Quels sont les cancers qui tuent le plus ?

Le cancer est la première cause de mortalité en France. Pourtant, il se soigne de mieux en mieux !  Quels sont les cancers les plus agressifs ? Quels sont ceux qui tuent le plus ? Le point avec le Professeur Gilbert Lenoir, Président de la ligue contre le cancer.

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Le cancer responsable de 400 décès par jourLe cancer est la première cause de mortalité en France soit 147 000 cas chaque année, dont près de 88 200 chez l’homme et 59 600 chez la femme. En moyenne 400 décès par cancer sont comptabilisés chaque jour ! Et 71% des décès par cancer se déclarent après 65 ans. Mais la France reste à la pointe dans la détection et le traitement des cancers. Un Français sur deux survit 5 ans après le diagnostic de sa maladie. L’avis du Professeur Gilbert Lenoir, Président de la Ligue contre le cancer : “Le cancer est la première cause de mortalité parce que nous vivons plus longtemps. Nous avons moins de décès accidentels ou liées à des maladies cardio-vasculaires et donc la population a plus de temps pour développer un voire plusieurs cancers. A cela s’ajoutent le tabagisme, la consommation d’alcool, les conditions de vies des personnes défavorisées, l’alimentation... Autant de facteurs qui augmentent le nombre de cancers et leur gravité.”Vidéo. Le cancer des poumons

