Vaccins anti-coronavirus : Moderna, Pfizer, Oxford, Institut Pasteur, quels essais en cours ?

La mise au point de vaccins sûrs et efficaces est un point clef de la bataille contre le Covid-19. Moderna, Oxford, Pfizer, Institut Pasteur... Quels sont les projets en cours ? Quelles sont les difficultés rencontrées par les chercheurs ? Et à quelles échéances peut-on espérer les premières campagnes de vaccination ? Le point.
Vaccins anti-coronavirus : Moderna, Pfizer, Oxford, Institut Pasteur, quels traitements en cours ?Istock

Vaccins contre le coronavirus : le point actualité 

Pour pouvoir mettre un terme à cette crise sanitaire sans précédent, il faut trouver un vaccin. Les chercheurs spécialisés du monde entier y travaillent, dans leur pays respectif, avec des moyens divers. 

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, "plus de 169 vaccins candidats contre la Covid-19 sont en cours de développement, dont 26 en phase d’essai chez l’homme". Tous les secteurs compétents sont mis à contribution et travaillent à des rythmes effrénés.

Fin mars, le premier essai clinique pour tester un vaccin avait été lancé à Seattle, aux États-Unis. Le vaccin se nomme mRNA-1273 et a été développé par des scientifiques des NIH et de l'entreprise de biotechnologies Moderna.

À la même période, la Russie s'est dite prête à tester des vaccins sur les humains. "Les groupes de volontaires ont déjà été créés. Nous avons reçu plus de 300 candidatures", a assuré le directeur d'un important centre de recherche russe le 7 avril. La Chine a également annoncé avoir approuvé des essais cliniques sur l'homme pour deux vaccins expérimentaux supplémentaires afin de lutter contre le nouveau coronavirus.

En France, les chercheurs du laboratoire commun Pasteur – TheraVectys planchent actuellement sur le sujet. Fin août, des résultats prometteurs sur l'animal ont été rapportés. Lorsqu'il a annoncé le nouveau confinement de la France, le 28 octobre dernier, Emmanuel Macron a évoqué la possibilité qu'un vaccin serait disponible à l'été 2021

Les vaccins anti-coronavirus en cours de test

Pour l'heure il n'existe pas de vaccin contre le Covid-19, mais plus d'une centaine de laboratoires travaillent à la conception d'un vaccin contre ce nouveau coronavirus. Voici quelques compagnies et laboratoires en ligue :

  • Le Jenner Institute, de l’Université d’Oxford, en association avec le laboratoire AstraZeneca, a pris une belle avance dans la course au vaccin. Actuellement en phase 3 des essais cliniques, des milliers de volontaires ont déjà reçu le vaccin. Une mise sur le marché est prévue au premier trimestre 2021.  
  • La société Moderna applique une nouvelle stratégie vaccinale, qui consiste à injecter directement un ARN (un morceau de patrimoine génétique, ndlr) synthétique chez l'homme, qui va permettre à l'organisme de produire directement une des protéines du coronavirus. La compagnie espère une mise sur le marché début 2021. La phase 3 des essais cliniques en commencé en juillet et le laboratoire compte déposer une demande d'autorisation auprès de l'Agence des médicaments (FDA) d'ici fin novembre 2020.
  • BioNTech et Pfizer : leur vaccin expérimental, baptisé BNT162b2,  repose sur la même méthode que celui de Moderna. L'alliance germano-américaine a annoncé qu'elle comptait déposer une demande d'autorisation de mise sur le marché au cours de la troisième semaine de novembre 2020. Par ailleurs, la société pharmaceutique prévoit de commencer à tester son vaccin chez les enfants dès l'âge de 12 ans, a indiqué le chercheur responsable de l'essai à CNN, mardi 27 octobre. La première semaine de novembre, des ados de 16-17 ans seront vaccinés. Puis on passera aux 12-15 ans. Il s'agit du premier essai de vaccin contre le coronavirus impliquant des enfants aux États-Unis.
  • La société de biotechnologie américaine Inovio développe, notamment grâce au financement de Bill Gates, un vaccin baptisé "Ino-4800". Il a déjà été administré à 40 adultes volontaires en bonne santé. Les réponses immunitaires et les données de sécurité de l'étude sont attendues pour cet été.
  • L'Institut Pasteur, une fondation française, a entamé l'élaboration d'un vaccin à partir du virus atténué de la rougeole. Ils vont assembler le génome du vaccin de la rougeole avec une partie de celui du coronavirus, pour obtenir un dérivé de vaccin que tous les pays du monde savent produire.
  • La société allemande, CureVac, espère lancer ses premiers tests d'ici juillet et mettre sur le marché un vaccin à l'autonome.
  • Anges, un laboratoire nippon, va prochainement tester un vaccin ARN sur des animaux.
  • La société CanSino Biology a réalisé un vaccin test en collaboration avec l’Institut de Biotechnologie de Pékin.
  • L'entreprise américaine Johnson & Johnson a sélectionné un vaccin-candidat, il sera expérimenté sur l'Homme d'ici septembre, la mise sur le marché est prévue début 2021. 
  • Le mastodonte britannique GlaxoSmithKline (GSK) collabore avec une biotech chinoise pour mettre à disposition sa technologie de fabrication d'adjuvants pour les vaccins contre les épidémies.
  • Le groupe pharmaceutique Sanofi s'est, quant à lui, associé au ministère américain de la Santé pour développer lui aussi un candidat vaccin, en utilisant une "technologie de recombinaison de l'ADN". Elle consiste à combiner l'ADN du virus avec l'ADN d'un virus inoffensif afin de créer une nouvelle entité cellulaire à même de provoquer une réponse immunitaire. Les antigènes créés par cette opération peuvent ensuite être reproduits à grande échelle. 



