caractérise par :

  • des troubles cognitifs ;
  • des céphalées ;
  • des troubles du rythme cardiaque ;
  • des engourdissements ;
  • des crampes.

Photo : les poumons et le cœur 

Photo : les poumons et le cœur

Domaine public. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Heart-and-lungs.jpg

 

Quelles sont les causes de l'insuffisance respiratoire ?

Insuffisance respiratoire aiguë 

Les causes de ce trouble peuvent provenir de :

  • maladies aiguës du poumon : pneumopathies étendues, infectieuses ou non ;
  • maladies aiguës de l'arbre aérien (crise d'asthme sévère) ;
  • pathologie aiguë des vaisseaux : embolie pulmonaire ;
  • causes hémodynamiques aiguës (œdème pulmonaire aigu) ;
  • causes hémorragiques ;
  • causes auto-immunes inflammatoires (lupus, myosites, certaines polyarthrites...) ;
  • causes inhalatoires, environnementales toxiques et/ou médicamenteuses (disponibles sur Pneumotox.com) y compris parfois la vapeur de cigarette électronique ;
  • causes professionnelles : maladie dite du poumon de fermier (exposition à la poussière de foin) ou des éleveurs d'oiseaux (exposition aux plumes et déjections d'oiseaux) ;
  • accidents allergiques sévères : choc anaphylactique à l'origine d'œdèmes pulmonaires ;
  • œdème pulmonaire d'altitude, d'effort extrême ;
  • causes médico-légales : noyades, accidents de la route, traumatismes et contusions pulmonaires ;
  • parfois des désordres de l’hémoglobine c’est la méthémoglobinémie, constitutionnelle ou secondaire à des toxiques ou des médicaments.

Insuffisance respiratoire chronique : 

Le trouble peut être causé par :

  • la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) : dans l’immense majorité des cas tabagiques, parfois professionnelle ;
  • l'asthme évolué avec des poussées gravatives (évolution de certains asthmes) ;
  • la mucoviscidose ;
  • la fibrose pulmonaire ;
  • les maladies fibrosantes de la plèvre ;
  • la pollution de l'air joue un rôle également.

Cancer du poumon

L'insuffisance respiratoire dont l'origine est un cancer du poumon, peut être conséquence d'une complication. 

Allergies respiratoires 

Les allergies respiratoires touchent de plus en plus de personnes au sein des sociétés occidentales. Elles se déclenchent lorsque l'individu est en contact avec une substance aéro-allergène. De la simple rhinite à la crise d'asthme sévère, l'allergie respiratoire peut également être à l'origine d'une insuffisance respiratoire. En cas d’asthme soudain et grave ou de c hoc anaphylactique (forme la plus grave de la réaction allergique), le pronostic vital du patient est engagé.

Le Covid-19 et le syndrome de détresse respiratoire aiguë

Sous sa forme la plus grave, la Covid-19 peut provoquer une pneumopathie extensive avec dommage alvéolaire diffus et un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA). Les patients doivent alors être traités en unité de soins intensifs et placé sous ventilation artificielle et pour certains, sous assistance circulatoire (Oxygénation par membrane extracorporelle, ECMO).

Insuffisance respiratoire : quels sont les facteurs de risques ?

De nombreuses maladies touchant le système respiratoire peuvent aboutir à une insuffisance respiratoire, souvent peu réversible. Le tabagisme, actif et dans une certaine mesure passive, est un facteur de risque et un facteur aggravant de la maladie.

Qui est touché par l'insuffisance respiratoire ?

Chacun peut être concerné par ce trouble. Il est particulièrement pernicieux puisqu'il se développe lentement et à bas bruit. Lorsque ses symptômes apparaissent, les dégâts sont importants et souvent déjà irréversibles.

Les personnes les plus à risque de souffrir d'une insuffisance respiratoire

Si tout le monde peut souffrir un jour d'une insuffisance respiratoire, certains profils ont plus de risque. En effet, les fumeurs  ainsi que les ex-fumeurs, les personnes qui présentent un déficit immunitaire en immunoglobulines, ou en alpha-1-antitrypsine ou un terrain allergique sont les plus exposés.

Combien de temps dure une insuffisance respiratoire ?

L'insuffisance respiratoire peut être de courte durée ou s'étendre sur des années. 

L'insuffisance respiratoire peut-elle être contagieuse ?

L'insuffisance respiratoire ne présente pas de caractère contagieux.

Insuffisance respiratoire : qui et quand consulter ? 

