Polyarthrite : une nouvelle thérapie "guérit" complètement 3 patients sur 6 !
La polyarthrite rhumatoïde affecte entre 0,4 % et 0,5 % de la population adulte en France, ce qui fait plus de 300 000 personnes selon les données de l'Assurance maladie. Cette pathologie auto-immune est avant tout féminine, elle touche en moyenne trois femmes pour un homme avant 60 ans.
Au quotidien, l'inflammation de la membrane synoviale déclenche des gonflements douloureux, une raideur matinale prolongée et de sévères destructions ostéoarticulaires. Même si l'arrivée des biothérapies a nettement amélioré la prise en charge, 20 % à 40 % des patients ne répondent pas de manière satisfaisante aux molécules actuelles et cumulent les impasses de traitement.
Pour eux, les travaux publiés ce mois de septembre représentent un espoir. Les résultats de l'essai clinique préliminaire COMPARE, parus dans la revue Nature Medicine, apportent en effet une perspective inédite pour ces situations d'échec répété. Ce protocole novateur adapte à la rhumatologie une technologie de pointe conçue à l'origine pour l'hématologie oncologique, autrement dit pour les cancers du sang.
Cellules CAR-T : une reprogrammation immunitaire face à l'inflammation articulaire
Développée pour neutraliser les leucémies et les lymphomes réfractaires, la thérapie cellulaire par cellules CAR-T (mivocabtagene autoleucel) et aussi testées sur les maladies auto-immunes. Le procédé repose sur le prélèvement des lymphocytes T du patient, modifiés génétiquement en laboratoire afin de traquer l'antigène CD19 présent sur les lymphocytes B pathologiques, avant une réinjection intraveineuse unique.
Ce protocole se met en place après l’arrêt total des traitements antirhumatismaux habituels ainsi qu'une chimiothérapie de lymphodéplétion préalable. Cette étape prépare l'organisme en éliminant le réservoir de lymphocytes B autoréactifs nichés au cœur de la membrane synoviale, des ganglions et de la moelle osseuse.
Les résultats de l'essai COMPARE : une rémission complète pour la moitié des patients
L'essai COMPARE a inclus six patients adultes souffrant d'une forme sévère avec auto-anticorps ACPA, en échec face à une médiane de 6,5 lignes thérapeutiques. Les observations cliniques révèlent une baisse médiane de 34 % du score DAS28-CRP, confirmant une amélioration chez la totalité des volontaires.
Fait marquant : trois patients sur six ont atteint une rémission complète et une réponse ACR70, sans recevoir aucun traitement de fond durant un an de suivi. L'imagerie de pointe TEP-IRM a même montré la disparition totale des foyers inflammatoires articulaires au niveau des genoux. Sur le plan de la tolérance, seul un syndrome de libération des cytokines modéré (grades 1 et 2) s'est manifesté, sans neurotoxicité ni complication menaçante.
Guérison ou rémission : quels sont les défis de la thérapie cellulaire ?
Bien que spectaculaires, ces données incitent néanmoins les chercheurs à la prudence : avec un recul situé entre 36 et 52 semaines, les spécialistes parlent d'une rémission prolongée plutôt que d'une guérison définitive. Ce bénéfice s'explique par un redémarrage complet du système immunitaire : les nouveaux lymphocytes B générés par la moelle osseuse réapparaissent naïfs et sains, tout en conservant les anticorps protecteurs des vaccins antérieurs.
Toutefois, la généralisation se heurte à des contraintes techniques, notamment un procédé autologue complexe, un coût unitaire très élevé et le passage obligé par une hospitalisation sous chimiothérapie. Néanmoins, comme l'attestent d'autres travaux publiés dans The New England Journal of Medicine, cette stratégie s'étend déjà avec succès au lupus érythémateux disséminé, à la sclérodermie et aux myosites inflammatoires.