Heure d'été ou heure d'hiver : laquelle est la meilleure pour la santé ? Une étude tranche

Publié par Aude Klain
le 20/10/2026
deux pendules affichant une heure de décalage
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Photo d'illustration
Nous allons changer d’heure ce week-end. Et passer à l’heure d’hiver. De quoi relancer le débat : heure d’été ou heure d’hiver, laquelle est la meilleure pour la santé ? Le Canadian Medical Association Journal vient de trancher.
 

Chaque automne, le changement d’heure ravive les discussions sur les perturbations du sommeil et la fatigue saisonnière engendrés par cette contrainte. Bien que la population plébiscite en grande majorité les longues soirées ensoleillées, les médecins et chronobiologistes alertent sur les effets néfastes d'un réveil prolongé dans l'obscurité. Les données scientifiques récentes invitent à reconsidérer nos préférences au regard du fonctionnement biologique réel de notre corps.

Fin du changement d'heure : pourquoi la décision reste-t-elle bloquée en Europe ?

Lors de la consultation citoyenne organisée par l'Assemblée nationale en 2019, réunissant plus de deux millions de participants, 83,71 % des répondants ont demandé la suppression du changement d'heure saisonnier. Parmi eux, près de 60 % préféraient conserver l'heure d'été toute l'année. Instauré en France en 1976 pour réduire la consommation d'éclairage après le choc pétrolier, puis harmonisé au niveau européen en 1998, le changement d’heure ne fait plus l'unanimité aujourd'hui.

Pourtant, le dossier stagne au Conseil de l'Union européenne malgré un vote favorable des eurodéputés en 2019. Car les pays ne sont pas d’accord sur l’heure à adopter en définitive, hiver ou été. Les pays membres refusent d'agir sans harmonisation préalable, craignant qu'un morcellement des fuseaux horaires sur le continent ne vienne perturber les transports et le marché intérieur.

Horloge circadienne : pourquoi l’heure joue-t-elle un rôle si important ?

Une heure de plus ou une heure de moins, qu’est-ce que cela change final ? Beaucoup. Car notre rythme veille-sommeil dépend directement d'une horloge interne logée dans l'hypothalamus. Comme l'ont démontré des travaux parus dans la revue Science, son cycle naturel s'étend sur environ 24,2 heures. L'exposition à la lumière du matin synchronise notre horloge biologique, tandis que les journées tardives (heure d’été) retardent la production de mélatonine et repousse l'endormissement.

Ainsi, l'heure d'été permanente aggrave le décalage entre le temps social et le temps biologique. En France métropolitaine, le soleil accuse déjà une heure de retard en hiver et deux heures en été par rapport au fuseau astronomique. Conserver l'heure estivale en plein hiver forcerait une grande partie de la population à débuter ses journées scolaires ou professionnelles dans une nuit complète.

Dépression, sommeil et scolarité : l’heure d’été moins bien supportée quand elle est permanente

Le manque de lumière à l'aube favorise les troubles affectifs saisonniers, qui touchent jusqu'à 15 % de la population sous une forme atténuée. L'étude parue dans le Canadian Medical Association Journal ce début octobre 2026 et menée par une équipe de chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique (Vancouver, Canada) en psychiatrie, chronobiologie, économie et santé publique, fait la synthèse de travaux existants et montre ainsi que vivre à l'extrémité ouest d'un fuseau horaire, où le soleil se lève plus tard, écourte les nuits et majore les risques métaboliques. Les chercheurs y relèvent même un excès pouvant atteindre deux suicides par an pour 100 000 habitants attribué au déficit prolongé de clarté matinale.

Autre enseignement de ces travaux : les adolescents subissent ce phénomène de plein fouet, la puberté décalant naturellement leur rythme de sommeil. À l'inverse, une heure d'ensoleillement supplémentaire avant les cours améliore les résultats scolaires en mathématiques et en lecture. Cette étude conclut que si l'arrêt du changement d’heure est globalement bénéfique, les gains sur la santé d'une heure d'été permanente demeurent inférieurs d'un tiers à ceux d'une heure d'hiver fixe. Ainsi, même si l’heure d’été est plutôt plébiscitée par la population en général, c’est bien l’heure d’hiver qu’il faut favoriser.

Quelles sont les leçons des pays ayant tenté l'expérience de l'heure d'été permanente ?

Les expériences menées par différents pays ces dernières années confirment que l’heure d’hiver doit être priorisée. En 1974, les États-Unis ont expérimenté cette mesure pour économiser l'énergie, avant de l'abroger en urgence face aux protestations des familles inquiètes de voir leurs enfants partir à l'école dans le noir total. La Russie en 2014, puis le Chili en 2015, ont également abandonné l'heure d'été continue après des plaintes massives liées à l'épuisement généralisé.

Les spécialistes rappellent que les enfants, les travailleurs matinaux et les usagers vulnérables de la route payent le prix le plus élevé en cas de matins sombres. Pour la communauté médicale, l'alignement définitif sur l'heure standard d'hiver constitue le choix le plus protecteur pour la santé globale.

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  • Lam RW, Mistlberger R, Baylis P, Choi A. Analysis of health impacts associated with adopting permanent standard time or permanent daylight saving time to inform policy in Canada. Canadian Medical Association Journal (CMAJ). 2026 Oct 5;198(34):E1335-E1340. doi: 10.1503/cmaj.261089.
  • Czeisler CA, Duffy JF, Shanahan TL, Brown EN, Mitchell JF, Rimmer DW, Ronda JM, Silva EJ, Allan JS, Emens JS, Dijk DJ, Kronauer RE. Stability, precision, and near-24-hour period of the human circadian pacemaker. Science. 1999 Jun 25;284(5423):2177-2181. doi: 10.1126/science.284.5423.2177.
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