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Vaccin BCG et coronavirus : que faut-il en penser ?

Le vaccin BCG, initialement mis au point pour combattre la tuberculose, ne fait plus partie de nos vaccins obligatoires depuis 2007. Mais celui-ci pourrait "entraîner" en notre système immunitaire à combattre toutes formes d’agressions.

"C'est un vaccin qui a des propriétés très particulières et qui vont au delà de la lutte contre les maladies de la tuberculose. Il a la capacité d'entraîner notre système immunitaire inné (...) qui pourrait se révéler essentiel dans la lutte contre le Covid, notamment dans la prévention des formes inflammatoires sévères et les formes sévères de la maladie qui reposent sur la réponse inflammatoire", explique sur RMC Laurent Lagrost, directeur de recherche à l’Inserm.

Mais en attendant des preuves scientifiques, des corrélations peuvent déjà être faites : en Guyane, la vaccination BCG est obligatoire et sur 300 000 habitants, seuls 88 cas sont recensés et aucun décès.

"Il n'y a aucun patient en réanimation médicale dans aucun hôpital de Guyane française qui montre une prévalence de la tuberculose dix fois plus forte que dans l'hexagone. Je prendrai aussi l'exemple de l'Allemagne; la RDA (est) avait une politique de vaccination forte, la RFA (ouest) un peu plus souple, et quand on voit les chiffres dans les Landers allemands la différence est frappante", ajoute le chercheur.

Une piste sérieuse donc et pleine de promesses.

Fabrication d'un vaccin : quel délai de production ?

Les équipes de chercheurs avancent sur l'élaboration d'un vaccin contre coronavirus, mais toutes sont unanimes : il va falloir plusieurs mois pour le mettre au point, il ne permettra donc pas d'enrayer l'épidémie de coronavirus actuelle.

En effet, il ne suffit pas seulement de trouver la bonne formule, le vaccin doit ensuite être testé sur les animaux, puis sur les humains et ce, à chaque étape de son processus de fabrication.

Au total, il faut compter entre 6 et 36 mois pour la production, le conditionnement et la livraison auprès des différents pays concernés qui vont à leur tour effectuer des contrôles de qualité.

Coronavirus : le virus va-t-il muter ? 

La bonne nouvelle, dans la course à l'élaboration d'un vaccin, est que le virus aurait, selon les chercheurs, une évolution lente

Andrew Rambaut, biologiste spécialiste de l'évolution moléculaire à l'Université d'Edimbourg, a déclaré dans le magazine Science que le nouveau coronavirus connaissait deux mutations mensuelles : "C'est environ deux à quatre fois plus lent que la grippe", a-t-il commenté.

