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Tout n’est pas toujours rose dans la vie professionnelle. Mais parfois, le désintérêt ou les difficultés marquent le pas sur la satisfaction personnelle et le bien-être. Certains signes, plus prégnants que d’autres, doivent nous mettre la puce à l’oreille. Quels sont-ils et comment les identifier ? Réponses de notre expert.

Le travail n’est pas forcément le graal chez tout le monde. « Tout dépend de la place que chacun lui accorde dans sa vie » explique le spécialiste. Autre précaution à prendre : le terme de bonheur, qui est plutôt philosophique et ne doit pas être confondu avec bien-être et satisfaction ! « Le bonheur est une quête personnelle que le dirigeant ne peut ni vouloir imposer au collaborateur, ni garantir. D’autant que si le salarié n’atteint pas le bonheur qui lui est demandé, cela peut se retourner contre l’entreprise ». La satisfaction serait davantage définie comme « la réalisation d’une tension par rapport à un besoin assouvi, comme l’appétit ». C’est pourquoi le psychologue-psychothérapeute préfère évoquer la notion de bien-être au travail, « un état d’équilibre entre des sollicitations négatives et positives ».

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Avoir un excès de sollicitations négatives

Ces sollicitations négatives diverses et variées peuvent être liées à de nombreux éléments externes comme une charge de travail trop importante par exemple, ou des clients agressifs. Tous ont un point commun : engager la responsabilité de l’employeur s’il s’en rend compte mais ne fait rien. Pour Pierre-Eric Sutter, le dirigeant d’entreprise « contribue à la santé mentale positive » en permettant à ses salariés de ne pas avoir trop de sollicitations négatives et qu’ils aient, à l’inverse, davantage de sollicitations positives pour parvenir à cet équilibre. Ce sera, par exemple, du soutien et de l’aide technique ou humaine sur un dossier long et compliqué. A l‘inverse, mettre la pression et exiger des délais serrés ne fait qu’accroître le mal-être.

Ne pas trouver de sens à son travail

Pour les chercheurs en psychologie sociale, la notion de bien-être au travail passe par les 3 déterminants suivants, soit les 3 boucles de la chaîne qu’il faut viser :

  • Le sens au travail,
  • L’engagement au travail,
  • La satisfaction au travail.

« Le sens détermine l’action » précise le psychologue. « Ne pas comprendre ce que l’on fait, ni pourquoi on le fait, influe négativement sur le travail ». A l’inverse, le savoir aide à se mobiliser d’autant plus aisément que ce sens correspond aux compétences acquises et déployées. « Si les objectifs donnés sont conformes aux ressources dont le salarié dispose pour exécuter ses missions, il s’engagera professionnellement et éprouvera de la satisfaction à les atteindre ».

Manquer de motivation

La motivation est un carburant décisif dans le travail comme dans la vie. Pierre-Eric Sutter rappelle qu’il faut distinguer la motivation intrinsèque de la motivation extrinsèque.

La motivation intrinsèque est profondément enfouie en nous. Elle repose à la fois sur l’intérêt, les compétences, la possibilité de s’autodéterminer, c’est à dire de pouvoir dire « je décide de ce que je veux faire », et sur ce qui donne du sens à ce que l’on souhaite accomplir.

La motivation extrinsèque peut être définie comme « la carotte ou le bâton ». Craindre une sanction, le chômage ou un licenciement conduit à exécuter sa mission…contraint. De même que travailler pour avoir une récompense pousse, à terme, à la démobilisation. « A l’inverse, dans la motivation intrinsèque, le salarié n’a besoin d’aucune ressource extérieure pour être motivé » précise notre expert. « Les chercheurs ont montré que les plus engagés dans leur travail sont ceux qui ont trouvé leur vocation professionnelle et n’ont pas l’impression de venir pour gagner leur salaire. Comme le disait Confucius, « trouve un travail que tu aimes et tu n’auras jamais à travailler ». Trouver sa motivation intrinsèque nécessite néanmoins un gros travail sur soi. Les bilans de compétences permettent de le faire. Ils peuvent même être financés via le compte professionnel formation (CPF).

Avoir trop ou pas de hiérarchie

S’il y bien un domaine dans lequel les relations humaines sont difficiles, c’est au sein de la sphère professionnelle ! Quand le management est lacunaire, absent ou trop hiérarchique, les ennuis guettent. Pour Pierre-Eric Sutter, il ne faut ni tomber dans un management directif ou autocratique totalement orienté sur la tâche, ni sur une gestion uniquement centrée sur les ressources humaines. Tout est une question d’équilibre. « L’écueil d’un certain management « laisser-faire » ou de ne penser qu’au bien-être du salarié aboutit au risque d’oublier les missions de l’entreprise et de ses employés ». Pour être bien dans son travail, un salarié a besoin d’objectifs atteignables et que son supérieur l’encourage pour les atteindre. Pierre-Eric Sutter est formel : « l’engagement ne se décrète pas, il se suscite ».

