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Les troubles du sommeil concernent plus d’un Français sur deux à l'heure actuelle. Il se trouve qu'en 50 ans, nous avons perdu 1h30 de sommeil chaque nuit. Un phénomène loin d'être rassurant si l'on prend conscience que les troubles du sommeil sont sujets au surpoids, au diabète ainsi qu'aux maladies cardiovasculaires.

Parmi les troubles du sommeil, on retrouve les insomnies, hypersomnies, apnée du sommeil, narcolepsie (extrême fatigue au quotidien), somnambulisme ou encore les terreurs nocturnes. Si notre perpétuelle course contre la montre, combinée au stress et à nos journées toujours plus connectées sont en cause dans la majorité des cas, certaines maladies peuvent aussi empêcher le marchand de sable de passer. C'est le cas de la dépression, de certaines maladies neurodégénératives, des troubles cardiovasculaires ou même de certains cancers. On passe en revue les pathologies qui entravent votre sommeil, avec l'aide de Michel Billiard, professeur de neurologie et spécialiste du sommeil.

Dépression et troubles du sommeil sont très liés

On l'ignore souvent mais certains troubles du sommeil peuvent être liés à des troubles psychiatriques plus au moins profonds. Fréquemment, les troubles du sommeil sont liés à l'insomnie et la dépression.

"On sait qu'environ 80% des personnes dépressives se plaignent d'insomnies", note Michel Billiard.

D'après un rapport sur le sommeil, 30 à 50% des insomnies sont associées ou secondaires à des troubles anxio-dépressifs. L’insomnie peut être un signe de survenue de dépression, un de ses symptômes et un facteur de rechute.

Par ailleurs, la prise d'antidépresseurs ou d'anxiolytiques, médicaments fréquemment prescrits pour des troubles dépressifs, peut faire apparaître ou aggraver des pathologies du sommeil.

L'insomnie est la maladie du sommeil la plus répandue. "Il existe une dizaine de formes d'insomnies différentes, qui ne relèvent pas des mêmes traitements, d’où l’importance d’un bon diagnostic. Le diagnostic de la forme d’insomnie en cause doit être fait par le médecin traitant et dans certains cas par un spécialiste du sommeil", explique Michel Billiard.

Bien que très fréquentes, les insomnies ne doivent donc pas être prises à la légère et doivent amener à consulter si elles se répètent.

Les troubles du rythme circadiens : ils peuvent être favorisés par un cancer

Les troubles du rythme circadiens relèvent d'une désynchronisation entre l'horloge interne - le rythme veille-sommeil - et les "donneurs de temps" comme la lumière, l'activité sociale, les repas, ou même la température extérieure. "Concrètement, presque toutes les fonctions de l’organisme sont soumises au rythme circadien, c’est-à-dire à un cycle de 24 heures. Ainsi, les troubles de ce rythme peuvent avoir des conséquences aussi bien sur le sommeil que sur le métabolisme, le fonctionnement du système cardiovasculaire, du système immunitaire", décrit l'Inserm.

C’est l’exposition à la lumière pendant la journée et l’obscurité pendant la nuit qui permettent de synchroniser l’horloge biologique à la journée de 24 heures. Les troubles circadiens du sommeil ont différentes origines selon les patients. Certains facteurs, comme la dépression, l'anxiété, le cancer peuvent favoriser une désynchronisation de l’horloge interne.

"Les individus s’endorment très tôt, par exemple vers 20 h, et se réveillent très tôt, par exemple vers 4 h du matin"

On retrouve différents troubles circadiens. On note dans un premier temps l’avance de phase. "Les individus s’endorment très tôt, par exemple vers 20 h, et se réveillent très tôt, par exemple vers 4 h du matin. Ce phénomène s’observe davantage chez les personnes âgées, mais il peut aussi s’observer à tous les âges, explique l'Inserm.

Au contraire, dans le cas d'un retard de phase, les individus s’endorment très tard, au milieu de la nuit et s’éveillent en fin de matinée. Ce phénomène émerge souvent au cours de la puberté et il est relativement fréquent chez les adolescents et les jeunes adultes.

