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Aristolochia: des espèces qui détruisent les reins

Les espèces du genre Aristolochia sont des plantes grimpantes et vivaces. Elles poussent dans les régions méditerranéennes et tropicales. Les espèces appelée aristoloche à feuilles rondes, pistoloche, siphon ou clématite par exemple, poussent en France métropolitaine.

Dans la pharmacopée chinoise, les plantes de ce genre sont très utilisées, notamment Aristolochia debilis ou A. fangchi.

À noter qu'en chinois, plusieurs espèces peuvent porter le même nom, ce qui peut prêter à confusion.

Des experts du Circ (Centre international de recherche sur le cancer) ont publié en 2002, une évaluation des risques cancérogènes pour l’homme liés à certaines plantes médicinales.

Dans celle-ci, ils ont classé toutes les plantes médicinales contenant des espèces du genre Aristolochia comme cancérogènes pour les humains.

Les plantes du genre Aristolochia causent des tumeurs du bassinet rénal, de l’uretère et de la vessie. Sur des animaux, les scientifiques ont noté que leurs acides aristolochiques provoquaient des tumeurs du préestomac, ainsi que des lésions et tumeurs des reins.

'Les acides aristolochiques provoquent des lésions ADN qui peuvent être converties en mutations des gènes. C'est comme cela que naît un cancer', explique le Dr Robert Baan, chercheur au Circ.

A noter que ces altérations de l'ADN sont localisées dans les tissus des organes touchés et ne sont pas héréditaires.

Aristolochia: de nombreuses victimes

Des préparations amincissantes aux plantes à base d'Aristolochia ont été à l'origine d'une 'épidémie' d'atteintes rénales dans les années 1990. Ces préparations d'Arkopharma nommées 'Asiatitrats' contenaient par accident la plante Aristolochia fangchi à la place d'une autre plante (Stephania tetrandra) au même nom chinois.

Une centaine de femmes belges et une dizaine de Françaises ont été touchées, d'abord par des insuffisances rénales, puis par des cancers des voies urinaires (carcinome urothélial) ou par un lymphome sur un rein greffé.

Cet accident rappelle les dangers possibles des compléments alimentaires ou des médicaments dont la provenance est incertaine. Les pilules aux plantes achetées sur Internet ou dans certaines boutiques (médicaments ayurvédiques, médecine chinoise…) doivent être employées avec la plus grande prudence. Leur composition n'étant pas contrôlée par les autorités sanitaires françaises, elles peuvent contenir des substances nocives.

Riddelline: infusions mortelles?

La riddelline est une substance contenue dans des plantes du genre Senecio, dont certaines sont utilisées en infusions de phytothérapie (Senecio jacobaea, Senecio vulgaris, Senecio longilobus).

La riddelline étant un cancérogène certain pour les rongeurs, elle a été classée comme cancérogène possible pour l'homme par le Circ. Les scientifiques indiquent toutefois ne pas disposer d'assez études pour prouver le lien entre la consommation de préparations aux plantes contenant de la riddelline et l'apparition de cancer chez l'homme.

Riddelline: cancérogène chez l'animal

Plusieurs études ont démontré l'effet cancérigène de la riddelline sur les rongeurs. La substance peut induire des cancers aussi divers que le cancer bronchio-alvéolaire, le cancer du foie ou la leucémie à cellules mononucléées.

'Lorsqu'elle est métabolisée, la riddelline produit du dehydroretronecine, une substance qui réagit avec l'ADN. Le résultat est une mutation de certains gènes et le début de la formation d'un cancer. Mais cette conversion n’a pas été demontrée chez l’homme, c'est pourquoi la riddelline est classée cancérogène possible chez l'homme', explique le Dr Robert Baan, chercheur au Circ.

Si les scientifiques ont des doutes sur la riddelline c'est parce qu'une substance peut très bien être cancérogène chez le rat et pas chez l'homme. 'Il peut manquer une enzyme clef à l’homme pour activer la substance toxique. D'autre part, la détoxification ou l’élimination de la substance toxique chez l’homme peut être plus efficace que chez le rat', explique le spécialiste.

Anthraquinones: des laxatifs dangereux

L'anthraquinone et ses dérivés sont des substances laxatives. Ils sont présents dans des plantes médicinales utilisées pour lutter contre la constipation, telles que l'aloès, le séné ou la rhubarbe. Ils se trouvent aussi dans la racine de Morinda officinalis, utilisée en médecine chinoise, notamment contre le mal de dos et l'impuissance. La substance est suspectée de provoquer des cancers gastro-intestinaux et des voies urinaires (urothéliaux).