De plus, Peter Thielen, généticien moléculaire à l'université Johns Hopkins a expliqué dans le Washington Post : "À ce stade, le taux de mutation du virus laisse penser que le vaccin développé pour le SRAS-CoV-2 serait un vaccin unique, plutôt qu'un nouveau vaccin chaque année comme le vaccin anti-grippe. "



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Vaccin contre le coronavirus : quelle efficacité ?

Selon un porte-parole du service du Pr Didier Raoult, Directeur de l'IHU Méditerranée Infection, il n'est pas raisonnable de penser que le vaccin est une solution à court terme : "L'efficacité d'un vaccin ne peut se démontrer que sur le long terme. Il faut que des personnes vaccinées et non vaccinées contre le virus aient été exposées dans une zone à risque pour que l'on puisse démontrer que la population vaccinée a été moins touchée que la population non vaccinée. Or, cela demande nécessairement un temps long". 

Selon Nicolas Manel, directeur de recherche à l'Inserm au sein de l'unité "Immunité et cancer" de l'Institut Curie, la (relative) bonne nouvelle concernant ce virus, c'est qu'il est très stable génétiquement (à l'inverse du VIH par exemple) et les vaccins actuellement en cours de développement devraient être efficaces plusieurs mois, voire plusieurs années. Le virus va circuler par vague et pour les prochaines, nous disposerons du vaccin qui devrait nous permettre de circonscrire l'épidémie" assure l'expert dans un communiqué du 8 avril.

Vaccin anti-coronavirus : quand sera-t-il disponible ?

Selon l'Agence européenne du médicament (EMA) "il pourrait s'écouler au moins un an avant qu'un vaccin contre le COVID-19 ne soit prêt pour approbation et disponible en quantités suffisantes pour permettre une utilisation généralisée". 

Pour les plus optimistes, un premier vaccin pourrait être disponible dès la fin de l'année 2020.

En France, une Task Force (force opérationnelle) a été mise en place à l'Institut Pasteur pour le développement de vaccins. Le but ? Accélérer les recherches des scientifiques.

Pour l'instant, ces derniers ont décidé de partir du vaccin de la rougeole (même famille de virus que le coronavirus SARS-CoV-2) pour faire des premiers essais. 

Des tests sur des souris ont même commencé le 11 mars. "Les tests vont durer un mois, un mois et demi : on vaccine des souris, ensuite, on leur prend régulièrement du sang pour voir si elles ont fait des anticorps contre le vaccin. Si elles ont fait des anticorps, on les infecte avec le coronavirus et on voit si elles résistent", explique un des chercheurs à RTL

Concernant la durée, l'Institut Pasteur annonce un délai de 18 mois (soit l'été 2021).

Or, il est tout à fait probable que d'ici 18 mois, l'épidémie de coronavirus n'existe plus dans ces conditions et que, même s'il y a une nouvelle épidémie de coronavirus chinois dans 18 mois, le vaccin développé pour la souche actuelle ne fonctionne plus, c'est ce qui s'est passé pour le SRAS", rappelle le porte-parole de l'institut. 

Pourquoi travailler sur un vaccin qui sortira après l’épidémie ?

Les vaccins sont essentiels pour venir à bout d’un virus, même s’il est très difficile de l’éradiquer totalement. Le risque pour la population est de devoir faire face à plusieurs vagues d’épidémie.

Les personnes qui n’ont pas été infectées la première fois peuvent alors tomber malades, et l’épidémie peut repartir de plus belle. C’est pourquoi le fait d’avoir un vaccin à disposition peut aider à limiter les dégâts.

Comment traite-t-on le Covid-19 aujourd'hui ? 

En l'absence de médicament, un traitement symptomatique est appliqué aux cas bénins. Il s'agit de limiter les effets importuns — maux de tête, maux de gorge, courbatures. Pour cela, les patients peuvent prendre du paracétamol (Doliprane, Dafalgan, Efferalgan) jusqu'à 3g/jour.

Attention en revanche à ne pas prendre d'anti-inflammatoires, type Ibuprofen, aspirine ou cortisone : ils pourraient entraîner de sérieux dégâts selon le ministère de la Santé. Ils sont susceptibles d'aggraver l'inflammation due au Covid-19. En cas de doute, demandez toujours l'avis de votre médecin. 

Dans les cas les plus graves, les patients atteints du coronavirus sont plongés dans un coma artificiel, ils sont sous assistance respiratoire et suivent souvent des traitements antibiotiques. Cette prise en charge dure plusieurs semaines.