Moustiques : ils seraient en réalité attirés par cette molécule très utilisée dans les produits répulsifs !
Avez-vous déjà entendu parler du DEET ? Cette molécule de synthèse, mise au point dans les années 40, est utilisée depuis des décennies pour éloigner les insectes nuisibles. Elle est aujourd'hui remise en cause par une étude publiée dans le Journal of Experimental Biology le 28 mai dernier. Des chercheurs biologistes français viennent en effet de démontrer que ces insectes peuvent associer l'odeur du produit à un repas sanguin, transformant votre barrière protectrice en un signal d'attraction. Face à la recrudescence des maladies transmises par ces insectes, comprendre ce phénomène d'adaptation est important et ouvre la voie à une meilleure connaissance du fonctionnement des moustiques.
Le DEET : de répulsif à appât ? Une découverte stupéfiante
Développé par l'armée américaine pour protéger les soldats dans la jungle, le N,N-diéthyl-m-toluamide, plus connu sous le nom de DEET, reste la référence recommandée par l'Organisation mondiale de la santé pour lutter contre les maladies vectorielles. Ce produit de synthèse semblait jusqu’ici infaillible. Pourtant, des chercheurs de l'Institut de recherche sur la biologie de l'insecte à Tours (37) ont prouvé que le moustique peut apprendre à aimer ce qu'il est génétiquement programmé pour fuir. Leurs travaux se sont concentrés sur Aedes aegypti, l'espèce tristement célèbre pour être le vecteur majeur de la dengue, du Zika, du chikungunya et de la fièvre jaune.
L'effet "Pavlov" : comment les moustiques ont été entraînés
Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques de l'Université de Tours et du Virginia Tech ont mis en place un conditionnement pavlovien. Ils ont associé l'odeur du DEET à une récompense alimentaire, comme un repas de sang chaud ou une solution sucrée. Les résultats sont édifiants : après seulement trois répétitions, plus de 60 % des moustiques entraînés tentaient de piquer dès qu'ils détectaient uniquement l'odeur du DEET. Cette expérience met en lumière une plasticité cérébrale inattendue. Le cerveau du moustique est capable de réécrire sa réponse sensorielle, transformant la perception d'un produit chimique d'une sensation répulsive à une sensation attractive.
Pourquoi cela remet-il en question vos habitudes ?
Le piège réside dans la concentration du produit sur votre peau. Après plusieurs heures, cette concentration diminue inévitablement. Si elle devient trop faible pour repousser l'insecte mais reste olfactivement détectable, elle se transforme en un signal de repas pour un moustique expérimenté. L'étude met en évidence que l'utilisation répétée de répulsifs dans une zone géographique peut rendre les moustiques locaux plus agressifs. Lorsqu'un moustique réussit à piquer une personne dont la protection s'estompe, il mémorise cette odeur spécifique comme une source de nourriture potentielle. Avec des répercussions pour le moins inattendues : lors des tests en laboratoire, les moustiques entraînés ont ignoré une main non traitée pour se diriger préférentiellement vers une main imprégnée de DEET.
Faut-il pour autant abandonner votre spray anti-moustiques ?
Les auteurs de l'étude insistent sur un point essentiel : le DEET sauve des vies et demeure la solution la plus efficace actuellement disponible sur le marché mondial. Il n'est pas question de s'en passer, mais plutôt d'adapter son utilisation. L'étude souligne qu'il faut respecter scrupuleusement les fréquences d'application indiquées sur l'emballage. Cela permet d'éviter que la dose présente sur la peau ne tombe dans cette fameuse zone de concentration qui favorise l'attraction par apprentissage. Cette découverte scientifique pousse désormais la recherche à développer de nouvelles molécules anti-moustiques, conçues pour être moins allergisantes et surtout impossibles à contourner par l'intelligence de ces insectes.