Pour finir, le libre court est relativement courant chez les personnes non-voyantes. "En absence d’un œil fonctionnel, l’horloge centrale n’est pas synchronisée par la lumière, les rythmes biologiques exprimés sont alors ceux de l’horloge interne non synchronisée (entre 23 h 30 et 24 h 30 selon les individus), rapporte encore l'Inserm. La personne décale tous les jours son sommeil, par exemple en se couchant une demi-heure plus tard pour un individu ayant une horloge de 24 h 30. Dans ce cas précis, le sommeil n’est nocturne et de bonne qualité que pendant quelques jours tous les 48 jours !"

Des troubles du sommeil annonciateurs de Parkinson ?

Un type précis de troubles du sommeil pourrait annoncer la survenue de maladies neuro-dégénératives telles que la maladie de Parkinson. C'est ce que montre une étude canadienne, portée sur 93 participants et publiée dans la revue Neurology (5). Les chercheurs ont découvert que les personnes souffrant de troubles du comportement en sommeil paradoxal ont 17.7% de probabilité de développer une maladie neuro-dégénérative 5 ans après leur diagnostic et 52.4% après 12 ans.

"La personne 'vit' physiquement ses rêves"

"Les troubles du comportement en sommeil paradoxal sont des parasomnies qui surviennent le plus souvent après 60 ans. La personne 'vit' physiquement ses rêves et peut avoir des mouvements brutaux durant son sommeil. Ces troubles sont toutefois rares, touchant entre 0.5 et 2% des hommes, explique Michel Billiard, professeur de neurologie et spécialiste du sommeil.

Apnées du sommeil : attention aux maladies cardiovasculaires

Le syndrome des apnées obstructives du sommeil (SAOS) est un trouble respiratoire survenant durant le sommeil et qui peut engendrer de graves problèmes cardiovasculaires.

"La nuit, il se manifeste par des ronflements faisant suite à des arrêts de la respiration - ou apnées, pouvant durer jusqu’à une minute ou plus, et se répétant jusqu’à plusieurs centaines de fois. Le jour, on observe une somnolence anormale et des troubles de l’humeur et du caractère", explique le Pr Michel Billiard, auteur de Le Sommeil (coll. Idées reçues, Le Cavalier Bleu).

SAOS : le risque d’une hypertension artérielle est multiplié par trois

Les troubles respiratoires du sommeil peuvent être à l’origine de troubles cardio-vasculaires : "hypertension artérielle dans 50 à 60% des cas, insuffisance cardiaque dans 60% des cas, accidents coronariens, angine de poitrine, infarctus du myocarde dans 30% des cas et accident vasculaire cérébral dans 60% des cas", précise le spécialiste (1).

De même, une étude menée dans le Wisconsin (2) sur 3500 personnes a montré que le risque d’une hypertension artérielle est multiplié par trois chez les sujets ayant un SAOS.

Le SAOS est également lié aux maladies athéromateuses, au syndrome métabolique ainsi qu'au risque d'AVC et d'infarctus.

Insomnies liées à des envies d'uriner : surveillez la prostate

De fréquentes envies d’uriner la nuit chez un homme de 50 ans évoquent d’abord un adénome prostatique ou hypertrophie bénigne de la prostate. "Dans certains cas, ce trouble du sommeil est en réalité un symptôme d'adénome prostatique", explique Michel Billiard, professeur de neurologie et spécialiste du sommeil. Il faut cependant savoir que le syndrome d’apnées du sommeil peut aussi souvent être en cause.

Attention si vous vous levez plus de 2 fois par nuit pour uriner

La prostate est une glande de l'appareil génital masculin qui comprime la vessie en grossissant. Cette "grosseur", ou adénome, peut être bénigne ou cancéreuse.

Si vous êtes un homme de plus de 45 ans et que vous dormez mal parce que vous devez vous lever plus de deux fois par nuit pour uriner, cela peut être un signe d'alerte. En cas de doute, demandez conseil à votre médecin.

Somnolence malgré un allongement du sommeil : pensez à l'hypersomnie

Une somnolence le jour qui est régulière et gênante ne doit pas être prise à la légère. Elle peut traduire une maladie peu connue : l'hypersomnie idiopathique.

"Une somnolence anormale, associée à un allongement anormal de la durée du sommeil et à une incapacité à se réveiller le matin, oriente vers une hypersomnie idiopathique. Tandis que des accès de sommeil, quotidiens et irrésistibles, associés à des pertes de tonus musculaire de fréquence éminemment variable, évoquent une narcolepsie avec cataplexie", précise Michel Billiard, professeur de neurologie et spécialiste du sommeil.

