Démence : vos émotions peuvent la révéler

Publié le 18 Juin 2019 à 12h36 par Emmanuelle Jung, journaliste santé
Une étude menée par des chercheurs français vient de révéler une nouvelle piste pour diagnostiquer la démence : les émotions. Ces dernières en disent long sur votre état de santé, semble-t-il.

La démence fronto-temporale (DFT) désigne une maladie cognitive et comportementale causée par une altération dégénérative des régions antérieures du cerveau. La pathologie se manifeste par des troubles du comportement comme une apathie progressive, un manque d’intérêt général ou encore un retrait social. "La DFT représente 20 % des démences dégénératives et près d’un tiers des cas diagnostiqués chez les moins de 65 ans", précise l’Inserm. Malheureusement, le diagnostic n’est pas facile à établir. La DFT s’avère parfois confondue avec la maladie d’Alzheimer.

Une nouvelle étude, menée par Marc Teichmann et Carole Azuar de l’Institut du cerveau et de la colonne vertébrale de Paris et de l’hôpital Pitié-Salpêtrière, vient de démontrer que les émotions constitueraient un outil pour diagnostiquer la DFT. En effet, les chercheurs observent une incapacité à réguler les émotions dîtes morales, pour les personnes qui en sont victimes.

Une altération de la reconnaissance des émotions due à la DFT

Pour les besoins de l’étude, les scientifiques ont analysé les émotions de 22 patients atteints de DFT. "Nous savons depuis longtemps que ces patients démontrent une altération de la reconnaissance des émotions. Cela affecte un type spécifique d’émotions appelées émotions morales, qui sont cruciales pour les interactions humaines", partage Marc Teichmann, coordinateur de l’étude.

Les émotions morales se définissent, en effet, comme des expériences affectives favorisant la coopération et la cohésion de groupe, y compris des émotions telles que l’admiration, la honte ou encore la pitié. "Elles se distinguent des autres émotions dans la mesure ou elles sont étroitement liées au contexte culturel ainsi qu’aux règles morales innées", détaille l’étude.

Les émotions, un nouvel outil de diagnostic précoce

Les chercheurs et les cliniciens ont mis au point un test permettant d’évaluer les émotions morales des 22 patients. Le test en question était composé de 42 scénarios pour lesquels chaque sujet a dû sélectionner le sentiment qu’il éprouve face à ces derniers (parmi 4 possibilités de réponse). Les résultats ont été comparés à ceux observés chez 45 personnes en bonne santé ainsi que chez 15 patients atteints d’Alzheimer.

Les résultats parlent d’eux-mêmes : les émotions morales sont beaucoup plus altérées chez les patients concernés par la DFT, si l’on compare avec les malades d’Alzheimer et les personnes en bonne santé. "Nos résultats confirment que les émotions sont généralement altérées, avec une altération particulièrement profonde des émotions morales, conclut Marc Teichmann. Notre nouvel outil de test semble fournir un marqueur précoce des DFT et pourrait également être un marqueur pour d’autres maladies impliquant la perturbation des émotions morales, comme par exemple dans les cas des individus psychopathes ».

Alzheimer ou démence fronto-temporale : quelle différence ?

Comme le souligne l’Inserm, ces deux pathologies sont parfois confondues par le corps médical. "La démence fronto-temporale peut provoquer des troubles de la mémoire, expliquent leurs experts. Ce fait, souvent méconnu, tend à aiguiller une partie des patients vers un diagnostic de maladie d’Alzheimer, par erreur".

En effet, la DFT se distingue de la maladie d’Alzheimer. Elle débute en général entre 50 et 60 ans, donc plus précocement que Alzheimer. En outre, ce sont des modifications du comportement et de la personnalité qui sont au premier plan lors d’une DFT. Et surtout, elle n’implique pas de perte de reconnaissance des proches, contrairement à Alzheimer.

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