Ce comédien français décidé à mourir à cause d’une prothèse, d’autres patients témoignent
Il s’est longuement exprimé auprès de nos confrères de l’Est Républicain. Arnaud Denis, comédien, metteur en scène et dramaturge, déjà récompensé par un Molière du théâtre privé et plusieurs fois nominé, est à bout : “Un homme sait profondément en lui quand il est condamné” lance-t-il d’emblée. La cause de son malheur est assez inattendue : la pose d’un implant pour traiter une hernie inguinale en 2023. Et depuis, sa vie est devenue un enfer. “Je ne peux plus sortir de chez moi, je n’ai plus de vie sociale, je n’ai plus de vie du tout. Je n’ai plus rien de ce qui constitue la dignité d’une vie d’homme. Et c’est de pire en pire. Je vis comme un patient cancéreux en phase terminale. On ne peut pas m’aider. Les médecins n’ont plus rien à me proposer”.
Après l’opération, “mon testicule est devenu tout noir”
Tout commence en 2023. Le comédien, qui souffre d’une hernie inguinale (une grosseur au niveau de l’aine) se fait poser un implant de renfort pariétal, cette technique chirurgicale vise à consolider la paroi abdominale. Ces dispositifs, au cœur de cette affaire, se présentent sous la forme de “plaques souples, le plus souvent en matière synthétique et non résorbables”, précise l’Assurance maladie.
L’opération se passe bien même si le comédien regrette aujourd’hui ne pas avoir été suffisamment averti des effets secondaires possibles après la pose de sa prothèse. En revanche, les choses se gâtent rapidement ensuite : “mon testicule est devenu tout noir” une huitaine de jours après l’opération.
“On m’a dit que c‘était dans ma tête, que je faisais une dépression. Ça ne peut pas être lié à l’implant.”
Très amaigri à sa sortie de l’hôpital, le quadragénaire doit composer avec une longue liste de symptômes hétéroclites comme des acouphènes, une perte d’appétit, des insomnies, du sang dans les urines et les selles, des troubles de la vision, que les médecins ne relient pas à l’opération ou à l’implant. “On m’a dit que c‘était dans ma tête, que je faisais une dépression, regrette Arnaud Denis. Ça ne peut pas être lié à l’implant.”
Sans solution, il décide de se faire retirer son implant aux Etats-Unis, à ses frais. Ce n’est pourtant pas la fin de ses ennuis, car les douleurs et complications persistent malgré le retrait. Il souffrirait d'un symptôme ASIA. “Le syndrome ASIA ("Autoimmune syndrome induced by adjuvants") est un syndrome inflammatoire rare caractérisé par l’apparition de divers symptômes physiques et/ou neurologiques (fatigue intense, trouble cognitif, douleurs chroniques, etc.) à la suite d’une exposition à un adjuvant (vaccin, implants…)” explique L’Est républicain. Ce syndrome, peu connu, est aussi rapporté avec des implants mammaires comme le soulève une étude datée de 2020 parue dans la revue Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie.
Implants pariétaux : de nouvelles investigations en cours
Que sait-on au juste aujourd’hui de la potentielle dangerosité des implants de renfort pariétaux, qui n’est pas sans rappeler les problèmes liés aux bandelettes urinaires ? “Depuis 2017, le règlement européen sur les dispositifs médicaux les a reclassés en classe III, catégorie à risque élevé”, indique l’ANSM dans un communiqué daté de février 2025. Malgré cela, le communiqué confirme que le bénéfice-risque semble être en faveur de ce type de prothèses, car “le nombre de déclarations de matériovigilance est à ce jour peu élevé au regard du nombre de renforts pariétaux posés”, plus de 200 000 par an.
Toutefois, depuis juin dernier, l’Agence du médicament a réuni patients, professionnels de santé et institutions pour faire un point sur ces dispositifs médicaux : “Les patients présents ont partagé leurs témoignages, exprimant pour certains la présence de douleurs chroniques parfois très intenses et invalidantes, ainsi que des difficultés à différentes étapes de leur parcours de soins, notamment en post-opératoire”, reconnait l’ANSM qui invite à une meilleure information des risques dans l’attente d’autres investigations.
Pour l’heure, les patients touchés s’organisent. Sur la page Facebook dédiée et ouverte aux victimes, de nombreuses personnes témoignent et un collectif s’est formé dans le but de déposer une plainte collective sur ce qu’ils appellent “un scandale sanitaire”.