Aspirine : l'ANSM annonce des pénuries importantes jusqu'en 2027

Publié par Edouard Korvaul
le 03/07/2026
comprimés d'aspirine
Istock
Photo d'illustration
Face aux graves difficultés de production du laboratoire Pfizer, l’Agence du médicament annonce des risques de pénuries importants concernant l'aspirine (acide acétylsalicylique, Resitune ) au moins jusqu’au début de l’année 2027. 650 000 malades sont concernés en France.
 

Plus de 650 000 personnes en France prennent chaque jour un traitement à base d'acide acétylsalicylique pour protéger leur cœur et leurs vaisseaux sanguins. Mais leur quotidien et leur santé sont mises à mal à cause d’une rupture d'approvisionnement touchant des formulations spécifiques extrêmement courantes. L'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) alerte sur une crise qui s'installe dans la durée et demande une réorganisation de toute urgence du circuit de distribution.

Les causes d'une crise d'approvisionnement prolongée

Le blocage prend racine dans des problèmes sévères de fabrication qui frappent directement le médicament Resitune du laboratoire Pfizer. Par un effet domino inévitable, les malades se tournent vers d'autres laboratoires, ce qui sature l'ensemble de la chaîne de production européenne pour les dosages à 75 mg et 100 mg.

Selon le communiqué de l'ANSM daté du 29 juin 2026, la situation restera fortement dégradée puisque le fabricant américain n'envisage aucun retour à la normale avant le début de l'année 2027. Les autorités sanitaires françaises surveillent donc de très près les stocks restants. Ces spécialités bénéficient d'un classement en tant que Médicaments d'intérêt thérapeutique majeur (MITM), ce qui impose à l'État une vigilance absolue pour éviter la rupture totale.

Substitution en pharmacie : les nouvelles règles exceptionnelles

Pour garantir la continuité des soins, les autorités accordent une dérogation inédite aux officines. Le pharmacien détient à partir de ce début juillet l'autorisation exceptionnelle de remplacer le dosage prescrit par la boîte disponible en rayon, sans exiger une nouvelle consultation médicale.

L'ANSM indique qu'une prescription initiale de 75 mg peut se transformer en 100 mg, et inversement, selon les arrivages du jour. De plus, les professionnels adaptent les prises quotidiennes. Une posologie exigeant deux fois 75 mg devient souvent une prise unique de 100 mg par jour pour économiser les ressources. Le pharmacien inscrit la modification sur l'ordonnance papier ou numérique et informe le médecin prescripteur du changement de traitement.

Quels sont les patients concernés par cette forme spécifique ?

Ces traitements ciblent les malades en prévention secondaire, sous haute surveillance pour éloigner les risques de caillots, d'infarctus du myocarde ou d'AVC ischémique. L'enrobage de ces comprimés dits "gastro-résistants" offre une protection indispensable pour l'estomac lors d'une prise sur plusieurs années. C’est pourquoi il ne faut pas couper un comprimé classique, sous peine de détruire cette enveloppe protectrice et de déclencher des ulcères.

Les recommandations de la Société Européenne de Cardiologie rassurent sur les équivalences : une dose comprise entre 75 mg et 150 mg par jour garantit une efficacité similaire sans perte de chance pour le patient. En revanche, consultez immédiatement votre praticien si votre boîte se vide : l'arrêt soudain expose à un risque majeur de récidive cardiovasculaire.

Un phénomène récurrent pour nos médicaments essentiels

L'acide acétylsalicylique reste un produit dont la production dépasse les 120 milliards de tablettes par an sur la planète. Pourtant, le marché se montre fragile. En 2021, des tensions identiques frappaient déjà les stocks de Resitune 100 mg, forçant l'État à déployer des mesures de secours similaires.

Pour sécuriser les boîtes destinées au territoire français cette année, les grossistes-répartiteurs subissent une interdiction temporaire d'exportation. En parallèle, l'ANSM orchestre un contingentement très strict dans les officines de ville et les centres hospitaliers pour empêcher les achats de précaution qui videraient les réserves nationales.

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