Ce signe cardiaque prédit le risque de cancer du sein et de cancer colorectal révèle une étude
Pouvoir prédire un cancer du sein ou un cancer colorectal plusieurs années avant les premiers signes, voilà qui ouvrirait la voie à une approche radicalement différentes en cancérologie. Une nouvelle étude menée par des médecins-chercheurs américains d'UCLA Health suggère que de “subtiles modifications de la structure et du fonctionnement du cœur” pourraient signaler un risque accru de développer certains cancers des années plus tard.
Ces changements surviennent de manière totalement silencieuse et asymptomatique, bien avant l'apparition d'une insuffisance cardiaque ou d'un infarctus, mais sont visibles à l’imagerie, en particulier l’IRM. Les scientifiques ont donc utilisé l'IRM cardiaque, une imagerie de haute précision capable d'objectiver directement les variations tissulaires microscopiques, là où les analyses sanguines ou le score calcique manquent de netteté.
Les données reposent sur la cohorte multiethnique MESA (Multi-Ethnic Study of Atherosclerosis), qui rassemble 6 214 hommes et femmes âgés de 45 à 84 ans. Tous les participants étaient indemnes de maladie cardiovasculaire clinique lors de leur inclusion et ont bénéficié d'un suivi longitudinal sur une durée médiane de 18,7 ans.
Quelles sont les deux anomalies cardiaques associées aux tumeurs ?
L'analyse des images révèle des correspondances anatomiques très précises. Une élévation de l'index de masse ventriculaire gauche (LVMI) est corrélée à une hausse de 88 % du risque de développer un cancer du sein. Ce résultat statistique persiste après ajustement sur l'âge, l'indice de masse corporelle, le statut tabagique ou les antécédents hormonaux.
Du côté digestif, c'est l'oreillette gauche qui envoie un signal d'alerte. Une altération de sa déformation longitudinale maximale (strain atrial pic) signale une vulnérabilité accrue. À l'inverse, une fonction mécanique atriale préservée est associée à une réduction de 48 % du risque de cancer colorectal.
Fait remarquable, la fraction d'éjection ventriculaire gauche, pourtant considérée comme la mesure de référence par les cardiologues, ne montre aucune corrélation avec ces tumeurs. Au sein de la cohorte, le délai médian entre la réalisation de l'IRM et le diagnostic d'un cancer a atteint 8,45 ans, ce qui montre que le cœur change de structure près d'une décennie avant la détection des tumeurs.
Comment expliquer que le coeur se modifie des années avant un cancer ?
Cette découverte alimente le concept émergent de « cardio-oncologie inversée ». Les spécialistes explorent désormais les mécanismes par lesquels les modifications cardiaques participent à la genèse et à la progression tumorale.
Le cœur et les cellules cancéreuses partagent un terrain biologique identique. L'inflammation systémique de bas grade, le stress oxydatif, le vieillissement cellulaire et les dysfonctionnements immunitaires favorisent conjointement l'hypertrophie cardiaque et l'oncogenèse. Des molécules comme la périostine, sécrétée par un myocarde en souffrance, ou l'endothéline-1, issue de micro-lésions précancéreuses, entretiennent ces cascades d'épaississement tissulaire bien avant les premiers symptômes.
Vers une double prévention cardiologique et oncologique
Ces résultats n'établissent pas un lien de cause à effet direct : le muscle cardiaque épaissi ne fabrique pas la tumeur. Néanmoins, l'imagerie offre une opportunité de repérer des profils vulnérables pour cibler le dépistage du cancer colorectal et du cancer du sein chez les personnes présentant ces marqueurs.
Cette approche renforce la valeur des mesures d'hygiène de vie. La régulation de la pression artérielle, le contrôle du surpoids et la lutte contre la sédentarité protègent simultanément la fonction mécanique du cœur et freinent le risque tumoral. « Notre étude suggère que les marqueurs d’imagerie déjà utilisés pour identifier les personnes à risque de maladies cardiovasculaires, notamment l’insuffisance cardiaque, pourraient également aider à identifier les personnes présentant un risque élevé de cancer” conclut le Dr Xinjiang Cai, cardiologue et médecin-chercheur à UCLA Health, et auteur principal de l'étude.
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- Communiqué de presse
- Santé Log
- Cai X, White Q, Juarez J, Chehab O, Ambale-Venkatesh B, Johnson WC, Hansen SL, Inoue K, Lima JAC, Watson KE, McClelland RL. Association of Subclinical Cardiac Remodeling With Incident Cancer in the MESA Cohort. J Am Heart Assoc. 2026 Jun 16;15(12):e050573. doi: 10.1161/JAHA.125.050573. Epub 2026 Jun 9. PMID: 42261961; PMCID: PMC13323572.