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Parce qu’elles sont blessantes, dévalorisantes, non constructives ou encore source de conflit, il y a certaines phrases qu’il vaudrait mieux garder pour soi... tout particulièrement dans une relation amoureuse ! C’est justement l’objet du dernier ouvrage de Lisa Letessier, psychologue clinicienne et directrice du cabinet Ennéade à Paris : Ces phrases à dire (ou ne pas dire) dans son couple, pour faire durer son histoire d’amour, publié aux éditions Larousse.

Or, bien souvent, ces phrases “partent toutes seules”, avant même qu’on ait eu le temps d’y réfléchir. Souvent, ce ne sont que de simples maladresses. Parfois, elles résultent d’une volonté réelle de piquer son partenaire là où ça fait mal - même si on le regrette après. Dans les deux cas, elles sont délétères pour la bonne entente entre les conjoints et peuvent créer des tensions. C’est pourquoi il vaut mieux les éradiquer de son vocabulaire.

“Une bonne communication est l’une des bases nécessaires pour qu’un couple dure”, rappelle la thérapeute en introduction de son ouvrage. Elle a donc accepté de nous lister six de ces phrases à ne plus prononcer face à son conjoint et de nous livrer ses conseils pour les remplacer par un vocabulaire plus constructif.

“Si j’étais toi, je ne ferais pas ça”

Cette phrase se situe dans ce que la psychologue appelle “les problèmes de solution intempestive”. Autrement dit, on cherche à trouver des solutions pour son partenaire, voire de le “réparer”, sans prendre le temps de l’écouter et d’identifier ce dont il a vraiment besoin. Or, le plus souvent, il attendait juste une écoute attentive de ses problèmes.

“C’est un problème que je vois quasi-systématiquement chez les couples qui viennent me voir : un décalage de canal de communication”, explique Lisa Letessier. Bien souvent, selon la spécialiste, il résulte d’une forme de dissociation homme-femme. Elle prend l’exemple d’une femme qui rentre à la maison après une journée difficile et ressent le besoin de raconter sa journée à son compagnon.

Une différence de canal de communication entre les partenaires

“À ce moment-là, elle a juste envie d’être écoutée et d’être soutenue ; elle ne souhaite pas qu’on lui apporte des solutions. Elle est sur un canal émotionnel. Mais les hommes sont plus souvent sur un canal factuel”. Ils estiment donc que, si on fait appel à eux, c’est pour qu’ils résolvent le problème… Et vont donc y aller de leur conseil : « Mais pourquoi tu n’as pas fait ça ? » ; « Tu devrais plutôt faire ceci… ».

Face à ce genre de phrases, il y a de fortes chances que la personne qui est venue sur un canal émotionnel, et qui ne souhaitait qu’une oreille attentive, ne se sente pas écoutée ni soutenue. Va donc s’ensuivre des reproches, comme le fameux “tu ne m’écoutes pas” ou “tu ne comprends rien”. Bien sûr, le conjoint, qui pensait être de bonne foi en aidant ne comprend pas non plus et va lui rétorquer : “mais si, justement, je suis en train d’essayer de t’aider en te trouvant des solutions”. Et la dispute commence…

Pour éviter d’en arriver jusqu’au conflit, il suffit d’expliquer à l’autre ce qu’on attend de lui dès le départ. “Quand on a besoin de quelque chose, il faut savoir exprimer clairement son besoin”, détaille la psychologue. “C’est-à-dire qu’on annonce la couleur dès le départ : « je vais te raconter ma journée, je n’ai pas envie d’avoir de solution, j’ai juste besoin d’être écoutée et de sentir que tu es là ». Et en fait ça rassure l’autre, ça diminue la pression qu’il peut avoir en se disant qu’il doit trouver une solution”.

“Tu me fais honte”

Les phrases du type “tu me fais honte” ou “j’ai besoin de quelqu’un à mon niveau” sont de l’ordre de la dévalorisation. Or, “on n’est pas supposé dévaloriser son partenaire”, rappelle Lisa Letessier. “Lorsqu’on est en couple, on est supposé être une équipe, apprécier l’autre pour tout ce qu’il est et ne pas se focaliser sur ce qu’il n’est pas”.