Une personne qui n'éprouvait jusqu'alors aucune difficulté respiratoire "doit consulter son médecin généraliste lorsqu'il ressent un essoufflement qui ne lui pas permet, par exemple, de suivre les personnes de son âge ou qu'il constate un changement par rapport à un repère qu'il avait jusqu'alors", précise Philippe Camus. C'est ensuite le pneumologue ou le cardiologue qui prendra le relais, en fonction des affections.

Les examens et analyses à faire en cas d'insuffisance respiratoire

"L'interrogatoire du patient avec toute son histoire et ses documents est primordial pour orienter et poser le diagnostic", pose le pneumologue. 

Le spécialiste procédera à une exploration fonctionnelle respiratoire, ensemble d'examens qui permet d'évaluer la capacité respiratoire du patient :

  • La spirométrie évalue les volumes et les débits respiratoires. En cas d'insuffisance elle définira si celle-ci est obstructive, restrictive ou combinée.
  • La plethysmographie évalue l'ensemble des volumes pulmonaires, y compris les non mobilisables.
  • Les gaz du sang (gazométrie sanguine) au repos et à l’effort.
  • Le test de marche de six minutes : il mettra en lumière la distance parcourue, le degré d’essoufflement, une éventuelle hypoxie.
  • La mesure transcutanée de la saturation en O₂ et de la pression en gaz carbonique mettra en lumière les gaz du sang de manière non invasive.

Une imagerie pulmonaire et thoracique est indispensable : radiographie puis scanner si nécessaire.

La scintigraphie pulmonaire révélera si une ou plusieurs parties du poumon ne sont pas perfusées - non distribuées en sang.

L'échographie cardiaque permettra de mettre en lumière une possible hypertension artérielle pulmonaire

La fibroscopie, le lavage pulmonaire sont parfois indispensables au diagnostic précis. 

Évolution et complications possibles de l'insuffisance respiratoire

" L'absence d'exercice  due à la limitation respiratoire entraîne d'autres comorbidités comme le diabète, les maladies coronariennes, des désordres squelettiques...", commente Philippe Camus.

Parmi les autres complications possibles :

  • une altération des fonctions cardiaques et artérielles ;
  • une insuffisance respiratoire aiguë compliquant une insuffisance respiratoire chronique ;
  • des troubles de l'humeur et altération des facultés intellectuelles ;
  • parfois un pneumothorax lié "aux anomalies de pression que le malade met parfois en jeu pour ventiler plus correctement", ajoute le pneumologue.

Insuffisance respiratoire : quels sont les traitements ?

Le traitement de la cause sous-jacente à une insuffisance respiratoire doit permettre de la soigner. De multiples possibilités sont à mettre en œuvre. Antibiotiques, bronchodilatateurs, corticoïdes, oxygénothérapie, anticoagulants, immunosuppresseurs, vasodilatateurs et remodeleurs de la circulation pulmonaire.

Dans une insuffisance respiratoire aiguë sévère, le patient peut être placé sous suppléance respiratoire, respirateur artificiel, le temps que les poumons recouvrent leur fonction.

L'arrêt du tabac, responsable d'une grande majorité des insuffisances respiratoires, est un élément primordial du traitement. 

Comment prévenir une insuffisance respiratoire ?

"Il faut bien se rendre compte que le poumon est un capital précieux, mais fragile", comment notre expert. Pour en prendre soin, il convient d'adopter un mode de vie sain (exercice, nourriture saine...) et pas commencer ou bien arrêter de fumer. 

Comment arrêter de fumer ? 

Le conseil du Dr Philippe Camus : "les gens ne lisent plus guère les images impressionnantes montrant des malades du tabac sur les paquets de cigarette. L'insuffisance respiratoire, il faut la ressentir. On peut recommander à chacun pour en prendre la mesure de prendre un stylo Bic, d'enlever la pointe et le réservoir, de retirer le capuchon à l'autre extrémité et de respirer au travers durant quelques instants. C'est un bon moyen de se rendre compte de ce qu'est l'insuffisance respiratoire au quotidien. C’est le test du stylo. Après cela, on est bien plus convaincu de la nécessité d’arrêt du tabagisme ! Et il faut s’y atteler sans attendre".

Insuffisance respiratoire : sites d'informations et associations 

BPCO et insuffisance respiratoire chronique, Santé Publique France

Les symptômes, le diagnostic et les complications de la BPCO, Ameli

La Fédération française des associations et amicales des maladies, insuffisants et handicapés respiratoires : https://www.ffaair.org/

Association Santé respiratoire France : https://sante-respiratoire.com/bpco/

Sources

Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), Inserm, 16 juin 2020