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Caillots de sang : 1 adulte sur 1000 touché chaque année

Chaque année en France, un adulte sur 1000 est touché par la phlébite. Cette maladie, aussi appelée thrombose veineuse, résulte de la formation d’un caillot de sang dans une veine. "Un caillot sanguin correspond à l’accumulation de cellules sanguines, explique le docteur Ariel Toledano, médecin vasculaire. Celles-ci s’agrègent les unes aux autres pour former un amas qui peut obstruer partiellement ou totalement une veine" et donc empêcher la circulation du sang.

Avec des conséquences parfois dramatiques : "La complication la plus redoutée, c’est l’embolie pulmonaire. Il s’agit d’un caillot qui migre vers le poumon et obstrue une artère pulmonaire, ce qui peut être malheureusement fatal." 10 à 20 000 personnes y succombent chaque année.

Si l’on sait que les risques de caillots sanguins augmentent avec l’âge – après 75 ans, l’incidence est de 5 à 6 personnes sur 1000 –, la présence d’un cancer, à la suite d’une intervention chirurgicale ou en fonction des antécédents familiaux, certaines causes restent moins soupçonnées par la population. Mais tout aussi importantes à connaître, afin de mettre en place une prévention efficace. Voici lesquelles.

Lors d’un vol long-courrier, attention à ne pas rester sans bouger !

Faire un long voyage implique atteindre une destination rêvée, où la détente est totale. Mais attention à ne pas gâcher les vacances avant même d’être arrivé : "Les voyages longs de plus de 6 heures imposent une station immobilisée prolongée, explique le Dr Toledano. L’absence de mouvements entraine une contraction des muscles du mollet qui réduit le retour veineux. Cela peut être aggravé par un état de déshydratation, notamment dans les avions à cause de la pressurisation de la cabine et de l’altitude à laquelle se trouve l’appareil – plus de 10 000 mètres."

Pour limiter les risques, le Dr Michel Dadon, médecin vasculaire et vice-président de la Société Française de Médecine Vasculaire (SFMV), a une astuce toute simple : "mettre en place la règle des trois ‘-tion’, c’est-à-dire l’hydratation, la déambulation et la contention." Lors d’un voyage en avion, en train ou en voiture, pensez donc à boire suffisamment, à vous dégourdir régulièrement les jambes et à porter des bas de contention si nécessaire, pour favoriser la circulation sanguine.

Le tabac participe à la coagulation du sang

Les dégâts de la cigarette sur les poumons sont nombreux, mais le sang en subit également les conséquences. Comme l’explique la Fédération Française de Cardiologie (FFC), "fumer favorise l’agrégation des plaquettes" et "influe sur la coagulation du sang" à cause de la présence d’une protéine – le fibrinogène – en plus grande quantité, le rendant ainsi plus visqueux (1). Autant d’éléments qui participent à la formation de caillots sanguins et donc à la survenue de thrombose.

Bonne nouvelle : ces risques disparaissent rapidement après l’arrêt du tabac, puisque selon le ministère de la Santé, "la dysfonction plaquettaire est normalisée dans les deux semaines suivant le sevrage" (2).

Les personnes obèses ont jusqu’à deux fois plus de risque de développer des caillots

L’obésité va de pair avec un risque accru de diabète et de maladies cardiovasculaires. Mais d’après le Dr Toledano, elle majore également "de 1,5 à 2 fois" le risque de caillots sanguins. Pourquoi ? Car l’obésité "réduit la mobilité et induit une stase veineuse au niveau des membres inférieurs", explique le Dr Dadon, c’est-à-dire la stagnation du sang dans les jambes. D’où l’importance de pratiquer une activité physique régulière et d’adopter une alimentation équilibrée.

Les séjours à l’hôpital "imposant un alitement prolongé" sont particulièrement risqués

Les interventions chirurgicales sont des facteurs de risque considérables de caillots sanguins, de par les saignements importants qu’elles peuvent entraîner. Surtout lorsqu’il s’agit "d’une chirurgie orthopédique, d’une chirurgie de la hanche ou du genou, ou d’une chirurgie viscérale majeure", précise le Dr Dadon. Des causes iatrogènes [troubles provoqués par un traitement médical] peuvent également y être imputées, "comme le cathétérisme" qui peut provoquer une lésion au niveau de la paroi d’une veine.

Mais les caillots sanguins ne se forment pas seulement lorsque l’on est sur la table d’opération : le risque est aussi présent pour "toute hospitalisation imposant un alitement prolongé", explique le Dr Toledano, et donc une immobilisation qui va favoriser la coagulation du sang. Aux États-Unis, on estime d’ailleurs que l’hospitalisation, avec ou sans chirurgie, est la cause de 50% des caillots sanguins ! (3) Sauf contre-indication de la part du médecin, veillez alors à vous lever de votre lit et à marcher régulièrement. Le port de bas de contention peut également s’avérer utile.

5 fois plus de risque de caillots sanguins quand on est enceinte

La grossesse, l’accouchement et le post-partum possèdent leur lot de complications, et parmi elles, on compte les caillots de sang. En effet, selon le Dr Toledano, être enceinte multiplie par cinq les risques d’en souffrir. Et ce, "pour des raisons diverses : la prise de poids, l’explosion hormonale, l’état d’hypercoagulabilité et la pression du bébé au niveau des veines du bas-ventre". À noter que ces risques sont d’autant plus importants lorsque la femme accouche par césarienne, puisqu’elle subit une intervention chirurgicale. Un suivi médical régulier avant et après l’accouchement est donc nécessaire pour les limiter.

