Chimiothérapies : l'ANSM appelle à un renforcement de la surveillance des effets indésirables après des cas graves
Près de 80 000 personnes reçoivent chaque année en France une chimiothérapie à base de 5-fluorouracile (5-FU) ou de capécitabine contre des cancers digestifs, du sein ou de la sphère ORL. Si ces molécules constituent un socle thérapeutique de référence, leur élimination dépend directement d'une enzyme hépatique spécifique. Dans une alerte publiée le 9 septembre 2026, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) appelle à la vigilance dans le calcul et l'ajustement des doses.
Déficit en DPD : les mécanismes d'une toxicité sévère
Le métabolisme de ces traitements repose sur la dihydropyrimidine déshydrogénase (DPD). Cette enzyme permet au foie d'éliminer plus de 80 % de la substance active injectée ou ingérée. Lorsqu'un patient présente un déficit génétique en DPD, la molécule s'accumule dans la circulation sanguine et provoque un surdosage immédiat. Ce phénomène déclenche des diarrhées profuses, des mucites aiguës et des aplasies (manque de globules blancs) avec fièvre, susceptibles de compromettre le pronostic du malade.
Un dosage sanguin spécifique de l'uracile (uracilémie) permet de mesurer cette activité enzymatique avant le début de la chimiothérapie. Un déficit complet, observé chez moins de 0,5 % des malades, entraîne une contre-indication stricte au traitement. Un déficit partiel, touchant entre 3 % et 8 % de la population, exige pour sa part une réduction posologique d'emblée. La réglementation française interdit formellement la prescription ou la délivrance de ces anticancéreux sans ce résultat biologique préalable.
Pharmacovigilance : une erreur évitable relance l'alerte
Dans le cadre de son suivi national continu, le réseau des Centres régionaux de pharmacovigilance a identifié un accident grave survenu sous capécitabine. Chez cette patiente, le déficit partiel en DPD avait été correctement dépisté lors du bilan sanguin. La posologie prescrite n'a cependant fait l'objet d'aucune réduction de dose, entraînant l'apparition d'effets secondaires majeurs.
Cet événement démontre que la réalisation du dépistage reste inutile sans une baisse effective de la dose prescrite. L'établissement hospitalier concerné a immédiatement mis en place des mesures correctives pour instaurer un double contrôle systématique avant la délivrance du médicament.
Avis d'experts : un référentiel unifié pour les posologies
Une enquête du réseau ResOMEDIT a mis en évidence que près de 40 % des établissements de santé ne possédaient pas de protocole standardisé pour adapter les doses en présence d'un déficit partiel. Face à ce constat, l'Institut national du cancer (INCa) et l'ANSM ont publié un cadre national partagé destiné à harmoniser les pratiques médicales.
Ce référentiel prévoit une réduction des doses initiales allant de 20 % à 75 % en fonction de la concentration sanguine d'uracile. Les experts rappellent par ailleurs qu'aucune situation d'urgence ne justifie d'initier la chimiothérapie sans avoir reçu ce résultat d'analyse. Enfin, une insuffisance rénale modérée ou sévère doit être prise en compte : elle peut fausser le taux d'uracile à la hausse et conduire à un sous-dosage injustifié de la chimiothérapie.
Les patients et leurs proches doivent aussi vérifier que l'analyse sanguine a bien été réalisée avant la première cure. Après l'administration, l'apparition de diarrhées sévères, d'aphtes multiples ou d'une fièvre supérieure à 38 °C nécessite une prise en charge médicale sans délai.
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ANSM
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