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Le deuil périnatal, qui signifie perdre un enfant in utero, lors de l'accouchement ou quelques jours après sa venue au monde, est un traumatisme profond très dur à surmonter pour les parents. Sophie Gidrol, infirmière palliatothérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes endeuillées "dans le moment complexe qu’est la mort", confie à Medisite comment elle aide les parents à se reconstruire après la perte de leur enfant.

Photos, empreintes… Une démarche primordiale pour le deuil

Après l’accouchement et la perte d’un enfant mort-né ou qui décède rapidement après la naissance, il est souvent proposé aux "mamanges" (contraction pour maman d’anges) de réaliser du peau à peau avec leur bébé et de faire des photos ou des empreintes, un process essentiel selon Sophie Gidrol. Pour l’infirmière palliatothérapeute, cela permet aux mères de "laisser une trace de leur enfant et de l’amour qu’elles ont pour lui".

Elle estime que cela "concrétise son passage sur la Terre". Si elle reconnaît que cela peut être "déstabilisant pour les parents au moment où on leur propose", elle juge que "c’est primordial". “Souvent on leur dit : 'Faîtes-le, vous récupérerez peut-être les photos dans un ou deux ans, il n’y a pas d’urgence, mais vous les aurez'", confie Sophie Gidrol. Toutes ces démarches, comme le fait que l’enfant apparaisse dans le livret de famille, lui donnent une existence et démontre que le nouveau-né "a fait partie de la famille" et cela participe à "sa reconnaissance", ce qui "change tout au niveau du deuil".

Il n’y a évidemment pas qu’un seul chemin pour se reconstruire à la suite d’un deuil périnatal. "Il y a des femmes qui peuvent avoir envie de revenir à leur poids antérieur et de ne pas avoir de marques de leur grossesse, mais pour autant avoir besoin de souvenirs de leur enfant pour surmonter le deuil", détaille l’infirmière palliatothérapeute. Elle précise à titre d’exemple que pour les mamans venant de perdre leur enfant à la naissance, s’afficher en public, par exemple à l’école pour aller récupérer un autre enfant, avec les signes apparents de la grossesse peut être compliqué à assumer. "Il n’y a pas de règle, chaque couple et chaque famille aura un chemin de deuil et il faut l’accompagner", tient-elle à assurer.

Deuil périnatal : groupes de paroles, EMDR… Quelle thérapie choisir ?

Le groupe de parole pour les paranges est super, mais il n’y en a pas dans toutes les villes. C’est pour cela que j’ai mis en place des consultations par visio

Sophie Gidrol.

Et pour accompagner ce deuil périnatal dans toutes ses étapes, Sophie Gidrol conseille aux mamans de "trouver ce qui leur fait du bien". "Je pense que le groupe de parole pour les paranges est super, mais il n’y en a pas dans toutes les villes. C’est pour cela que j’ai mis en place des consultations par visio", explique -t-elle. Selon la spécialiste, "être dans une phase de deuil fatigue énormément et sortir de chez soi peut être difficile quand on souhaite être dans la sécurité de son cocon". "Certaines femmes gardent avec elles un doudou leur rappelant leur enfant pendant la consultation et elles n’ont pas besoin d’assumer le regard de l'extérieur".

L'EMDR est une psychothérapie qui permet de résoudre les conséquences psychologiques, physiques, relationnelles, d'expériences de vie traumatisante par les mouvements oculaires selon l’association EMDR France. "Je pense que c’est super, mais je ne pourrais pas dire que ça marche pour tous les parents. Je pense qu’il faut une certaine habileté, mais ce n'est pas une piste à négliger car c’est très aidant en quelques séances", estime Sophie Gidrol.

Certaines f emmes souhaitent en revanche gérer leur deuil seules avec leur famille sans accompagnement thérapeutique. "Si dans leur noyau familial, elles mettent en place quelque chose qui leur fait du bien, comme le sport, une activité artistique, et qui draine ainsi leurs émotions, très bien. Mais si c’est un sujet tabou et que la vie reprend comme avant, alors là je dis attention, car c’est comme ça que commencent les difficultés", alerte la spécialiste. Le deuil périnatal peut mettre le couple à rude épreuve.

Deuil périnatal : comment préserver son couple ?

Durant cette période de deuil périnatal, le couple est souvent mis à l'épreuve. La palliatothérapeute privilégie pour cela "l’accompagnement en couple sur des deuils périnataux, mais si un des deux souhaite être seul c’est évidemment possible aussi". "J’essaye au moins la première fois de les inviter tous les deux car au sein d’un couple, on vit le deuil différemment. Ils vont perdre la même personne, mais cela n’aura pas les mêmes impacts sur les deux", précise Sophie Gidrol.

Selon elle, souvent "l’impact du deuil sur le couple fait qu’on ne se comprend plus et qu’on ne réagit pas pareil". De par son expérience, la spécialiste précise que "de nombreux couples rencontrent des difficultés et qu’il y en a même qui divorcent". Les pères sont parfois plus impactés que les mères contrairement à ce qu’on pourrait croire. "Chaque couple a son équilibre et dans la réalité il y a des parents qui sont déstabilisés chacun à leur manière".

Deuil périnatal : comment gérer l’impact sur la famille ?

Concernant l’impact sur la famille du deuil et ses étapes, c’est parfois très dur à gérer quand il y a déjà d’autres enfants au moment du deuil périnatal. "Les enfants remarquent que quelque chose ne va pas et s’ils ne sont pas mis au courant, ils auront plus de mal à s’endormir, seront plus stressés. Il faut pouvoir leur expliquer et poser des mots sur la perte de ce bébé", explique Sophie Gidrol. Elle conseille d’expliquer quand c’est possible à l'autre ou aux autres enfants ce qu’il s’est passé et quelle maladie a eu le bébé pour qu’ils réalisent qu'eux ne sont pas atteints de cette maladie grave et ne sont pas en danger. "Ce sont des petites choses qu’il faut verbaliser", assure l’infirmière palliatothérapeute.

Concernant une future grossesse après la perte d’un enfant avec ce que nomment certains le "bébé arc-en-ciel", "chaque chemin de deuil est unique et il ne faut pas être dans le jugement". "Certaines femmes en ont besoin mais il y a des deuils qui ne guérissent jamais et qui laissent des empreintes physiques avec des femmes qui ne retrouvent jamais leur cycle", confie Sophie Gidrol.

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Sources

 Merci à Sophie Gidrol, infirmière palliatothérapeute spécialisée dans l’accompagnement des personnes endeuillées 

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