En 2002, des scientifiques du Circ (Centre international de recherche sur le cancer) ont étudié les effets de l'anthraquinone. Ils ont classé l’hydroxy-1-anthraquinone comme cancérogène possible pour l'homme, une décision motivée par des tests portés sur des animaux. Paradoxalement, ils ont toutefois conclu à un manque de preuves de carcinogénicité des plantes médicinales à effet laxatif.

Anthraquinones: des tumeurs chez le rat

Les anthraquinones sont suspectées de provoquer des cancers gastro-intestinaux et urothéliaux (voies urinaire). Des études se sont portées sur le lien entre cancer colorectal et consommation de plantes médicinales laxatives contenant des anthraquinones, mais leurs résultats se sont révélés contradictoires.

De plus, il est difficile pour les chercheurs de savoir si les cancers sont dus aux plantes ou à l'usage de laxatifs en général. Les tests menés sur des rats se sont toutefois révélés plus concluants. Dès 1990, une étude menée sur 30 rats durant 480 jours montre que la prise orale d’hydroxy-1-anthraquinone fait apparaître diverses tumeurs dans leurs intestins.

'L'hydroxy-1-anthraquinone interagit avec l’ADN, forme des lésions sur celui-ci et le fait muter. Il y a aussi des indices d’une stimulation de la prolifération cellulaire, mais nous avons beaucoup moins de données sur ce point-là que sur les acides aristolochiques', explique le Dr Robert Baan, chercheur au Circ.

Les autres végétaux cancérogènes

Parmi toutes les substances cancérogènes connues à ce jour, certaines sont végétales. C'est le cas de la noix d'arec, fruit du palmier à bétel Areca catechu. Elle peut être mélangée à d'autres plantes telles que les feuilles de bétel pour former la chique de bétel. Cette préparation traditionnelle est mâchée en Asie, et notamment au Vietnam.

La noix et la chique sont classées comme cancérogènes certains pour l'homme par le Circ (Centre international de recherche sur le cancer).

Des études statistiques menées dans les pays asiatiques ont prouvé que cette pratique augmentait significativement le nombre de cancers de la bouche. Mélangée au tabac, la chique provoque de plus des cancers du pharynx et de l'oesophage.

D'autres substances végétales appelées mycotoxines sont cancérogènes. Il s'agit de moisissures, telles que les aflatoxines, qui se développent sur des grains lorsqu'ils sont mal conservés.

Le tabac, la plante cancérogène par excellence

La plante cancérogène la plus connue et la plus utilisée est sans aucun doute le Nicotiana tabacum, communément appelé tabac.

Originaire d'Amérique tropicale, elle est cultivée en France pour la production de tabac. Ses grandes feuilles, riches en nicotines, sont transformées pour être chiquées, mâchées, fumées…

S'il a été soupçonné de provoquer des cancers dès les années 1940, il faudra attendre jusqu'aux années 1960 pour que le lien de cause à effet soit reconnu.

Aujourd'hui, la fumée de la plante contient plusieurs dizaines de substances classées comme 'cancérogènes certains pour l'Homme' par le Circ. Le tabagisme actif, passif, et le tabac non fumé sont classés dans le même groupe.

Le tabac est un facteur de risque pour pratiquement tous les cancers. Pour les cancers buccaux et cancer du poumon, des substances issues du tabac ou de sa fumée agissent par toxicité locale sur les organes ou les muqueuses. Ces substances passent également dans le sang, et causent des tumeurs sur d'autres organes comme la vessie ou le pancréas.

Les dangers des plantes

Contrairement aux idées reçues, naturel ne veut pas dire sans danger. Les plantes peuvent provoquer des cancers, mais aussi des allergies graves, des problèmes cardiovasculaires… ou agir en véritables poisons.

Les plantes médicinales, ont-elles aussi des contre-indications, en fonction de l'âge ou des antécédents médicaux. Des interactions médicamenteuses graves sont également possibles, avec d'autres plantes médicinales ou des médicaments allopathiques.

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Sources

National Toxicology Program (2002) NTP Technical Report on the Toxicology and Carcinogenesis Studies of Riddelliine (CAS No. 23246-96-0) in F344/N Rats and B6C3F1 Mice (Gavage Studies) (NTP TR-508; NIH Publication No. 01-4442), Research Triangle Park, NC

Monographies du CIRC sur l‘évaluation des risques de cancérogénicité pour l’homme, Volume 82, 'Some Traditional Herbal Medicines, some Mycotoxins, Naphthalene and Styrene'.

Mori, H., Yoshimi, N., Iwata, H., Mori, Y., Hara, A., Tanaka, T. & Kawai, K. (1990) Carcinogenicity of naturally occurring 1-hydroxyanthraquinone in rats: Induction of large bowel, liver and stomach neoplasms. Carcinogenesis, 11, 799–802

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