Une étude présentée le 18 mai dernier à l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) montre que le pourcentage d’hospitalisations liées à un effet indésirable médicamenteuxest passé de 3,6 % à 8,5 % en seulement dix ans en France.

Effet indésirable médicamenteux : 212 500 personnes hospitalisées en 2018

L’effet indésirable médicamenteux (EIM) est une “réaction nocive et non voulue à un médicament en cas d’utilisation conforme aux termes de son autorisation de mise sur le marché ou lors de toute autre utilisation”, explique le Ministère de la santé. Ces effets sont considérés comme étant graves lorsqu’ils sont “mortels ou susceptibles de mettre la vie en danger, ou entraînant une invalidité ou une incapacité importante ou durable, ou provoquant ou prolongeant une hospitalisation, ou se manifestant par une anomalie ou une malformation congénitale”, détaille-t-il.

Ces effets indésirables sont suivis de près et étudiés par les pharmacologues pour tenter de les éviter. Mais selon une récente étude, le nombre de cas explose dans l’Hexagone, passant de 144 000 en 2007 à 212 500 en 2018. Ces résultats ont été trouvés en comparant les études EMIR de 2007 et IATROSTAT de 2018.

En 2007, “les anticoagulants oraux (antivitamines K) étaient alors les principaux pourvoyeurs de cette iatrogénie grave”. Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

16 % des effets indésirables médicamenteux auraient pu être évités

Le volume de consommation des médicaments ne semble pas en être un facteur explicatif puisque qu’une baisse modeste (moins 4 %) de ce volume a été observée entre les deux périodes”, peut-on lire dans le rapport.

Par ailleurs, la Pr Marie-Laure Laroche, pharmacologue au centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Limoges, et investigatrice principale de l’étude IATROSTAT, précise au Figaro que cette tendance est “observée dans d’autres pays, mais nous n’avons pas d’explications claires”.

En effet, selon la spécialiste, cette hausse des hospitalisations ne s’explique pas non plus par le vieillissement de la population, car les taux d’accident par classe d’âge sont stables. L’explication ne se trouve également pas dans la mise sur le marché de nouveaux médicaments puisque ceux apparus depuis 2007 ne “prennent pas une place particulièrement importante en termes d’effets indésirables au regard de leur prescription”, souligne-t-elle.

Dernière piste envisagée et certainement la plus crédible selon les pharmacologues : l’utilisation parfois inadaptée des traitements. Et pour cause, les données recueillies montrent que 16 % des effets indésirables médicamenteux auraient pu être évités grâce à un meilleur suivi des doses, des durées et des précautions d’emploi liées à ces médicaments.

Prescription médicale : pas plus de 5 médicaments par ordonnance ?

Toujours au Figaro, le Pr Dominique Deplanque, président de la Société française de pharmacologie et thérapeutique, insiste sur la nécessité de faire attention aux nombreux médicaments prescrits aux personnes âgées : “Chez elles, il faut être particulièrement attentifs à la pertinence du traitement et aux risques à chaque fois qu’on ajoute un médicament une ordonnance.” Certains médecins souhaiteraient aller plus loin en mettant en place la “sobriété médicamenteuse”.

En l’occurrence, le Pr Rémy Boussageon, président du conseil scientifique du Collège national des généralistes enseignants (CNGE), estime que les prescriptions pourraient être limitées à “cinq médicaments par ordonnance” au maximum.

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Sources

https://www.rfcrpv.fr/wp-content/uploads/2022/05/Communiqu%C3%A9-de-presse-IATROSTAT-diffusion.pdf 

Les effets indésirables graves des médicaments en forte hausse, 30 mai 2022, Le Figaro

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