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Le choix d'une vie en dehors des clous

Selon les psychothérapeutes Carolle et Serge Vidal-Graf, il y aurait de plus en plus de partenaires s'autorisant mutuellement à avoir des relations extérieures à leur union, mais ils préfèrent souvent le cacher pour éviter les jugements de leur entourage.

Le choix de la monogamie est une question très culturelle

L'être humain est-il monogame ou polygame ? La réponse ne relèverait pas de l'essence même de notre espèce, mais de la culture dans laquelle nous avons évolué.

« Selon la société, et en particulier la société occidentale, la monogamie est une évidence à ne pas remettre en cause. Cependant, il y a une certaine ambiguïté, car même si elle est clairement annoncée et prévue dans le discours des maires pendant la cérémonie du mariage, la réalité est tout autre », détaille Serge Vidal, faisant référence aux nombreux adultères qui seraient à l'origine d'un tiers des divorces chaque année en France.

« Historiquement, on a beaucoup cadenassé la monogamie, car dans notre société patriarcale, le père avait besoin de savoir que son enfant était bien de lui afin de lui transmettre son héritage », ajoute Carolle Graf.

Être honnête l'un envers l'autre

Selon les deux spécialistes, la principale raison des couples faisant le choix de l'union ouverte est leur propre morale. Ils ne veulent surtout pas organiser une partie de leur vie sur le mensonge lié à l'infidélité, mais pas que : « ces couples ouverts ne veulent pas caractériser leur amour sur la monogamie parce qu'ils ont une toute autre conception de ce sentiment : s'ils aiment l'autre, ils ne peuvent pas le priver de ce qui est bon pour lui », explique le psychothérapeute.

De ce point de vue, si l'être aimé a besoin d'autres relations sexuelles ou amoureuses pour être heureux, sa moitié doit l'accompagner dans ce chemin et non l'en empêcher. C'est d'ailleurs sur ce principe qu'est née l'histoire d'amour entre Régine et Guy, à la fin des années 50.

« La liberté sexuelle est, pour moi, une liberté fondamentale »

« Nous nous sommes rencontrés au Parti Socialiste autonome en fin d'année 1959, puis épousés en juillet 1961. À l'époque j'étais encore mineure, car je n'avais que 20 ans. On n'était pas très libres, j'avais eu quelques flirts avant Guy mais, aucune relation amoureuse. De son côté, il avait deux ans de plus que moi et n'avait connu qu'une autre personne.

Nous avons décidé de vivre une union libre bien avant le mariage pour des raisons politiques, car on était libertaires, mais aussi parce que nous n'avions jamais eu de relations sexuelles et qu'on ne se voyait pas vivre toute notre vie sans pouvoir connaître d'autres personnes. Nous estimions, et je le pense toujours, que la liberté sexuelle est une liberté fondamentale. », se remémore Régine Dhoquois-Cohen, aujourd'hui veuve de son grand amour Guy Dhoquois, disparu en avril 2019.

« C'est un contrat que nous avions »

L'ancienne juriste aime parler de contrat pour évoquer les bases de leur relation. « Il paraît que c'est moi qui ai voulu vivre comme cela, et c'est vrai que je ne comprends pas ce qu'on peut accepter dans la monogamie. La liberté fait partie des choses qui m'ont permis de survivre après le séisme de la guerre et la période très difficile lors du retour en zone libre.

Cette relation ouverte était un moyen pour moi de revendiquer ce besoin de liberté excessive, ça me paraissait être fondamental pour vivre une vraie vie et non une vie renfermée de petit bourgeois. Pour que ça marche, nous avions notre contrat. Un contrat non-écrit basé sur une parfaite transparence. C'était une condition absolument essentielle pour notre vie dans ce système polyamoureux. Évidemment, cela n'a pas toujours été facile. On a crié et on s'est disputés plusieurs fois ».

Sources

Union libre, INSEE, 2016.

Interviews :

Témoignage de Régine Dhoquois-Cohen

Psychothérapeutes Serge et Carolle Vidal-Graf

Ouvrages :

Un couple libre, Régine et Guy Dhoquois-Cohen.

Le couple ouvert : regard sur un phénomène émergent, Carolle et Serge Vidal-Graf.

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