Les traitements hormonaux de la ménopause à base d’œstrogènes augmentent les risques de thrombose

Pour limiter les symptômes parfois très incommodants de la ménopause, certaines femmes se voient prescrire un traitement hormonal substitutif (THS). Mais en fonction de la voie d’administration et de l’hormone choisies, celui-ci peut augmenter les risques de thrombose veineuse. En effet, une étude parue en janvier 2019 dans le British Medical Journal (BMJ) révèle que la prise d’un THS sous forme de comprimés est équivalente à neuf cas supplémentaires de thrombose sur 10 000 femmes. Et lorsqu’il s’agit de THS à base d’œstrogènes fabriqués à partir d’urine de cheval, le risque est accru de 15% par rapport à ceux à base d’estradiol synthétique.

Le même phénomène peut être observé avec les pilules contraceptives : "Le risque de thrombose dépend de la nature du progestatif", explique l’Inserm (4). Il est en effet admis que les contraceptifs hormonaux combinés de troisième et de quatrième générations comportent des risques de thrombose plus importants que ceux de première et deuxième générations.

Mais quel est le mécanisme impliqué ? "La pilule et autres médicaments contenant des œstrogènes accentuent le risque de thrombose à cause de la modification de l’équilibre de la coagulation en lien avec l’augmentation de l’activité procoagulante", explique le Dr Toledano. Avant toute prescription, il s’agira donc de discuter des risques avec votre médecin.

Plus on est grand, plus on a de chances de souffrir de varices

Une étude parue en juillet 2017 dans la revue Journal of Thrombosis and Haemostasis a mis en avant un facteur de risque de caillots sanguins des plus surprenants : la taille. En effet, des chercheurs ont observé que le risque de thrombose augmentait de 30 à 40% par dix centimètres supplémentaires. En septembre 2018, une autre étude a, quant à elle, démontré un lien entre la taille et l’apparition de varices (trouble correspond à la dilatation permanente des veines, notamment celles des jambes). Or, "les varices constituent un risque de caillots", affirme le Dr Dadon, qui précise toutefois que celui-ci est faible.

Comment expliquer cette association ? Selon les chercheurs, cela pourrait être dû au fait que les personnes de grande taille ont "une plus grande surface veineuse et un plus grand nombre de valvules veineuses" notamment. Un lien de causalité qui reste à explorer et confirmer.

Caillots sanguins : douleur et gonflement d’un membre sont des symptômes à surveiller

Les symptômes révélant la présence de caillots sanguins sont essentiellement "un gonflement, une rougeur et une douleur au niveau d’un membre", explique le Dr Dadon. Une perte du ballottement du mollet et un signe de Homans, c’est-à-dire "une douleur à ce membre quand on fléchit le pied", sont également des signes à surveiller. Mais les deux spécialistes s’accordent à dire que le diagnostic est difficile à poser, car ces symptômes sont généralement "très frustres" et "très variables". D’où "la nécessité de réaliser des examens complémentaires, notamment un écho-doppler au moindre doute", précise le Dr Toledano.

Comment prévenir la formation de caillots de sang ?

"Pour envisager une bonne prévention, il faut évaluer son risque en fonction de ses antécédents médicaux et de son état général, explique le Dr Toledano. Une personne qui présente une mauvaise circulation veineuse, des antécédents familiaux de phlébite, etc., devra nécessairement prendre plus de précautions notamment quand elle se trouve dans une situation à risque." Ainsi, il est recommandé :

  • D’éviter l’immobilité, car comme l’explique l’Inserm, "toute situation d’immobilité des membres inférieurs favorise la coagulation" : il s’agit là "d’un facteur de risque qui concerne tout le monde", affirme le Dr Dadon. Mais il est d’autant plus important lorsqu’il est corrélé : "Un sujet âgé qui reste assis toute la journée dans son fauteuil a un sur-risque." Pensez donc à pratiquer une activité physique régulière, adaptée à votre âge ;
  • De bien s’hydrater ;
  • De porter des chaussettes, des bas ou des collants de contention, "pour éviter la stase dans les membres inférieurs";
  • D’arrêter de fumer ;
  • De perdre du poids et de manger équilibré.

La phlébite, une maladie chronique

"En cas d’antécédent personnel de phlébite ou de risque élevé, un traitement anticoagulant préventif peut également être prescrit", précise les spécialistes. Il est alors primordial d’en cerner les enjeux et d’avoir "une bonne éducation thérapeutique", car "une fois que l’on a fait une phlébite, on est un sujet à risque de récidive, insiste le Dr Dadon. Il faut que le patient comprenne qu’il fait partie intégrante du traitement, que celui-ci est long car il s’agit quasiment d’une maladie chronique et pas d’un phénomène aigu. Par exemple, une femme qui a fait une thrombose sous pilule sera de nouveau à risque si elle tombe enceinte, la grossesse étant un facteur thrombogène."

Mais la multiplicité des médicaments disponibles gomme quelque peu le caractère contraignant du traitement : "Avant, on avait des traitements univoques – les antivitamines K –, il fallait que les patients s’adaptent à ce traitement. Mais aujourd’hui, on a tellement de molécules possibles que c’est aux médicaments de s’adapter aux patients et à leur profil."

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Sources

Remerciements au Dr Michel Dadon, médecin vasculaire et vice-président de la Société Française de Médecine Vasculaire.

Remerciements au Dr Ariel Toledano, médecin vasculaire, auteur du "Guide pratique de la maladie veineuse thromboembolique", éditions Med Line.

(1) "Les méfaits du tabac sur le cœur et les vaisseaux". Fédération française de cardiologie.

(2) "Les bénéfices du sevrage tabagique". Ministère de la Santé. 2012.

(3) "Stop the Clot, Spread the Word". Centers for Disease Control and Prevention.

(4) "Thrombose veineuse (phlébite)". Inserm. Mis à jour le 7 novembre 2015. 

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