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Vous pouvez continuer d’échanger des potins ! Si l’on en croit la science, les commérages auraient réellement du bon. Non seulement, ils permettraient la libération d’endorphines -les fameuses "hormones du bonheur"- mais en outre, ils seraient un excellent moyen de s’intégrer socialement et de favoriser la communication. C’est en tout cas ce qu’ont démontré plusieurs études scientifiques parues sur le sujet ces dernières années.

Nous avons demandé l’avis de Sébastien Garnero, docteur en psychologie et psychologue clinicien à Paris.

Pourquoi certaines personnes aiment-elles commérer ?

La plupart des personnes ont déjà échangé des ragots. Méfiez-vous de celles qui disent "détester les commérages". Ce sont souvent les plus redoutables ! Que ce soit pour échapper à leurs propres problèmes, pour se comparer, pour se divertir ou encore pour se rassurer sur sa propre vie… chacun a ses propres motivations lorsqu’il échange des potins.

"Plusieurs raisons en lien avec la communication, le langage, la dimension groupale, sociale et psychologique font que le commérage fait quasiment partie de l’héritage phylogénétique de “l’être humain parlant”, et ce dans toutes les cultures. En effet, l’humain est avant tout un être social qui a besoin d’interagir, d’échanger, de se comparer, de pouvoir se définir par rapport à lui-même, et aux autres, nous rapporte Sébastien Garnero. Il s’avère qu’une grande partie de nos échanges et conversations dans le quotidien sont avant tout sociales plus que factuelles et informatives".

"On préfère parler des personnes en règle générale que des faits ou du travail. Pour s’en convaincre, il suffit de voir le succès important des moindres faits et gestes des célébrités, de la tv réalité, ou des sites d’actualité, réseaux sociaux relayant la vie des stars et des anonymes qui animent les conversations d’une bonne partie de la population", souligne le psychologue.

Commérage : on va se rassurer en se comparant aux autres

En outre, les personnes vont avoir un besoin d’évaluer leurs compétences, leurs capacités à agir sur le monde, à se forger des opinions à travers le commérage. "Ils vont se rassurer narcissiquement en se comparant aux autres en se mesurant par le biais du potin ou du commérage, se rassurant par rapport à leur sociabilité, leur niveau de popularité ; et en même temps obtenir beaucoup d’attention de l’autre. Ainsi on pourrait dire que dans tout commérage, il y a un besoin narcissique de comparaison sociale et de réassurance par ce procédé", interprète le psychologue.

Les commérages libèrent des endorphines

Une étude publiée en 2019 dans la revue Social Psychological and Personality Science et menée sur près de 500 personnes démontrait que la majorité des ragots étaient neutres, autrement dit qu’ils n’étaient pas malveillants. C’est ce qui fait la différence entre les commérages et la médisance. Il se trouve que, contrairement à la médisance, les commérages auraient de véritables bienfaits sur la santé, puisqu’ils permettraient la libération d’endorphines, les "hormones du bonheur".

Une libération d’endorphines qui pourrait s’expliquer par le sentiment d’appartenance suscité par l’échange des ragots. En effet, les commérages auraient aussi le pouvoir de renforcer les liens sociaux.

Les commérages, utiles pour renforcer les liens sociaux et la complicité

"Les ragots sont une forme complexe de communication qui est souvent mal comprise", déclare Eshin Jolly, chercheur postdoctoral au Computational Social Affective Neuroscience Laboratory (COSAN) qui a co-écrit l'étude avec Luke Chang, professeur adjoint de psychologie et de cerveau sciences et directeur du COSAN Lab à Dartmouth. "Cela peut être un moyen de connexion sociale au-delà de sa connotation négative", ajoute Eshin Jolly.

Les résultats de l’étude ont également démontré que les commères se sentiraient davantage connectées les unes avec les autres. Luke Chang ajoute que "en échangeant des informations avec les autres, les ragots sont un moyen de nouer des relations. Ils sont propices à la confiance et facilitent un lien social qui se renforce à mesure que la communication se poursuit".

Concrètement, échanger des ragots avec vos amis va vous permettre de mieux vous connaître, de partager un avis et parfois même de retrouver une certaine complicité.

"Les ragots peuvent être utiles, car ils aident les gens à apprendre à travers les expériences des autres, tout en leur permettant de se rapprocher les uns des autres", explique de son côté Eshin Jolly.

Échanger des potins pour se réaffirmer

"Échanger des potins permet souvent à deux personnes de renforcer leur proximité, d’établir une certaine confiance, de se réaffirmer parfois en dénigrant le côté incongru ou plus ou moins déviant des uns et des autres, explique Sébastien Garnero. Il sert bien souvent aussi à se valoriser aux yeux des autres au détriment d’une tierce personne. D’un autre côté, le commérage a une fonction de maîtrise et de contrôle de son environnement. Il s’avère que l’on peut apprendre bien des choses en prêtant l’oreille aux bruits de couloirs, potins, rumeurs et ragots colportés par les uns et les autres quand on doit s’intégrer à un groupe, une entreprise... ".

Commérage : les signes qu’il devient toxique

Attention à ne pas vous méprendre. On dit oui à échanger des commérages de temps de temps. Mais à condition que cela ne se transforme pas en médisance, voire en rumeur infondée. Concrètement : si plaisanter sur la dernière scène de ménage de vos voisins peut vous faire du bien, "casser du sucre" sur le dos des autres ou critiquer sans cesse leur façon de vivre risque de se retourner contre vous.

"Le commérage remplît en réalité des fonctions multiples et contrastées, avec à la fois une valence positive de lien social, de proximité, de complicité entre les personnes, mais aussi une valence négative quand elle vise uniquement la médisance, la méchanceté ou la manipulation perverse", décrit Sébastien Garnero.

"Parler sur le dos des gens nous donne l'impression d'être puissant, mais c'est très dangereux. Si vous avez la réputation de quelqu'un qui propage des ragots négatifs, vous pouvez être exclu de votre cercle social – dans ces cas-là, les effets positifs du commérage sont donc inversés", prévenait de son côté Jennifer Cole, maître de conférences en psychologie à l'université de Manchester.

"La jalousie et l’envie seront les moteurs principaux de la médisance"

Plusieurs psychologues ont d’ailleurs déjà expliqué que les personnes qui jugent et qui excellent dans l’art de donner des leçons dissimulaient en réalité un profond mal-être, voire une jalousie et une frustration.

"La jalousie et l’envie seront les moteurs principaux de la médisance, nous confirme Sébastien Garnero. Donc bien entendu dans ces cas de figures, on aura des personnes pathologiques insatisfaites, frustrés, manipulatrices, perverses, égocentriques et hypernarcissiques qui ne supportent pas la réussite et le bonheur des autres. On ressentira d’ailleurs à leur contact et en leur présence, un sentiment inconfortable de stress, de malaise relationnel, de fatigue psychique et de perte d’énergie, de tension psychique, de contrôle, de critiques calculées, de mépris, de cynisme, d’arrogance et de désobligeance".

Un seul conseil de notre expert, "si vous aimez commérer positivement faites-le avec les bonnes personnes !".

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Sources

Merci à Sébastien Garnero, docteur en psychologie et psychologue clinicien à Paris 

Who Gossips and How in Everyday Life?, Social Psychological and Personality, 2019

Silence Is Golden. Six Reasons Inhibiting the Spread of Third-Party Gossip, Frontiers in Psychology, 2019 

Familiarity with Interest Breeds Gossip: Contributions of Emotion, Expectation, and Reputation, Plos One, 2014

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