Ces pathologies sont rares et doivent être diagnostiquées par un médecin traitant ou un médecin du sommeil.

Troubles du sommeil : l'obésité peut être liée

Le surpoids peut réellement engendrer certains troubles du sommeil. C'est notamment le cas de l'apnée du sommeil. Plusieurs spécialistes ont déjà souligné l’importance de la perte de poids dans le traitement de l’apnée du sommeil.

Le surpoids rétrécit les voies respiratoires et favorise le ronflement

Si vous êtes en surpoids et souffrez d’apnée du sommeil, il est impératif de perdre des kilos. Lorsque que vous êtes en surpoids, vous aurez tendance à accumuler trop de graisses dans la région. Cela rétrécit les voies respiratoires et favorise ainsi le ronflement et l’apnée du sommeil".

Une privation de sommeil altère le métabolisme des glucides dans l'organisme

Si le surpoids peut causer des troubles du sommeil, il peut aussi être la conséquence d'une accumulation de mauvaises nuits.

Plusieurs études ont associé les troubles du sommeil à l'obésité. Ces dernières années, des chercheurs américains se sont attachés à montrer qu'une privation de sommeil altérait le métabolisme des glucides dans l'organisme, responsable de la prise de poids.

Une autre étude américaine, menée sur plus de mille personnes, a montré que moins les participants dormaient, plus leur indice de masse corporelle (IMC) était élevé. Cet IMC est l'indice dont l'OMS se sert pour évaluer le surpoids ou l'obésité d'une personne. D'après les scientifiques, le sommeil jouerait un rôle primordial dans les mécanismes de régulation de l'appétit et de la dépense énergétique.

Insomnies : l'abus d'alcool peut être en cause

Des troubles du sommeil peuvent parfois refléter une mauvaise hygiène de vie, notamment un alcoolisme. L'alcoolisme est deux fois plus important chez les insomniaques que chez les bons dormeurs. Alors qu'il est souvent utilisé pour trouver le sommeil, l'alcool est un fait l'ennemi d'une bonne nuit.

"S'il peut en apparence aider à s'endormir, l'alcool provoque des insomnies de deuxième partie de la nuit", prévient Michel Billiard, professeur de neurologie et spécialiste du sommeil.

Quand doit-on consulter ?

Les troubles du sommeil sont de réelles maladies avec lesquelles il est parfois difficile de vivre. "Il faut consulter un médecin dès que le trouble du sommeil devient récurrent ou gênant, sans attendre", conseille le Pr Michel Billiard, spécialiste du sommeil.

Outre les autres maladies qu'ils peuvent favoriser (dépression, maladies cardiovasculaires…), ils peuvent être à l'origine d'accidents graves. Un tiers des accidents de voiture sur autoroutes est dû à la somnolence au volant.

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Sources

Comprendre le fonctionnement de notre horloge interne, Inserm

Pr Michel Billiard, Le guide du sommeil, Odile Jacob 2007.

Pr Michel Billiard, Le Sommeil, collection Idées reçues, éd. Le Cavalier Bleu, 2002.

Rapport sur le thème du sommeil, Ministère de la Santé et des Solidarités, décembre 2006.

(1) Chiffres à retrouver dans le Rapport sur le thème du sommeil, Ministère de la Santé et des Solidarités, décembre 2006.

(2) Terry Young, The Occurrence of Sleep-Disordered Breathing among Middle-Aged Adults, N Engl J Med 1993; 328:1230-1235 

(3) Spiegel, K., R. Leproult, M. L'Hermite-Baleriaux, G. Copinschi, P. D. Penev, and E. Van Cauter. 2004. Leptin levels are dependent on sleep duration: relationships with sympathovagal balance, carbohydrate regulation, cortisol, and thyrotropin. J Clin Endocrinol Metab 89(11):5762-71. 5. Spiegel, K., K. Knutson, R.

(4) Taheri, S., L. Lin, D. Austin, T. Young, and E. Mignot. 2004. Short sleep duration is associated with reduced leptin, elevated ghrelin, and increased body mass index. PLoS Med 1(3):e62.

(5)  R. B. Postuma, J. Montplaisir, REM sleep behavior disorder predicts cognitive impairent in Parkinson disease without dementia, Neurology September 16, 2008 71:955-956

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