Cancer du poumon : le plus mortel en FranceLe cancer du poumon est le plus mortel en France. Il est au premier rang chez les hommes avec 21 100 décès et au troisième chez les femmes avec 7 700 décès en 2010. Il est également le plus répandu avec plus de 1,2 million de nouveaux cas chaque année dans le mondeLe nombre de décès par cancer du poumon chez les hommes tend à diminuer d’année en année mais il est en constante augmentation chez les femmes car elles fument de plus en plus. Le tabac est, en effet, le principal facteur responsable avec plus de 85% des cancers du poumon qui lui sont imputables. A l’heure actuelle, les technologies d’imagerie existantes ne permettent de détecter ce cancer qu’à un stade déjà avancé. C’est pourquoi il est très important de réaliser une surveillance particulière lorsque l’on est fumeur ou que l’on travaille dans un environnement à risque. Le problème est que, pris en charge trop tard, le cancer du poumon n’est pas opérable. Ce cancer répond plutôt bien à la chimiothérapie mais le pronostic reste assez mauvais. On observe de nombreuses rechutes au bout d’un an à peine. L’avis du Professeur Gilbert Lenoir, Président de la Ligue contre le cancer : “Le problème numéro 1 pour le cancer du poumon est d’éviter les conduites à risque et donc le tabagisme. Ce qui estintolérable c’est qu’on laisse encore faire le lobby du tabac. Pour garder leur part de marché en France les industriels du tabac ont besoin d'avoir 250 000 nouveaux fumeurs chaque année, et ils ciblent principalement les jeunes de 12 à 25 ans. Notre pays a de bonnes mesures, comme la loi Evin ou les décrets Bertrand mais malgré cette loi, malgré le Plan cancer, le prix du tabac n’a pas été autant augmenté que prévu. Par des tactiques extrêmement complexes et sophistiquées, ces industriels font tout pour passer à travers la loi Evin. C’est un lobby très puissant, très présent dans les grandes instances et même au gouvernement.”A noter : depuis le 21 avril une nouvelle campagne est en cours pour lutter contre le tabagisme. Des images particulièrement choquantes (dents noircies, poumons nécrosés...) sont désormais apposées sur les paquets de cigarettes.Cancer du sein : le plus mortel chez la femmeLe cancer du sein est le cancer le plus mortel chez les femmes. Très répandu, on recense en France près de 50 000 nouveaux cas chaque année. Il touche une femme sur 10 au cours de sa vie et est responsable de plus de 11 000 décès en 2010. Mais pris en charge à temps, le cancer du sein à un très bon pronostic. Cela souligne l’importance du dépistage dès l’âge de 40 ans. La mortalité par cancer du sein diminue ainsi chaque année de 1,3% grâce au dépistage. L'un des causes du cancer du sein est génétique. En effet 5 à 8 % sont d'origine "familiale". Lorsqu'il y a un antécédent de cancers du sein chez une mère, une soeur ou une tante, un dépistage plus précoce est préconisé.L’avis du Professeur Gilbert Lenoir, Président de la Ligue contre le cancer : “Il est dur d’influer sur l’incidence du cancer du sein. Un des facteurs de risques est l'âge de la première grossesse. On ne peut pas conseiller à une femme de faire un enfant plus tôt ! Par contre, la prévention peut être utile sur les autres facteurs de risques comme les mauvaises habitudes alimentaires, le tabagisme... Dans les cas de cancer du sein, c’est le cancer métastatique qui est le plus “gros tueur”. Le problème est qu’à l’heure actuelle on ne sait pas encore différencier les 80 % de cas de cancer du sein qui ne rechutent pas, des 20% de cas qui rechutent. La recherche travaille actuellement sur cette question. A terme, nous pourrons avoir un traitement adapté pour chaque cas de figure, évitant le surtraitement d’un coté et le sous-traitement de l’autre. C'est la médecine personnalisée.” Cancer colorectal : 2e cancer le plus mortel en FranceLe cancer colorectal n’est pas un cancer au mauvais pronostic mais c’est un cancer très répandu avec près de 38 000 nouveaux cas chaque année.Le cancer colorectal est le deuxième plus mortel chez les hommes (9 200 décès en 2010) et les femmes (8 200 décès en 2010).L'incidence du cancer colorectal ne diminue pas mais sa mortalité est en baisse, principalement grâce au dépistage généralisé et aux progrès de la médecine. Le dépistage du cancer cororectal se fait par le biais d'un hémocult (dépistage de sang dans les selles) complété si besoin par une coloscopie. Généralement il est indiqué dès l’âge de 50 ans puis tous les deux ans. Si le patient a des antécédents familiaux, le médecin peut préconiser un dépistage précoce. Lorsqu’il est pris en charge à temps, à un stade local, le cancer colorectal permet une survie relative de 87%. L’avis du Professeur Gilbert Lenoir,Président de la Ligue contre le cancer : “Le cancer colorectal est un cancer que l’on sait assez bien soigner grâce à plusieurs thérapies existantes (chirurgie, radiothérapie, curiethérapie, chimiothérapie). On arrive à bien le maitriser et à obtenir un bon pronostic. Mais pour cela il faut qu’il soit pris en charge assez tôt. Il rechute souvent lorsqu’il est opéré tardivement.”Cancer de la prostate : 3e cancer le plus mortel chez l'hommeLe cancer de la prostate est le plus fréquent chez les hommes et le troisième plus mortel. On estime à 8 800 le nombre de décès par cancer de la prostate en 2010. Il représente 33% des cas de cancer chez l’homme. Le cancer de la prostate est celui dont le nombre de cas a le plus augmenté. Mais sa mortalitédiminue d’année en année, notamment grâce au dépistage. En effet, une fois pris en charge, s’il est