Cancer de la peau : la canicule augmente-t-elle le risque ? La réponse du dermatologue
Le nombre de cancers de la peau explose ces dernières années en France, stimulé par le vieillissement de la population et l'attrait pour le teint hâlé. Avec plus de 100 000 nouveaux cas par an recensés par Santé publique France, cette affection menace de devenir la pathologie cancéreuse la plus fréquente. Pourtant les gestes de prévention sont aujourd’hui connus. Mais plusieurs idées reçues persistent. Coup de soleil, indice UV et impact des périodes de canicule que nous vivons de plus en plus régulièrement et de plus en plus intensément ? Le Pr Stéphane Dalle, expert pour la Fondation ARC et dermatologue aux Hospices Civils de Lyon, décrypte le vrai du faux.
Coup de soleil : une agression irréversible du patrimoine génétique
Un coup de soleil ne se résume pas à une simple rougeur éphémère, ses conséquences sont profondes. Selon le Pr Stéphane Dalle "c'est une brûlure de la peau provoquée par les UV, qui traduit une atteinte des cellules cutanées". Ces agressions répétées entraînent des mutations directes de l'ADN, augmentant drastiquement le risque de développer un mélanome.
Et pour les peaux les plus vulnérables, le couperet tombe très vite. "Une peau claire peut commencer à rougir très rapidement lors d’un fort indice UV, parfois en moins de 15 à 20 minutes", précise le spécialiste. Le poids de l'enfance reste d'ailleurs immense dans ce bilan : environ 80 % des cancers de la peau diagnostiqués annuellement découlent d'expositions excessives subies pendant les jeunes années.
Indice UV : le seul véritable baromètre de danger
L'Organisation mondiale de la santé a mis en place l'indice UV, une échelle mesurant l'intensité du rayonnement ultraviolet de 1 à 11+. Ce système demeure la seule mesure fiable, car contrairement à la chaleur ressentie, les rayons ultraviolets frappent de manière imperceptible. D'après la Fondation ARC, "les UV sont invisibles et ne chauffent pas toujours la peau", ce qui rend les coups de soleil possibles même par temps couvert.
D’autant que l’environnement peut nettement accroître l'intensité reçue. Le sable réfléchit environ 15 % des rayons solaires, tandis que la neige peut en renvoyer jusqu'à 80 %. Dès que l'indice UV atteint le niveau 3, l'application d'une protection devient nécessaire. En plein été en France métropolitaine, cet indice oscille couramment entre 7 et 8. Il faut également se méfier de l'effet vent frais sur la plage, qui masque la sensation de chaleur et incite à prolonger l'exposition de manière périlleuse.
Canicule et cabines UV : pourquoi le danger s'intensifie-t-il sous les fortes chaleurs ?
Les vagues de chaleur transforment le ciel en un miroir réfléchissant. Lors de ces épisodes, l’indice UV grimpe régulièrement au-delà de 10 en raison de l’absence de nuages. Le rayonnement solaire atteint alors son pic d’intensité maximale, démultipliant le risque de cancer.
Pour anticiper ces journées extrêmes, certaines personnes pensent bien faire en “préparant” leur peau avec des séances de bronzage artificiel. Le Pr Dalle se montre catégorique : "Les cabines UV sont également à éviter : elles exposent volontairement la peau à des rayonnements cancérogènes". Le bronzage n'offre d'ailleurs aucun bouclier solide contre les agressions des UV. Ce mécanisme d'adaptation désespéré de la peau n'équivaut qu'à un faible indice de protection (SPF 3 à 5), totalement inefficace pour contrer les lésions cellulaires.
Prévention : 3 règles pour limiter les risques
S’exposer le moins possible reste la seule arme réellement efficace : rester à l'ombre, bannir toute exposition directe entre 12h et 16h et mettre de la crème solaire. Attention toutefois, la crème solaire ne suffit pas à elle seule. La véritable protection repose sur une tenue adaptée, intégrant des vêtements couvrants, un chapeau à larges bords et des lunettes de soleil certifiées de catégorie 3 ou 4.
Parallèlement, la surveillance régulière de l'épiderme permet un dépistage précoce. La Fondation ARC suggère la méthode du "selfie utile" : utiliser l'appareil photo de son smartphone pour repérer ses grains de beauté et détecter toute évolution de forme, de couleur ou de relief en comparant les photos tous les ans. Si une anomalie apparaît, consultez immédiatement un dermatologue.
Afficher les sources de cet article
- Communiqué de presse Fondation ARC
- meteo.fr
- info.gouv.fr
- who.int
- economie.gouv.fr
- santepubliquefrance.fr
- soleil.info
- cancer-environnement.fr