Le SAMU pris d’assaut depuis lundi : les médecins ont-ils raison de faire grève ?
Les médecins sont en grève pour dix jours, et le mouvement est massivement suivi, par 85 % des praticiens selon les syndicats. On parle ici des médecins généralistes, mais pas uniquement. Les cliniques et les médecins spécialisés sont aussi impliqués dans le mouvement. Par le biais d’un communiqué le Syndicat National des Dermatologues-Vénéréologues (SNDV) a par exemple annoncé hier matin une participation record des médecins dermatologues, supérieure à 70 %.
1000 euros de dépassement d'honoraires pour une “petite” opération
Pourquoi une telle mobilisation ? Plusieurs sujets inscrits dans le budget de la sécurité sociale pour 2026 crispent le corps médical : l’encadrement des dépassements d’honoraire, l’obligation (sous peine d’amende) de renseigner le dossier médical partagé (DMP) ou encore le contrôle des arrêts maladie. Des mesures jugées “coercitives” et “sans aucune concertation” par les syndicats de médecins libéraux, comme le rappelle Béatrice Borg, présidente de la section départementale de MG France dans un entretien au quotidien Ouest France lundi. Cette crainte s'appuie sur des précédents récents, notamment le prélèvement de 300 millions d'euros sur les actes de radiologie décidé fin 2025. Pour la profession, cette logique comptable menace la viabilité économique de certaines pratiques, rendant des actes techniques déficitaires.
Des inquiétudes qui semblent partagées par de nombreux patients, pourtant inquiets de la hausse des tarifs des soins. “Si on veut garder la qualité des soins, il faut bien accepter les dépassements d’honoraire, constate Serge, 75 ans, nous n’avons pas le choix. Si on ne paie pas, il y aura encore moins de médecins - alors qu’il n’y en a déjà pas suffisamment - et donc plus de déserts médicaux.” Pourtant Serge, dont l'opération de la hanche a été décalée à cause de la grève, trouve les dépassements d’honoraires difficiles à supporter quand on avance en âge et que les soins se multiplient. “Pour cette “petite” opération de la hanche, je dois verser 1000 euros de dépassement d’honoraires pour le chirurgien et l'anesthésiste, c’est vraiment beaucoup et ma mutuelle ne prend en charge que 600 euros. Je dois subir une autre opération, plus importante, dans les prochaines semaines, j’ai peur du coût”.
De son côté, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist regrette l'augmentation "exponentielle" des dépassements d'honoraires ces dernières années. "Même si les abus ne concernent qu’une minorité de médecins, nous ne pouvons pas laisser la situation en l’état car nous avons des concitoyens qui renoncent aux soins pour des raisons financières".
Hausse exceptionnelle des appels aux services d’urgence depuis lundi
“Les services d'appels du Samu font face, depuis ce lundi 5 janvier, à une forte augmentation du nombre d'appels à traiter, rapporte BFMTV qui relaie une information de SAMU-Urgences de France (SUdF).” Les spécialistes parlent de 30 % à 50 % d’appels supplémentaires. "Dans un système déjà fragilisé par l’épidémie de grippe, la pénurie de lits d’hospitalisation et les contraintes des fêtes de fin d’année, les conditions de travail au sein des SAMU-SAS et des services d’urgence soumis à une très forte tension, sont devenues intenables", s’alarme l’organisation de la médecine d’urgence dans un communiqué.
Quel rôle joue la grève actuelle sur cette hausse vers les services d’urgence ? On ne peut pas le savoir précisément, car cette grève tombe en pleine épidémie de grippe et alors que la France traverse un épisode de grand froid et de neige qui complique encore la donne.
“Il aurait peut-être fallu choisir un autre moment, au printemps par exemple”, regrette toutefois Françoise, 77 ans, qui soutient pourtant la grève des médecins. Car si Françoise comprend le ras-le-bol des médecins, notamment des médecins généralistes qui sont “débordés”, qui ont “beaucoup de travail” et qui ne devraient pas être sollicité par l’Assurance maladie pour des tâches administratives (comme le DMP) qui “les privent de temps pour leurs patients”, la septuagénaire s’inquiète pour les jours prochains : “Si je suis malade, je serai obligée d’aller aux urgences, que faire sinon ? Et je ne sais pas s’ils me prendront, car les urgences vont être débordées. Et ça c’est un autre problème.”
Grève des médecins : quand appeler le SAMU ? (et quand s’abstenir)
Les services d’urgence, déjà surchargés, ne sont pas la seule option pour les patients qui ne peuvent consulter leur médecin pendant la grève. Pour les problèmes courants, le pharmacien ou l’infirmier (en cas de suivi de soins) peuvent prendre la relève, vous pouvez aussi vous tourner vers la téléconsultation ( accessible depuis les plateformes comme Doctolib ou Qare), contacter SOS Medecin ou le 116-117 (médecins de garde).
Si votre état de santé s’aggrave, l’Agence régionale de santé des Pays de la Loire conseille les urgences mais “uniquement si vous estimez que votre état de santé nécessite une consultation qui ne peut être différée”. Dans tous les cas, ne vous rendez pas aux urgences sans avoir appelé le médecin régulateur (15) avant de vous déplacer.
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