La psychologue rappelle que l’on a choisi son partenaire pour ses qualités, mais aussi ses défauts - même si certains d’entre eux ne se développent qu’au fur et à mesure des années. “Soit on décide que ce défaut est insupportable pour soi, et que l’autre ne va pas forcément le changer parce que c’est inhérent à sa personnalité, et dans ce cas-là on s’en va. Soit on décide d’être dans l’acceptation de l’autre et on ne lui fait pas des critiques à longueur de journée”.

Il est de notre responsabilité de ne pas blesser l’autre

Maintenir l’estime de soi et le respect est extrêmement important dans un couple. “Parce que son amoureux.se, c’est quelqu’un qui va avoir un accès direct à nos émotions, à nos failles, à nos sensibilités et à nos blessures du passé. Et du coup, c’est celui qui va aussi avoir le plus de facilités pour nous blesser dans le présent”. Il est donc de la responsabilité de chacun des deux partenaires de ne pas blesser l’autre, et de ne pas diminuer son estime de lui.

Évidemment, il arrive qu’on le fasse sans le vouloir, parce qu’on est en colère ou énervé. “Mais l’idée, c’est de se dire : si un comportement chez toi me dérange, on va essayer d’en parler et de voir si on peut le modifier, mais à aucun moment mon but n’est de te blesser ou de te dévaloriser”, énonce la thérapeute.

Le comportement de votre conjoint n’engage que lui

Souvent, les personnes qui prononcent la phrase “tu me fais honte” s’associent à leur partenaire comme s’il était une partie d’elles. “Elles ont une vision extrêmement fusionnelle ou narcissique de leur relation, l’autre devient un miroir d’elles-mêmes”, détaille Lisa Letessier. Pourtant, si votre conjoint fait quelque chose que vous jugez inadapté, ce n’est pas à vous d’avoir honte, puisque ce n’est pas votre comportement. Vous êtes bien deux personnes distinctes.

“Au bout d’un certain temps, on se lasse”

Prononcée dans le cadre de la sexualité, cette phrase n’est ni constructive, ni gentille. “Après plusieurs années ensemble, une certaine lassitude sexuelle peut s’installer dans le couple, car on se connaît par cœur et qu’il n’y a plus vraiment de surprise dans l’intimité”, reconnaît Lisa Letessier. De cette forme d’ennui peut découler des troubles du désir, chez l’homme comme chez la femme.

Pour autant, prononcer une phrase du type “au bout d’un certain temps, on se lasse” à son partenaire n’a aucun intérêt. “C’est méchant, et ça ne fait pas avancer la situation”, insiste la spécialiste. D’après elle, il est beaucoup plus intéressant de dire : “ça fait 10 ans qu’on est ensemble, j’aimerais beaucoup qu’on puisse pimenter notre vie sexuelle, explorer nos fantasmes, parce qu’on se connaît bien”.

Explorez vos fantasmes à deux

“Les gens sont très surpris lorsqu’ils prennent le temps d’explorer leurs fantasmes à deux, car ces derniers peuvent se modifier avec le temps”, ajoute la psychologue. Votre partenaire peut donc avoir une vision de la sexualité complètement différente d’il y a dix ans, sans forcément vous l’avoir dit.
Ce qu’il faut, lorsque l’ennui se fait sentir, c’est ouvrir la discussion, mettre en place des jeux, remettre du ludique dans l’intimité. “Le maintien d’un couple n’est pas fluide, il demande des efforts et du travail. Mais dès lors qu’on prend les choses en main, ça va mieux”, rappelle l’experte.

La thérapeute précise toutefois qu’il ne faut pas faire l’amour avec son partenaire pour de mauvaises raisons - par exemple, “par hygiène”, parce qu’on pense que c’est notre devoir conjugal ou par peur qu’il nous quitte. Mais plutôt pour découvrir l’autre, pour les sensations agréables que cela nous procure, pour partager un moment de complicité.

“Tu n’avais qu’à me demander”

Cette phrase illustre la fameuse charge mentale des femmes, dont on parle depuis quelques années. Car, même en 2021, les femmes s’occupent encore de la majorité des tâches quotidiennes de la maison même si, heureusement, les hommes y participent de plus en plus.

