Peste en Russie : "Les risques de contamination pour la France ne sont pas nuls"
L'annonce d'une suspicion de peste pulmonaire à Irkoutsk en Sibérie réveille le spectre d'une maladie infectieuse que beaucoup pensent reléguée aux livres d'histoire. Il n’en est rien, provoquée par la bactérie Yersinia pestis, cette affection continue de sévir par foyers sporadiques sur le globe et mobilise immédiatement les dispositifs d'alerte internationale.
Décès suspect en Sibérie : les faits et l'état d'alerte
Le drame s'est joué au sein de l'Institut de recherche anti-peste de Sibérie et d'Extrême-Orient, où Daria Chipilova, une technicienne de laboratoire âgée de 28 ans, a succombé à une infection fulgurante. Les premiers éléments pointent vers un accident biologique en laboratoire, possiblement lié au bris d'un tube à essai contenant le germe, ayant provoqué une contamination directe par aérosolisation.
Face au risque d'une diffusion respiratoire, les autorités sanitaires locales ont immédiatement ordonné le traçage et l'isolement strict de près de 200 personnes contacts. Si l'administration régionale a ensuite requalifié le décès en « pneumonie d'étiologie inconnue » tout en affirmant que la situation demeurait sous contrôle, les agences de santé internationales suivent l'événement avec la plus grande des attentions.
Formes de l'infection : du bubon à l'atteinte respiratoire
La maladie se manifeste sous deux formes distinctes. La forme bubonique survient après la piqûre d'une puce de rongeur infectée (Xenopsylla cheopis), provoquant un ganglion volumineux et douloureux, appelé bubon. Sans prise en charge, on estime que cette forme entraîne le décès dans 30 % à 60 % des cas. En revanche, la peste pulmonaire présente une issue presque systématiquement fatale en l'absence d'intervention médicale rapide et possède la particularité de se transmettre d'humain à humain par gouttelettes respiratoires.
Autre danger : les premiers signes dela maladie sont trompeurs. Une forte fièvre brutale, des frissons, des céphalées et des courbatures, rapidement suivis d'une toux avec des crachats sanglants, ce qui ressemble à une pneumopathie bactérienne sévère. Comme le rappelle le Pr Emmanuel Piednoir, médecin infectiologue et professeur associé à l’université de Caen Normandie, « la peste peut se traiter par antibiotiques**, mais son diagnostic n’est pas toujours évoqué. » Le temps étant compté, pouvoir reconnaître les premiers signes de la maladie très rapidement est essentiel.
Prise en charge médicale : quelle est la marche à suivre ?
Il faut agir vite : l'antibiothérapie adaptée doit débuter dans les premières 24 heures suivant les signes pulmonaires. Dès la suspicion, les protocoles imposent aussi un isolement respiratoire en chambre à pression négative et le signalement immédiat aux autorités sanitaires. Pour les sujets contacts, une chimioprophylaxie préventive de 7 jours par doxycycline ou ciprofloxacine est prescrite en urgence, doublée d'une surveillance quotidienne de la température. La confirmation bactériologique s'effectue en laboratoire de haute sécurité (L3) par PCR et culture.
Foyer mondial et réalité du risque sur le sol français
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la maladie reste réémergente avec environ 50 000 cas déclarés entre 1990 et 2020, principalement à Madagascar, en République démocratique du Congo ou au Pérou. Quelques cas annuels surviennent même dans l'ouest des États-Unis via les rongeurs sauvages. En France métropolitaine, aucun cas indigène n'a été recensé depuis 1945, date du dernier foyer connu survenu à Ajaccio en Corse.
Si l'Hexagone ne possède pas de réservoir animal sauvage pour cette bactérie découverte en 1894 par le Franco-Suisse Alexandre Yersin, l'éventualité d'un cas importé par les flux aériens est toujours possible. C'est pourquoi le Pr Emmanuel Piednoir souligne que « les risques de contamination pour la France ne sont pas nuls ». Toutefois, on peut se rassurer : nos structures de contrôle et de soin permettraient de stopper rapidement toute chaîne de transmission.
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- Communiqué de presse
- pasteur-lille.fr
- pasteur.fr
- santepubliquefrance.fr