Le changement climatique favorise la prolifération de cette bactérie mangeuse de chair

Publié le 18 Juin 2019 à 17h51 par Pauline Capmas-Delarue, journaliste santé
En réchauffant la surface de l’eau, le changement climatique favorise le développement de certaines bactéries, telles que le Vibrio vulnificus, qui se nourrit de votre chair et peut tuer.

Le changement climatique favorise la prolifération de cette bactérie mangeuse de chair© Istock

Fonte des glaces, disparition d’espèces, pauvreté, catastrophes climatiques… les conséquences du changement climatique sont nombreuses. Parmi elles, on peut citer la recrudescence ou l’apparition de nouvelles maladies - y compris dans les pays développés.

Près de la baie du Delaware aux Etats-Unis, où la température de l’eau a augmenté, cinq cas de Vibrio vulnificus ont été recensés au cours des deux dernières années. Il s’agit d’une infection par une bactérie mangeuse de chair, transmise par la manipulation ou la consommation de fruits de mer contaminés. L’un des patients est décédé.

Des zones autrefois sans risque sont désormais contaminées

Une étude publiée dans la revue Annals of Internal Medicine s’est penchée sur ces contaminations. Pour les auteurs, ces infections sonnent comme un avertissement, quant au fait que des infections bactériennes érodant la chair peuvent désormais s’attraper dans des zones géographiques autrefois sans risque.

“Il est important que les médecins, qui n’ont peut-être jamais vu cette infection auparavant, y soient sensibilisés”, souligne le Dr. Katerine Doktor, spécialiste des maladies infectieuses et co-auteure de l’étude.

Les chercheurs ont enregistré une augmentation importante de la température de la surface de la mer, au cours des trois dernières décennies, dans de nombreuses régions des Etats-Unis. Un phénomène qui a également pu se produire autour des côtes de nombreux autres pays.

Ces températures plus élevées ont entraîné des changements dans “la quantité, la distribution et les fenêtres saisonnières des bactéries”, explique le Dr. Doktor. Cela a créé “des conditions plus favorables” au développement de la bactérie Vibrio.

Un patient amputé des quatre membres, un autre décède

Les patients contaminés ont été soignés au New Jersey's Cooper University Hospital, qui n’avait alors connu qu’un seul cas d’infection grave à Vibrio, au cours des huit dernières années.

Toutes avaient consommé ou été en contact avec des fruits de mer, ou l’eau de la baie du Delaware. Elles se sont présentés à l’hôpital avec des symptômes tels que des vomissements, de la fièvre ou des membres extrêmement gonflés, avec des éruptions cutanées parfois suintantes. L’un d’eux présentait aussi une insuffisance respiratoire.

Pour les soigner, les médecins ont dû leur retirer des parties de peau trop atteintes (mortes ou mourantes) et leur administrer plusieurs greffes. L’un d’eux a malheureusement dû être amputé des quatre membres, devenus comme “momifiés”, à cause de son arrivée tardive à l’hôpital. Un autre a vu son rythme cardiaque devenir irrégulier en cours d’intervention, et a perdu la vie.

“Pour chacun de ces cas, les patients avaient des facteurs de risque connus (maladie du foie, diabète ou autre déficit immunitaire), quand une lésion cutanée s’est trouvée en contact avec l’eau, ou lorsque le patient a consommé des fruits de mer non cuits, récoltés dans la baie du Delaware”, souligne le Dr. Doktor.

D’autres facteurs, comme la salinité de l’eau, favorise le développement de la bactérie

Plusieurs médecins, qui n’ont pas participé à l’étude, tempèrent néanmoins le lien de cause à effet entre le réchauffement climatique et l’invasion de certaines zones par des bactéries mangeuses de chair. Selon le Dr. Stephen Spann, cinq cas ne suffisent pas à prouver “que tout cela est dû au changement climatique - même si cela pourrait très bien l’être”.

Il souligne le rôle d’un autre facteur qui influe sur la présence de Vibrio vulnificus : la salinité de l’eau. “Lorsque la salinité ou la teneur en sel de ces eaux diminue, la concentration de Vibrio augmente”, explique-t-il. D’autres circonstances, notamment la pollution, pourraient affecter la concentration bactérienne.

Selon lui, le risque lié à ces bactéries doit malgré tout être pris au sérieux. Les personnes en bonne santé ne présentent que peu de risque, leur système immunitaire pouvant combattre la bactérie. En revanche, les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées ou les malades doivent être beaucoup plus prudents.

Vidéo : Une bactérie résistante aux antibiotiques sévit dans le monde

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