Ne pas ou mal communiquer

Il est déstabilisant de ne recevoir aucune directive ou de ne pas en donner, « même si ne pas communiquer est, en soi, une forme de communication ». Le manque de communication et de signaux clairs en entreprise sont autant une perte de temps que d’argent et de productivité. Le problème conduit aussi, bien souvent, à un désengagement effectif des salariés. « Ils peuvent être désorientés si les ordres ne sont pas suffisamment clairs ou directifs, voire, s’il y a des injonctions paradoxales » précise le psychologue-psychothérapeute du travail. Le risque est alors de perdre de vue la perspective et la finalité de son travail. Le manager a un rôle important de décodeur et les orientations stratégiques de l’entreprise devraient toujours se retrouver dans les objectifs du terrain.

Trouver que son salaire est trop bas

« Un salarié qui se plaint de sa rémunération est le plus souvent mu par une motivation extrinsèque » précise Pierre-Eric Sutter. A l’inverse, les chercheurs ont montré que les employés dotés d’une forte motivation intrinsèque prenaient quasi comme une insulte le fait de bénéficier de primes. « En réalité, ils font ce qu’ils aiment pour ce qu’ils sont, ce qui leur apporte un véritable bien-être ». Le sens de la mission vaut souvent plus que l’argent pour lequel on est rétribué. Et être bien dans son poste équivaut à être bien dans sa peau sans avoir besoin d‘être rémunéré davantage pour son travail. Si la rémunération est un pis-aller, il faut un minimum pour vivre, même si l’argent ne fait pas le bonheur. Il ne devrait pas être une fin, mais un moyen. Derrière ces récriminations salariales, se cache souvent le besoin de reconnaissance professionnelle...et la quête de sens.

Regretter un manque d’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle

Si certaines personnes ont besoin de se réaliser au travail plus qu’ailleurs, d’autres attachent davantage d’importance à leur vie familiale ou sociale. « Il n’y a aucune règle en la matière » explique le spécialiste. Mais il existe différentes formes d’employabilité allant du statut d’artiste-auteur à celui de fonctionnaire. Pour Pierre-Eric Sutter, à la tête de l’Observatoire de la vie au travail, les études concluent que les plus malheureux au travail sont les fonctionnaires, qui bénéficient pourtant de la sécurité de l’emploi et, souvent, d’horaires peu contraignants. A contrario, les dirigeants d’entreprise, freelance ou intérimaires dans des fonctions supérieures sont les plus heureux au travail, malgré la précarité de l’emploi. « Le déterminant à tout cela est la liberté : de ses horaires et de choisir son emploi au regard de ce qui fait sens dans leur vie ; la fameuse autodétermination ! On découvre que ce qui est essentiel dans le bonheur n’est pas le travail en soi, mais le travail en rapport à la sphère de vie familiale, sociale… ». A chacun de se poser la question de savoir où il met le curseur.

Ne pas aimer son environnement de travail

L’environnement professionnel peut être ou devenir inadapté, voire oppressant. L’open-space et les bruits parasites ne sont pas seuls en cause. La crise sanitaire a changé la donne et battu en brèche l’idée reçue selon laquelle les salariés qui télétravaillent seraient moins productifs…et plus heureux, comme l’explique Pierre-Eric Sutter. « Travailler chez soi n’est pas forcément synonyme d’un bonheur intégral, surtout lorsque l’on vit en famille dans un espace exigu ». Mais certains salariés disposant d’un vrai bureau chez eux et de bonnes conditions de vie ont particulièrement apprécié cette parenthèse, voire, changé de regard sur leur poste. « Beaucoup d’entreprises ont néanmoins profité de ce contexte pour imposer le télétravail 2 à 3 jours par semaine et installer leurs salariés dans des bureaux volants, ce qui a cassé les lieux de convivialité ». Difficile de maintenir une cohésion d’équipe quand chacun télétravaille à des jours différents. Le risque est d’accroître les problèmes de communication, de régulation des équipes et de bien-être au travail.

Souffrir de troubles du sommeil

Gare aux insomnies susceptibles d’être provoquées par des ruminations professionnelles ou lorsque les problèmes liés au travail réveillent la nuit. Le psychologue-psychothérapeute met en garde : « Emmener son bureau jusque dans son lit est un signe de mal-être professionnel. Cela signifie que le salarié est n’est plus capable de faire de coupure entre sa vie personnelle et sa vie professionnelle ». Avoir une surcharge de dossiers urgents à traiter, des conditions de travail inadaptées, des décisions difficiles à prendre…et pas suffisamment de ressources pour y faire face peuvent provoquer des troubles du sommeil, une fatigue chronique ou un mauvais fonctionnement du système immunitaire. « Tous ces signaux, même faibles, devraient être écoutés et alerter car ce sont des manifestations physiques directes du stress. Or ils peuvent avoir un effet boule de neige et entraîner burn-out ou dépression réactionnelle ».

