Coronavirus : les tests de dépistage disponibles sont-ils fiables ?

Certifié par nos experts médicaux MedisiteLes cas de patients testés négatifs au Covid-19, mais finalement bien malades, interrogent sur la fiabilité des tests pratiqués actuellement. Medisite a interrogé plusieurs experts à ce sujet.
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© Istock

Le gynécologue-obstétricien Jean-Marie Boegle, qui exerçait à Mulhouse, est décédé du coronavirus ce dimanche 22 mars, à l’âge de 66 ans. Une mort qui vient s’ajouter à une liste, déjà longue, de victimes.

Mais ce qui interpelle dans l’histoire de ce médecin, c’est qu’il s’était fait dépister du coronavirus après l’apparition des premiers symptômes… avec un résultat négatif. Quelques jours plus tard, un second test est, cette fois-ci positif. Mais il est alors trop tard puisque, très vite, le sexagénaire tombe dans le coma. Aussi, il est possible de s’interroge sur la fiabilité des tests actuellement pratiqués en France.

Covid-19 : quel test de diagnostic est pratiqué en France ?

À l’heure actuelle, le test de diagnostic COVID-19 réalisé dans l’Hexagone a été élaboré par le Centre national de référence des virus des infections respiratoires de l’Institut Pasteur. Celui-ci est disponible dans les établissements de santé de références, et n’est actuellement pratiqué que sur les personnes qui présentent des signes de détresse respiratoire aiguë. Selon les informations du ministère de la Santé, communiquées à Libération, “45 établissements disposent actuellement d’un laboratoire pouvant procéder à ces analyses”.

“Il s’agit d’un test de type RT-PCR”, précise le Dr Slim Fourati, virologue au sein de l’Hôpital Henri-Mondor. Cette technique in vitro permet de détecter l’ARN viral du coronavirus à partir de prélèvements nasopharyngés. Plus simplement, elle consiste à “amplifier le gène du virus, pour essayer d’identifier son génome dans les sécrétions du patient”, explique le Dr Hugo Chaix, généraliste pour SOS Médecins.

“Bien que plusieurs firmes et laboratoires développent des tests diagnostics à travers le monde, tous sont des RT-PCR”, indique le Dr Fourati. La technique de dépistage est donc la même partout, même si des variantes peuvent se présenter selon les pays. “En France, par exemple, deux éléments du génome du virus sont recherchés dans les sécrétions, contre trois en Allemagne”, ajoute le Dr Chaix.

Coronavirus : que sait-on sur la fiabilité du test diagnostic ?

Pour le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste à l'hôpital Hôtel-Dieu (AP-HP) de Paris et auteur de Coronavirus - Comment se protéger ? (éd. Archipoche - droits reversés à l’Institut Pasteur), les tests actuels manquent de fiabilité. “Les équipes hospitalières estiment qu’ils présentent moins de 60 % de sensibilité”, indique-t-il.

“Un test idéal de dépistage, c’est une sensibilité de 100 % et une spécificité de 100 %. Ceux que l’on pratique actuellement ont une bonne spécificité - s’ils sont positifs, il n’y a pas de doute à avoir - mais une mauvaise sensibilité”. Autrement dit, si le virus n’est pas détecté dans le prélèvement, ce n’est pas forcément qu’il n’y a pas de virus. “Selon le moment du prélèvement et la technique employée, il peut y avoir plus ou moins de faux négatifs”, ajoute le médecin.

Des propos qui concordent avec ceux du Dr Chaix, de SOS Médecins, qui évoque un taux de faux négatifs qui se situeraient entre 20 et 30 %, sans pour autant pouvoir l’affirmer avec certitude. Il précise toutefois que ces chiffres sont très évolutifs, “d’autant que de nouveaux tests pourraient arriver en France d’ici une quinzaine de jours. Nous allons vers des tests de plus en plus fiables”.

En laboratoire, la confiance dans ces tests est plus marquée

Le virologue Slim Fourati, qui effectue ces tests au quotidien, reconnaît que “des études menées en Chine ont montré qu’ils pouvaient manquer de précision”. Mais il ajoute que “les prélèvements réalisés là-bas (du pharynx, voire salivaires) ne sont pas les mêmes qu’en France, où nous effectuons des prélèvements nasopharyngés, beaucoup plus sensibles”. Le spécialiste est d’ailleurs très confiant quant à la sensibilité des tests actuels.

De son côté l’entreprise CliniSciences, qui commercialise des réactifs pour la recherche médicale et scientifique - et notamment les outils nécessaires au test coronavirus - précise sur son site : "La sensibilité analytique est de 1 copie par réaction (100 copies/mL) de l'ARN viral du SRAS-CoV-2 avec un niveau de confiance de 95 %. Le test est très spécifique sans réaction croisée avec différents types d'espèces non-SARS-CoV-2 testées".

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Source(s):

Merci au Dr Hugo Chaix, médecin généraliste, au Dr Slim Fourati, virologue, et au Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste. 

Maladie Covid-19 (nouveau coronavirus), Institut Pasteur, mis à jour le 24 mars 2020. 

Coronavirus : bientôt plus de tests, plus rapides, plus sensibles, Libération, 18 mars 2020. 

Oxford scientists develop rapid testing technology for COVID-19, communiqué de l'Université d'Oxford, 18 mars 2020. 

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