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"Ne ris pas de mon deuil, quand le mien sera vieux, le tien sera neuf", souligne justement un proverbe provençal. Que ce soit après le décès d’un proche ou à la fin d’une relation amoureuse, le deuil est une affaire personnelle dont l’expérience diffère d’une personne à une autre. Les étapes de ce processus se succèdent suivant des ordres et des durées différentes en fonction des individus.

Quelles sont les étapes du deuil ?

Dans son ouvrage "Sur le chagrin et le deuil", la psychiatre Elisabeth Kübler-Ross théorise le processus de deuil et le décrit initialement en 5 étapes : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Ce modèle peut aussi se concevoir en 7 étapes : " qui peuvent intervenir dans un ordre différent et peuvent durer plus ou moins longtemps", nous explique Laure Fillette psychanalyste à Paris.

"Tout le monde ne suit pas les étapes du deuil de manière linéaire, précise-t-elle. Certains commencent le travail de deuil par une phase de colère, par exemple, tandis que d’autres éprouvent tout d’abord de la tristesse. Dans tous les cas, le travail de deuil s’achève sur l’acceptation de l’expérience vécue et sur un réinvestissement adapté de la vie quotidienne".

Les 7 étapes du deuil

  • Le choc : il s’agit d’une phase, normalement brève, qui suit l’annonce du décès du proche. La personne, affligée par la perte, se trouve en état de sidération et ne parvient pas à intégrer immédiatement l’information. On est sonné, on ne parvient plus à penser ni à verbaliser son ressenti de manière adapté: c’est le traumatisme.
  • Le déni : c’est le refus de croire à cette information. Cet état de déni peut durer plus ou moins longtemps et entraine une contestation ainsi que le rejet de l’information. On se dit : "non, ce n’est pas vrai, je dois être en train de faire un cauchemar".
  • La colère et le marchandage : Ces sentiments sont liés à une confrontation progressive avec la réalité des faits. La personne peut être agressive envers elle-même et les autres. Elle cherche des moyens pour conjurer la situation, des "pensées magiques" peuvent apparaître. On se dit "si je fais telle chose ou telle autre, cela va se réparer et mon aimé va revenir ".
  • La tristesse : Cette étape arrive avec son lot de désespoir. C’est le moment où la réalité de la perte est intégrée et, progressivement, douloureusement acceptée. On peut observer un effondrement dépressif qui traduit, au plan clinique, ce processus. On se dit : "à quoi bon? "
  • La résignation : Cette étape accompagne, et fait logiquement, suite à la phase de tristesse. Le sujet se résigne à accepter la réalité de sa situation. Les affects dépressifs reste souvent marqués pendant cette période. On se dit "je suis en train de subir une terrible injustice".
  • L’acception : Le sujet, s’étant résigné à accepter le principe de réalité du "vivre sans", parvient idéalement à entamer le processus de réinvestissement plus ou moins actif de la vie quotidienne. On se dit : "je dois faire avec ".
  • La reconstruction : il s’agit de la dernière étape qui permet de retrouver un quotidien dont le rythme se rapproche de la normalité au sens de la personne concernée. Le sujet parvient, de nouveau, à se projeter dans l’avenir. On se remet à vivre d’une manière qui nous paraît normale.

Faire face à la culpabilité

Être vivant alors que l’être cher n’est plus constitue une expérience terriblement injuste. C’est d’autant plus le cas lors d’une mort violente, inattendue ou encore à l’occasion de la perte tragique d’un enfant. "Le sentiment de culpabilité est souvent majeur et peut perdurer longtemps. Au départ, un coupable est désespérément recherché afin de donner du sens au vécu sidérant et à l’intense douleur morale. Et s’il n’en existe aucun, alors on s’accable soi-même. Il faut du temps pour trouver une perspective plus juste, pour analyser de manière plus rationnelle la perte de son proche. Et, lorsqu’on parvient à trouver la bonne distance, une culpabilité liée au soulagement éprouvé peut apparaître. Le sujet angoisse et culpabilise à l’idée d’accepter la perte, d’abandonner le proche, de le laisser « tout seul ", explique la psychothérapeute. Accepter la mort ne veut pas dire la nier, de même que faire son deuil ne signifie pas oublier l’existence du défunt. Il faut pourtant continuer à vivre, avec le souvenir de l’être aimé mais sans être paralysé par la peine.

Accepter et représenter le manque de l’être aimé

En fonction des circonstances de la disparition et de personnalité de l’individu, "la sensation de manque peut être très variable". Si la douleur liée au manque peut persister, il faut faire en sorte qu’elle n’envahisse pas le quotidien et, in fine, le sujet a besoin de trouver des moyens de "transformer" sa peine afin de la rendre "représentable". Représenter le manque, c’est parvenir à donner une place symbolique à l’aimé disparu. Et c’est le fait de donner cette place symbolique au proche décédé qui permet de réinvestir la vie. Certaines personnes, par exemple, instaurent des rituels où les membres de la famille se réunissent pour rendre hommage à la personne décédée ou ont une pensée en particulier à une date anniversaire. "Il n'y a pas de fatalité à ce que la douleur qui, au départ, infiltre le quotidien, dure toute la vie. La majorité des endeuillés parviennent, in fine, à donner une place symbolique au proche décédé", insiste la spécialiste.

Se réinvestir pour reconstruire sa vie

Le travail de deuil est très différent d’une personne à une autre. Mais, pour Laure Fillette, c’est le réinvestissement qui permet d’achever le processus de deuil : "L'objectif, en tant que thérapeute est vraiment d'accompagner le patient dans l’expression de sa peine, dans son récit de l’expérience du manque et dans le réinvestissement progressif de la vie quotidienne. Le deuil implique toujours une perte, qu’il s'agisse du décès de quelqu’un, d’un licenciement ou de la fin d’une relation.Le sujet qui parvient à faire son deuil réussit toujours à accepter le manque de l’objet aimé puis à le réinvestir, différemment. En réalité, il s’agit toujours de reprendre goût à la vie et à la relation à l’autre. Parvenir à accepter la perte d’un aimé c’est pouvoir redonner à autrui le statut d’être cher. Lorsqu’on a fait son deuil, on a accepté le fait qu’on ne peut pas retrouver la relation perdue, mais on néanmoins a envie d’investir les relations existantes."

Le processus de deuil est une expérience qui comporte des hauts et des bas. Il peut être utile de se faire accompagner pour la traverser. "Le thérapeute est là pour écouter et accompagner le patient. Il peut éventuellement le soutenir activement, le moment venu, mais, contrairement à l’entourage qui souhaite voir l’endeuillé se remettre le plus rapidement possible, le spécialiste accepte de manière inconditionnelle que ce processus prend du temps".

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Sources

Merci à Laure Fillette, psychanalyste à Paris.

mots-clés : deuil, psychologie, Perte
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