Être en stress chronique

Le stress aigu n’est pas une maladie mais une mécanique utile pour faire face à un danger ou enjeu perçu comme tel. Bénéfique à petite dose pour stimuler, il est néanmoins délétère lorsqu’il se chronicise et devient permanent. Il doit toujours être vu comme le signe d’un mal-être, d’autant qu’il peut entraîner, à terme, des pathologies cardiovasculaires mortelles. « En France, 1 cas de maladie cardiovasculaire sur 2 est causée par le stress ou directement liée à ses conséquences » précise l’expert. Au bureau, une surcharge de travail peut faire réagir les capteurs de l’organisme qui mettent en route cette mécanique. Mais tout dépend des ressources de chacun et de la motivation intrinsèque mise en œuvre. « Prendre son travail trop à cœur ou vouloir atteindre des objectifs inatteignables peut parfois se retourner contre soi jusqu’à aller au burn out, le côté obscur du stress ». Une situation fréquente lorsque l’enjeu est trop fort et que les moyens déployés pour réaliser sa mission sont insuffisants. Pierre-Eric Sutter le rappelle : l’entreprise a l’obligation légale de veiller à ce que ses salariés ne souffrent pas de stress chronique, un risque psychosocial. Ne pas agir ou le prévenir la rend coupable de nuire à leur santé.

Souffrez-vous d'un burn-out ?

L’Organisation mondiale de la Santé définit l’épuisement professionnel comme un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à atteindre des résultats jugés satisfaisants au travail. Cet épuisement est ainsi appelé burn-out. C’est un terme qui a été généralisé ces dernières années, notamment par la libération de la parole autour du mal-être en entreprise. Contrairement à une simple fatigue passagère le burn-out marque un véritable épuisement émotionnel, physique et psychique.

D'après la Haute autorité de santé, il s'agit de nombreux symptômes ayant des manifestations :

  • émotionnelles : anxiété, tensions musculaires diffuses, tristesse de l’humeur ou manque d’entrain, irritabilité, hypersensibilité, absence d’émotion ; ´ cognitives : troubles de la mémoire, de l’attention, de la concentration, des fonctions exécutives ;
  • comportementales ou interpersonnelles : repli sur soi, isolement social, comportement agressif, parfois violent, diminution de l’empathie, ressentiment et hostilité à l’égard des collaborateurs ; comportements addictifs ;
  • motivationnelles ou liées à l’attitude : désengagement progressif, baisse de motivation et du moral, effritement des valeurs associées au travail ; doutes sur ses propres compétences (remise en cause professionnelle, dévalorisation) ;
  • physiques non spécifiques : asthénie, troubles du sommeil, troubles musculo-squelettiques (type lombalgies, cervicalgies, etc.), crampes, céphalées, vertiges, anorexie, troubles gastro-intestinaux.

Si vous vous reconnaissez dans la description des symptômes faite ci-dessus, il est très important d’aller consulter rapidement un médecin. Vous pouvez commencer par votre médecin généraliste qui pourra vous ausculter une première fois et vous rediriger vers un médecin spécialiste si besoin. La prescription d’un arrêt de travail est le plus souvent nécessaire. Selon la Haute autorité de santé, sa durée sera adaptée à l’évolution du trouble et du contexte socioprofessionnel. Le médecin traitant coordonne cette prise en charge de la personne en état de burn-out. Il prescrit si nécessaire un traitement en s’appuyant sur la démarche diagnostique et adresse éventuellement le patient à un psychiatre. L’autorité précise que l'intervention d’un psychiatre peut être sollicitée notamment pour réaliser un diagnostic psychopathologique ou une adaptation thérapeutique, prendre en charge un trouble sévère et poursuivre un arrêt maladie. La prescription d’un traitement antidépresseur est uniquement recommandée dans le cadre de ses indications (troubles anxieux, troubles dépressifs).

Selon le guide d'aide à la prévention du burn-out du gouvernement, de nombreux travaux scientifiques ont été conduits sur le burn-out et plusieurs outils de mesure ont été développés. Mis au point par Maslach & Jackson en 1981, le Maslach Burnout Inventory (MBI) est le questionnaire scientifiquement validé le plus utilisé aujourd’hui. Il s’adresse aux travailleurs et se décline en deux versions existant pour des populations spécifiques (les professions d’aide et de soins, les professions de l’enseignement et de la formation) et une version pour la population générale au travail.

Le MBI peut servir à repérer, au niveau collectif, les phénomènes de dégradation du rapport subjectif au travail et permettre ainsi de revenir sur les difficultés, impasses, dilemmes et contradictions auxquels se heurtent les travailleurs dans leur milieu professionnel.

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