Syndrome du cœur brisé : ils meurent le même jour après 71 ans de mariage

Syndrome du cœur brisé, maladie d’amour, cardiomyopathie de Takotsubo… sous ces différentes dénominations se cache une pathologie peu connue, mais pourtant bien réelle. Oui, il est possible de mourir d’amour, et c’est ce qui est arrivé à Marylin DeLaigle, 88 ans, décédée seulement quelques heures après son mari.
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“Avoir le cœur brisé” n’est pas qu’une simple expression, et l’histoire de ce couple en est la preuve. Interviewés l’année dernière par la chaîne WRDW News 12 à l’occasion de leurs soixante-dix ans de mariage, Herbert et Marilyn Frances DeLaigle sont décédés vendredi dernier, à seulement douze heures d’intervalles.

Âgé de 94 ans, Herbert s’est éteint dans la nuit. Sa femme est décédée quelques heures plus tard, victime du “syndrome du cœur brisé”, rapporte le média CNN. Son cœur n’aurait pas supporté la perte de l’amour de sa vie…

Ils se sont rencontrés dans un café il y a 72 ans et ne se sont plus quittés

Le couple s’était rencontré dans le café où Frances travaillait, soixante-douze ans plus tôt. “Je la voyais entrer et sortir, et j’avais les yeux rivés sur elle”, racontait son mari aux journalistes de WRDW. “Et puis j’ai finalement eu le courage de lui demander si elle accepterait de sortir avec moi un de ces jours”.

Leur premier rendez-vous était plutôt classique, puisque le couple s’est rendu au cinéma pour voir un film. Un an plus tard, Herbert demande sa compagne en mariage. Depuis, leur amour est toujours resté intact, et les deux amants laissent derrière eux six enfants, seize petits-enfants et vingt-cinq arrière-petits-enfants.

Qu’est-ce que le syndrome du cœur brisé ?

Le syndrome du cœur brisé, aussi appelé syndrome de Takotsubo, est une forme de cardiomyopathie, qui peut survenir en cas de choc émotionnel. Il peut s’agir d’une séparation, du décès d’un être cher, mais aussi d’un accident de voiture, par exemple. Parfois, il peut être causé par une nouvelle positive, comme un gain d’argent important.

"Le syndrome du cœur brisé se produit lorsque quelqu'un découvre une nouvelle choquante, ou terrible, et qu'une libération massive des hormones du stress sont libérées dans le sang”, explique le Dr. Matthew Lorber, psychiatre au Lenox Hill Hospital de New York. “Le cœur est ensuite bombardé par ces hormones”, et s’affaiblit brutalement.

D'après une étude suisse, publiée en septembre 2015 dans le New England Journal of Medecine et menée par des chercheurs de l'Université de Zurich, les chocs émotionnels, souvent associés à une fatigue intense, sont un élément déclencheur dans 27,7 % des cas.

Cette maladie du cœur peut aussi être déclenché par des facteurs de stress physiques, comme peuvent l’être un accident vasculaire cérébral, un accident ischémique transitoire ou encore une hémorragie méningée.

Elle a été décrite pour la première fois dans les années 1990 par des cardiologues japonais. Le terme “Takotsubo” ne fait pas référence au nom d’un chercheur, mais à une amphore utilisée comme piège à poulpes par les pêcheurs. Le cœur des patients souffrant de ce syndrome aurait effectivement la même forme.

Syndrome du cœur brisé : ils meurent le même jour après 71 ans de mariage

© Vidal

Syndrome du cœur brisé : quels symptômes ?

Les signes de la maladie de Takotsubo sont relativement proches de ceux de l’infarctus du myocarde. À savoir, une douleur thoracique, une sensation de pression dans la poitrine, des difficultés respiratoires, des modifications de l’électrocardiogramme et des taux sanguins de troponine et de créatine kinase élevés.

Toutefois, ce syndrome se distingue de l’infarctus sur plusieurs points. En effet, la crise cardiaque se caractérise par le rétrécissement, voire l’obstruction des artères coronaires, et elle entraîne des dommages importants pour le muscle cardiaque. En cas de syndrome du cœur brisé, ce dernier se rétablit beaucoup plus vite.

La cardiomyopathie de Takotsubo est d’ailleurs généralement temporaire, et se guérit en quelques semaines tout au plus. Des complications peuvent toutefois survenir, dans 20 % des cas environ, et peuvent mettre la vie en danger. Chute brutale de la pression artérielle, œdème ou embolie pulmonaire, ou encore arythmie cardiaque font partie des complications possibles.

D'après les chercheurs de l'Université de Zurich, le taux de mortalité de la maladie de Takotsubo s'élève à 3,7 %, ce qui est presque aussi élevé que celui des infarctus du myocarde (5,3 %).

Syndrome de Takotsubo : quels facteurs de risque ?

Un document de consensus sur le syndrome de Takotsubo, publié par une équipe d’experts sous l’égide de l’European Society of Cardiology, met en avant des facteurs de risque possible pour cette pathologie.

Ainsi, la chute du taux d’estradiol à la ménopause pourrait accroître les risques, dans la mesure où cette hormone semble avoir une action protectrice sur la microcirculation. Des antécédents de maladies psychiatriques ont été observés dans 42 % des cas de maladie du cœur brisé, de même que des antécédents de maladies neurologiques - chez plus d’un quart des patients. Enfin, une prédisposition génétique à Takotsubo pourrait exister.

En outre, cette cardiomyopathie a été davantage observée chez les femmes que chez les hommes. En effet, 80 % des patients atteints de ce syndrome sont des femmes de plus de 50 ans. D'après la Fédération Française de Cardiologie, cela pourrait s'expliquer par le fait que les artères des femmes, "particulièrement sensibles aux effets du stress, se spasment plus facilement". On estime la prévalence totale de cette maladie à 1 cas pour 36 000 adultes.

Quelle prise en charge pour le syndrome du cœur brisé, et comment le prévenir ?

La Fédération Française de Cardiologie rappelle que "ce syndrome nécessite un diagnostic rapide pour éviter des répercussions graves pour le cœur et permettre une prise en charge adaptée". Dès l'apparition des symptômes, le premier geste est d'appeler le 15.

Le patient est rapidement pris en charge en unité de soins intensifs cardiologiques, où il doit passer toute une batterie de tests afin de préciser le diagnostic. L'électrocardiogramme, l'échographie cardiaque et les tests sanguins peuvent être complétés par une angio coronarographie et une IRM, afin d'écarter la piste de l'infarctus.

Pour prévenir cette maladie, le mieux est de maintenir un faible niveau de stress. La FFC met d'ailleurs à disposition du grand public une brochure destinée à "combattre le stress pour réduire le risque cardio-vasculaire". N'hésitez pas, également, à tester votre cœur afin de vérifier s'il est en bonne santé.

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