détecté assez tôt, il a un bon pronostic. Cependant, ce cancer fait l’objet de débats au sein des instances spécialisées, notamment autour de l’utilité, ou non, d’un dépistage généralisé. L’avis du Professeur Gilbert Lenoir,Président de la Ligue contre le cancer“ Le dépistage de la prostate conduit à un surdiagnostic du cancer de la prostate. Est-il acceptable en France que la moitié des malades soit opérée d'un cancer de la prostate qui n'aurait pas évolué ? De plus, les effets sur les patients sont dramatiques tant psychologiquement que physiquement avec de nombreux cas d'impuissance par exemple suite à une ablation de la prostate. Si à partir de 70 ans on fait un test sanguin du PSA (Antigène Prostatique Spécifique) , il y a de grandes chances de détecter systématiquement de petits cancers et on va opérer de la prostate des hommes pour lesquels un simple suivi clinique suffirait pour la plupart !” Cancer du pancréas : mortel dans 95 % des casLe cancer du pancréas est mortel dans 95 % des cas. La survie relative à 5 ans, pour un cancer au stade local, est de 24% et de seulement de 2 % s'il est au stade métastasique. Le cancer du pancréas touche un peu plus souvent les hommes que les femmes et survient généralement après 65 ans. La consommation excessive d’alcool fait partie des facteurs de risques reconnus. Le tabagisme et l'obésité augmentent aussi la possibilité de développer un cancer du pancréas. On compte chaque année plus de 7 200 nouveaux cas et environ 7 800 décès en France, selon l'Institut National de Veille sanitaire.Le cancer du pancréas est une maladie pour laquelle il n’existe pas de dépistage, ce qui le rend d’autant plus grave. Les signes cliniques (amaigrissement, fatigue...) apparaissent tardivement et le cancer est souvent détecté trop tard pour être opéré. A l’heure actuelle, le cancer du pancréas répond mal aux traitements et son pronostic est mauvais dans la grande majorité des cas. L’avis du Professeur Gilbert Lenoir,Président de la Ligue contre le cancer : “ Le cancer du pancréas se guérit très mal, mais les progrès sont notables. Comme pour le cancer du poumon, bien que la recherche commence à porter ses fruits, il n’y a pas encore de chimiothérapie totalement efficace. Sans signes avant-coureurs, sans outils de dépistage, le cancer du pancréas est souvent diagnostiqué trop tard. Le cancer du pancréas est, avec le mélanome, un des cancers sur lesquels on travaille le plus afin d'élaborer de nouveaux traitements.”Cancer de la peau : le mélanome particulièrement agressifLe mélanome cutané, forme de cancer de la peau, représente environ 7 000 cas par an en France. Il est responsable d'environ 800 décès chez les hommes et 690 chez les femmes. Le cancer de la peau se présente sous deux formes : le mélanome et le carcinome. On comptabilise 80 000 cas et tend à augmenter ses dernières années. Le carcinome représente 90 % des cancers de la peau et ne donnent que rarement des métatastases. Le mélanome par contre est plus connu car c'est le plus agressif. Il se développe à partir des grains de beauté. On note pourtant une baisse du nombre de cas de mélanome chez la femme. Ce phénomène s’expliquerait par une meilleure sensibilisation des femmes, qui prennent plus de mesures de prévention (écran total, pas d'exposition aux heures les plus ensoleillées..) et consultent plus souvent leur dermatologue. Le mélanome métastatique, donc non opérable, tue dans 95% des cas. La survie relative d’un mélanome détecté assez tôt, à un stade I ou II est bonne : plus de 85 % à 5 ans. Passé ce stade, le pronostic chute inexorablement : dès le stade III, la survie relative à 5 ans est de 15%.L’avis du Professeur Gilbert Lenoir,Président de la Ligue contre le cancer : “Toutes les découvertes, et en particulier les recherches que la Ligue finance, ont récemment permis d’avoir des espoirs fantastiques, notamment sur le mélanome. On a enfin des medicaments qui permettent d’éradiquer de façon temporaire une maladie généralisée, ce qui laisse entendre que si l’on parvient à combiner plusieurs traitements, on pourra probablement guérir une part importante de cancers qui sont considérés actuellement comme de très mauvais pronostic. Le mélanome, plus particulièrement, est un cancer qui augmente de façon constante dans nos populations à cause de l’exposition au soleil, en particulier dans l’enfance. D’où l’importance de la prévention. Il faut consulter régulièrement son dermatologue. Détecté à temps, il suffit d’une légère chirurgie pour venir à bout d'un mélanome. Mais une fois qu'il a atteint le derme, même après traitement, tout rechute équivaut quasiment à un arrêt de mort.”Comment sensibiliser la population contre le cancer? Professeur Gilbert Lenoir, Président de la Ligue contre le cancer :“La France est un pays qui n’a pas de culture de santé publique. Il faudrait prendre exemple sur les pays nordiques et anglo-saxons qui ont mis en place des institutions de santé publique.Régulièrement des opération de sensibilisation et d'éducation à la santé y sont menées dès la plus jeune enfance. En France, depuis l’arrivée des médicaments et d’un bon système de santé,on considère que lorsqu' on est malade, on doit être être pris en charge par les médecins et on en oublie la prévention. Prévenir, en particulier chez les jeunes, n’est pas une chose évidente. On doit mettre en place un grand programme d’éducation sur l’intérêt de la prévention en général et du dépistage des cancers en particulier. Le dépistage au niveau national est indispensable. On a un bel exemple actuellement avec