Maladies neurodégénératives : des signes précoces de 2 pathologies… dans cette façon de marcher

Publié par Edouard Korvaul
le 03/04/2026
cabinet de médecin
New Planet Media
Une nouvelle étude permet de distinguer les premiers signes de deux pathologies distinctes : la maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy. Et ce, simplement, en observant notre façon de marcher ! De quoi permettre de dépister ces 2 maladies très facilement.

Dans les premières années d’installation des maladies neurodégénératives, les signes médicaux de certaines affections neurologiques se ressemblent à s'y méprendre. Une étude publiée le mois dernier dans la revue Gait & Posture s'est penchée sur ce problème d'identification en analysant la motricité fine des patients. Ce travail scientifique prouve que la façon dont nous posons nos pieds en dit long sur la santé de notre cerveau. Et ces informations sont essentielles pour ralentir la perte d’autonomie.

Comment différencier deux pathologies aux symptômes proches

La maladie de Parkinson et la démence à corps de Lewy partagent des symptômes moteurs et cognitifs très similaires au début de leur évolution. Ce chevauchement entraîne fréquemment des erreurs d'évaluation chez les professionnels de santé. Pourtant, différencier ces deux affections rapidement s'avère indispensable pour le pronostic du patient. Les personnes atteintes de Parkinson ont une espérance de vie de 10 à 20 ans, tandis qu'elle tombe à moins de 5 ans en moyenne pour celles touchées par la démence à corps de Lewy. L'étude visait donc à déterminer si la quantification précise de la marche pouvait servir de biomarqueur sélectif fiable pour distinguer ces dégénérescences dès les premières années suivant la confirmation de la maladie.

Une méthodologie sous haute surveillance

Pour y parvenir, des chercheurs canadiens et australiens ont mené une expérience inédite en comparant trois groupes distincts : 26 patients souffrant de Parkinson précoce, 20 atteints de démence à corps de Lewy et 16 adultes sains en guise de contrôle. Tous les sujets malades avaient reçu leur diagnostic moins de cinq ans auparavant. Les volontaires ont marché sur un tapis d'une longueur de six mètres, spécialement équipé de capteurs de pression très sensibles. Ce dispositif permet de mesurer 16 paramètres de marche différents en une fraction de seconde. Les chercheurs ont imposé trois conditions d'exercice : une marche à un rythme normal, une marche en comptant à rebours par étapes de un, et une tâche plus ardue consistant à marcher en soustrayant des séries de sept.

Vitesse et rythme : des données essentielles

Les données recueillies montrent des différences comportementales frappantes. Lors d'une marche normale, les individus atteints de démence à corps de Lewy affichent une vitesse significativement plus lente et font des pas plus courts que les parkinsoniens. Le temps de contact au sol, également appelé temps de pose, se révèle beaucoup plus long pour ces patients. Afin de stabiliser leur équilibre défaillant, les personnes souffrant de démence à corps de Lewy ont tendance à élargir l'écartement de leurs pas. Ces stratégies de compensation involontaires suggèrent une altération profonde du contrôle postural dès le début de l'apparition de la pathologie. Ce ne sont pas des anomalies de mouvement visibles à l'œil nu, mais de subtiles variations rythmiques mesurées par la machine.

La double tâche démasque la maladie à corps de Lewy

Autre découverte de cette étude : ajouter un simple calcul mental donne de précieux renseignements. Demander à un patient d'effectuer un calcul mental tout en marchant accentue les différences entre les deux maladies. Sous une contrainte légère, comme compter à l'envers un par un, les patients atteints de démence à corps de Lewy présentent une grande irrégularité dans la longueur de leurs pas. Le test le plus discriminant reste cependant la soustraction complexe. Les résultats indiquent que 25 % des patients atteints de démence à corps de Lewy ont été incapables de marcher tout en soustrayant le chiffre sept. Cette perte totale de coordination révèle la fragilité de leur réseau cérébral frontal, alors que l'exercice restait réalisable pour une large majorité de patients parkinsoniens.

Parkinson et maladie à corps de Lewy : vers un diagnostic plus accessible en cabinet ?

Contrairement aux examens d'imagerie cérébrale qui restent très onéreux, cette évaluation par la marche s'effectue facilement en milieu clinique pour un coût réduit. Une identification plus rapide favorise une prise en charge ciblée des symptômes spécifiques à chaque maladie Forts de ces résultats très encourageants, les scientifiques prévoient désormais d'étendre cette méthode préventive. Ils cibleront en priorité les personnes souffrant de troubles du sommeil paradoxal, une condition médicale considérée comme un signe à haut risque de développer ces pathologies dégénératives à l'avenir.

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  • Communiqué de presse
  • Karen D.A. Mathias, Arthur E. Casagrande Pinto, Luandrya E. Martins, Elie Matar, Joseph R. Phillips, Simon J.G. Lewis, Kaylena A. Ehgoetz Martens “Differentiating gait behaviors between early-stage dementia with Lewy bodies and Parkinson’s disease”, Gait & Posture, Volume 124, 2026, 110034, ISSN 0966-6362, https://doi.org/10.1016/j.gaitpost.2025.110034.
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