Ce vaccin contre le zona pourrait aussi protéger votre cerveau
Se faire vacciner pour éviter une infection, nous en avons l’habitude. Le faire avec l’espoir de préserver aussi ses capacités cognitives ? L’idée est plus inattendue. Elle prend pourtant de l’importance dans la recherche sur le vieillissement cérébral.
Ces dernières années, plusieurs équipes ont observé moins de diagnostics de démence chez des personnes vaccinées contre le zona. De quoi susciter de l’intérêt, sans annoncer pour autant l’arrivée d’un vaccin contre Alzheimer. Les deux sujets sont liés, mais ils ne se confondent pas.
Près de 20 % de diagnostics en moins : ce que montre l’étude galloise
Publiée en avril 2025 dans Nature, une étude menée au Pays de Galles s’est appuyée sur une particularité du programme de vaccination : l’accès au vaccin dépendait d’une date de naissance précise. Des personnes presque du même âge se retrouvaient ainsi éligibles ou non.
Cette situation a permis aux chercheurs de comparer des groupes proches, en limitant certains biais habituels. Car les personnes qui se font vacciner peuvent aussi être plus attentives à leur santé, ce qui complique les comparaisons classiques.
Les auteurs estiment que recevoir le vaccin a réduit la probabilité d’un diagnostic de démence de 3,5 points de pourcentage sur sept ans, soit une diminution relative d’environ 20 %.
Un résultat encourageant, avec deux précisions : l’étude concernait l’ancien vaccin vivant contre le zona, et elle portait sur les démences dans leur ensemble, pas uniquement sur la maladie d’Alzheimer. Cette dernière en est une cause majeure, mais elle n’est pas la seule.
Un autre vaccin, et des résultats qui vont dans le même sens
Une étude publiée en 2024 dans Nature Medicine s’est intéressée au vaccin recombinant Shingrix, aujourd’hui utilisé en France. Les chercheurs ont comparé deux groupes de plus de 100 000 personnes chacun, vaccinés majoritairement avec la nouvelle ou l’ancienne formulation.
Sur une période d’observation allant jusqu’à six ans, les résultats étaient plus favorables au vaccin recombinant. Les auteurs rapportent 17 % de temps supplémentaire sans diagnostic de démence, correspondant à 164 jours chez les personnes ayant finalement reçu ce diagnostic pendant le suivi.
Attention à ne pas transformer ce chiffre en promesse individuelle : cela ne signifie pas que chaque personne vaccinée gagne automatiquement cinq mois de bonne mémoire. Il s’agit d’un résultat statistique issu de dossiers médicaux, et non d’un essai dans lequel les participants auraient été répartis au hasard entre les deux vaccins.
Pourquoi les chercheurs regardent-ils du côté des infections ?
Le lien peut surprendre. Quel rapport entre une infection et une maladie qui affecte progressivement le cerveau ?
L’une des hypothèses concerne l’inflammation. Certaines infections pourraient contribuer à entretenir des réactions immunitaires susceptibles de fragiliser le tissu cérébral. Les scientifiques cherchent à comprendre leur place parmi les nombreux facteurs impliqués dans les maladies neurodégénératives.
Le virus HSV-1, notamment responsable des boutons de fièvre, fait partie des agents étudiés. Mais avoir de l’herpès ne signifie pas que l’on développera Alzheimer, et un lien de cause à effet général n’est pas établi.
Autre distinction importante : HSV-1 n’est pas le virus varicelle-zona. Ce dernier, qui peut rester dormant après une varicelle, est responsable de la réactivation à l’origine du zona. Le vaccin contre le zona n’est donc pas un vaccin contre les boutons de fièvre.
Quant au bénéfice cérébral éventuel de la vaccination, son mécanisme reste à préciser : prévention des réactivations virales, modification de la réponse immunitaire, ou combinaison de plusieurs effets.
Peut-on déjà parler de prévention d’Alzheimer ?
Pas comme d’une indication médicale démontrée. Les résultats soutiennent une piste sérieuse, mais ils ne permettent pas de promettre qu’une vaccination empêchera la maladie d’Alzheimer ni qu’elle traitera une maladie déjà installée.
La recherche rappelle d’ailleurs que toutes les hypothèses ne débouchent pas sur un traitement efficace. L’essai clinique VALAD, qui a évalué un antiviral contre l’herpès chez des personnes présentant une maladie d’Alzheimer débutante, n’a pas montré de bénéfice cognitif. Le groupe traité a même connu une aggravation plus importante sur le critère principal étudié.
Cela ne tranche pas toute la question du rôle des infections. En revanche, cela ne justifie pas de prendre un antiviral pour protéger sa mémoire en dehors d’une indication médicale.
En pratique, faut-il faire le point sur ses vaccins ?
Oui, en suivant les recommandations correspondant à son âge et à son état de santé. En France, le vaccin Shingrix est recommandé aux personnes de 65 ans et plus, ainsi qu’aux adultes immunodéprimés dès 18 ans. Le schéma comporte habituellement deux doses espacées de deux mois.
Son bénéfice établi reste la prévention du zona et des douleurs nerveuses qui peuvent persister après l’éruption. C’est cette protection qui motive la vaccination aujourd’hui, indépendamment des recherches sur la démence.
Un rendez-vous chez votre médecin ou votre pharmacien permet de vérifier les vaccinations utiles après 65 ans. Inutile d’attendre une certitude sur le cerveau pour s’intéresser aux protections déjà recommandées.
Et les dents dans tout cela ?
La santé bucco-dentaire constitue une autre piste de recherche. Des études observent une association entre certaines maladies des gencives et les démences. Mais elles ne démontrent pas qu’un détartrage ou le traitement d’une gingivite empêche Alzheimer.
Cela n’enlève rien à l’intérêt d’une hygiène dentaire régulière et d’un suivi des gencives, d’abord pour préserver ses dents, éviter les infections et continuer à manger confortablement.
Enfin, prendre soin de son cerveau ne repose pas sur un geste unique. Bouger régulièrement, faire suivre sa tension et son diabète éventuel, préserver ses relations sociales et son sommeil restent des repères importants. La vaccination s’inscrit dans cette attention globale à sa santé : une piste supplémentaire, pas une garantie contre le vieillissement cognitif.
Afficher les sources de cet article
- La réduction estimée des diagnostics de démence sur sept ans provient de l’étude galloise publiée dans Nature en 2025.
- La comparaison entre vaccins recombinant et vivant, ainsi que le chiffre de 164 jours, sont détaillés dans l’étude publiée dans Nature Medicine en 2024.
- Les liens possibles entre infections virales et maladies neurodégénératives sont présentés par le National Institute on Aging.
- L’absence de bénéfice du valaciclovir dans la population étudiée est rapportée dans l’essai randomisé VALAD publié dans JAMA.
- Les recommandations françaises et le schéma vaccinal figurent sur Vaccination Info Service : zona.
- Les associations entre maladies des gencives et démence sont décrites par le National Institute on Aging dans son analyse sur la santé parodontale.
- Les mesures générales favorables à la santé cognitive sont présentées dans le dossier du National Institute on Aging consacré au cerveau des adultes âgés.
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