la vaccination contre le papillomavirus responsable de cancers du col de l’utérus, dont l’incidence a quand même diminuée suite à cette campagne. C'est pourquoi La ligue contre le cancer travaille actuellement aux financement de mesures sociales qui permettraient une meilleure sensibilisation dès la petite enfance. Car les enfants sont les meilleurs relais de la santé publique !” Les cancers sont plus mortels chez les hommesLe cancer touche un homme sur deux et une femme sur trois. Chez l’homme, le cancer est la première cause de mortalité. Chez la femme, il est en seconde position après les maladies cardiovasculaires. Le cancer le plus fréquent chez la femme est le cancer du sein, avec près de 50 000 nouveaux cas par an. Suivi par le cancer colorectal et celui du poumon.En France, le cancer du poumon est le plus fréquent chez l’homme, suivi par le cancer colorectal et celui de la prostate.En 10 ans, le nombre de cas de cancers a été multiplié par 4 chez les femmes notamment à cause de leur tabagisme et de leur consommation d’alcool croissante. Cependant les hommes restent les principales victimes de cancers.Les cas de cancer sont souvent plus graves chez les hommes car découverts à un stade plus avancés. En effet, les hommes sont moins sensibilisés au dépistage que les femmes. Ils sont aussi plus nombreux à fumer et ont, en moyenne, une consommation d’alcool supérieure à celle des femmes. Deux facteurs de risques reconnus dans l’apparition de cancers. Cancer : n’ayez pas peur de consulter !Les cancérologues le répètent souvent : il est important de se faire dépister régulièrement. Certes, il ne faut pas être hypocondriaque mais se cacher la tête dans le sable peut avoir de graves conséquences. C'est classique, on ignore les signes et on trouve des justifications rassurantes. Un peu de sang dans les selles, de la fatigue, une toux persistante... On pense hémorroïdes, manque de sommeil et petite bronchite avant d’envisager qu’il pourrait s’agir des signes d’un cancer du côlon ou du poumon. Bien entendu ce n’est pas non plus la peine de paniquer ! Il s’agit juste d’avoir le réflexe de consulter un médecin lorsque vous observez quelque-chose de suspect et de persistant. Il sera le mieux placer pour vous rassurer ou préconiser des examens complémentaires. Car il ne faut pas oublier que plus un cancer est diagnostiqué tôt, meilleur sera le pronostic. Peut-on prévoir l’évolution d’un cancer ?Prévoir l’évolution d’un cancer n’est pas facile. Cela dépend de beaucoup de facteurs qui diffèrent chez chaque malade et selon les pathologies.Certaines caractéristiques comme la taille de la tumeur ou la présence de ganglions peuvent donner des indications sur le pronostic d’évolution d’un cancer. Plus la tumeur est grosse, plus le cancer est évolué. Le risque de métastastes augmente à ce moment-là et en cas de cancer généralisé le pronostic est plutôt mauvais. De plus selon le type de maladie et l'organe atteint, les cellules cancereuses peuvent être beaucoup plus agressives, certaines vont métastaser plus facilement...Si des statistiques peuvent donner de mauvais pronostics pour certains types de cancers, il faut garder en tête qu’il s’agit uniquement de statistiques et qu’en pratique, chaque cas et chaque patient sont différents. Cancer : quel sera le dépistage du futur ? Professeur Gilbert Lenoir,Président de la Ligue contre le cancer : “Avec tous les progrès dans les domaines de l’imagerie et de la biologie, on devrait pouvoir, dans un avenir proche, diagnostiquer plus facilement et plus tôt les cancer. Et en particulier ceux qui posent des difficultés de diagnostic précoce comme le poumon et le pancréas. Actuellement le dépistage par radiographie ne permet la détection du cancer du poumon qu'à un stade avancé. De nouvelles techniques de dépistage sont à l'étude. Mais avant leur généralisation, il conviendra de vérifier les critères de sensibilité des techniques et les spécificités de chaque maladie. Dans le cas contraire, on risque de faire un surdiagnostic, d’encombrer les hôpitaux ou de créer une cancérophobie.”A noter :- Un test sanguin, la "circulating tumor cell (CTC) technology", devrait être opérationnel courant 2012 pour détecter les cancers métastatiques.- Un système de détection par imagerie médicale, plus précis que la mammographie, le "Senobright", est actuellement à l'essai dans certains hôpitaux de France. Cancer : quels sont les nouveaux traitements ?

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Professeur Gilbert Lenoir, Président de la ligue contre le cancer : Les médicaments que les scientifiques développent actuellement, ciblent les gènes qui sont altérés par les cancers. Les cellules cancéreuses se caractérisent en effet par un ensemble de mutations. Les scientifiques se basent sur ces mutations pour réaliser un profil génétique de ces cellules, profil pouvant être très diffèrent pour deux tumeurs du même organe.

Le but est de mettre au point un cocktail de médicaments adapté à la carte génétique que l’on a établie, en fonction de chaque cancer et de chaque patient. Le traitement prend en compte non seulement la localisation de la tumeur et ses caractéristiques pathologiques, mais aussi ses caractéristiques moléculaires.

A l’heure actuelle, 60 % des cancers réagissent positivement à cette nouvelle technique. Mais dans le cas de certains cancers plus agressifs, comme le mélanome ou le poumon, on observe encore des rechutes. Il nous reste à venir à bout de cette résistance aux médicaments.”

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