“Mais, bien que les hommes mettent davantage la main à la pâte, en amont, il y a quand même souvent une organisation féminine”, précise Lisa Letessier, qui rappelle que la “charge mentale”, c’est le fait de devoir penser aux choses - pas forcément de les faire. Autrement dit, tout ce qui pèse sur le cerveau. “Si on doit penser aux tâches de son conjoint, en plus des siennes, on arrive vite à saturation”.

Ce que souhaite une personne sur qui pèse toute la charge mentale du foyer, c’est donc que son partenaire fasse certaines tâches du quotidien sans qu’elle ait besoin de le lui rappeler. Mais une autre phrase peut venir ternir le tableau : “laisse tomber, je vais le faire”.

Charge mentale : il faut aussi savoir déléguer

“Il y a des femmes qui se plaignent de leur charge mentale, mais qui ont une incapacité à déléguer”, déplore la thérapeute. Par exigence, par peur que ce soit mal fait… Ou parce qu’elles souhaitent que ce soit fait tout de suite et pas dans une heure. Et finalement, elles se rajoutent de la charge alors que l’autre est volontaire pour aider. C’est pourtant la meilleure façon pour que votre amoureux.se participent moins aux tâches du quotidien.

“Lorsqu’on lui dit ‘laisse, je vais le faire’, l’autre va perdre confiance en lui, penser qu’il n’est pas capable de le faire ou que vous n’avez pas besoin de lui. Par conséquent, il arrête tout simplement de participer… et vous allez râler parce qu’il ne fait rien”, détaille l’experte. Un vrai cercle vicieux ! Le mieux ici est donc de lâcher du lest, de permettre à l’autre de faire les choses à sa façon, au moment où il en a envie.

“Tu m’énerves”

Avec des phrases telles que “tu m’énerves” ou “tu me fatigues”, Lisa Letessier parle du “tu qui tue”. En les prononçant, vous englobez l’être tout entier dans ce reproche, comme s’il vous énervait tout le temps. Si, en plus, cette critique n’est pas argumentée, votre partenaire va la percevoir comme une méchanceté sans fondement. “Il vaut mieux critiquer un comportement et non la personne elle-même”, précise la psychologue clinicienne.

Toutes les phrases qui commencent par “tu es” ou “tu as” sont donc à bannir. Vous pouvez les remplacer par : “quand tu fais ce truc-là, je me sens fatigué.e ou stressé.e”, par exemple. L’idée étant d’exprimer ce que son comportement vous fait ressentir, d’un point de vue émotionnel.

“Pour qu’une critique soit constructive, elle doit être précise, illustrée et viser un comportement”, écrit la thérapeute dans son ouvrage. Et toujours commencer par “je”. C’est une des bases de la communication positive.

“Si tu me quittes, tu ne reverras plus les enfants”

“Cette phrase est complètement interdite”, met en garde Lisa Letessier. À aucun moment les enfants ne doivent être une monnaie d’échange ou un levier de chantage affectif. “Malheureusement, sur le moment, certaines personnes oublient le bon sens”.

“S’il peut arriver que le couple amoureux se sépare, l’équipe parentale ne doit pas se séparer”, rappelle la psychologue. Et cette dernière doit essayer de faire souffrir ses enfants le moins possible. En ne les mettant pas dans un conflit de loyauté entre leurs parents, notamment. Mais aussi en ne leur demandant pas de prendre parti, ni en dévalorisant l’autre parent devant eux. Le risque étant qu’ils finissent par avoir une image dégradée d’un des parents, ou que vous perdiez votre autorité auprès d’eux.

“Dans la mesure où les jeunes enfants ont souvent une écoute bienveillante, on peut être tenté de déverser nos problèmes sur eux. Or c’est terrible pour eux, car ils se retrouvent dans une position qui ne leur appartient absolument pas”, alerte l’experte. “Un enfant n’est pas un confident. Ce n’est pas son rôle de consoler le parent, c’est le rôle du parent de consoler l’enfant”.

Sources

Merci à Lisa Letessier, psychologue clinicienne et auteure de "Ces phrases à dire (ou ne pas dire) dans son couple, pour faire durer son histoire d’amour", éd. Larousse.

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