Nouveau scandale avec la viande de cheval : un vaste trafic démantelé en Europe

Publié par S. Coucke-Haddad
le 16/09/2026
viande hachée
Istock
Photo d'illustration
Treize ans après l'affaire Spanghero, Europol et la justice européenne viennent de démanteler un vaste réseau criminel qui falsifiait les documents d'identification de chevaux impropres à la consommation pour les réintroduire dans les abattoirs.
 

L'association Que Choisir rapporte qu’une vaste opération judiciaire internationale coordonnée par Europol vient de mettre au jour une filière clandestine de viande équine au cœur de l'Union européenne. Un air de déjà-vu ? Les enquêteurs tentent désormais de déterminer si ces carcasses chargées de résidus médicamenteux ont franchi les contrôles pour intégrer les assiettes des consommateurs, sous forme de découpes fraîches ou de plats cuisinés industriels.

Viande de cheval : un coup de filet coordonné dans quatre pays européens

Les 8 et 9 septembre derniers, près de 200 enquêteurs ont mené une vaste opération coordonnée par Europol et le parquet de Flandre-Orientale en Belgique, en Irlande, aux Pays-Bas et en France. Ce déploiement transfrontalier a donné lieu à 24 perquisitions simultanées et à l'arrestation de trois suspects en Belgique et à la saisie de plus de 100 000 euros en liquide.

Sur le territoire français, 65 gendarmes ont inspecté neuf sites répartis dans six départements, notamment le Gard, la Mayenne et la Gironde. Les forces de l'ordre ont contrôlé 580 équidés, et procédé à la saisie immédiate de 70 chevaux, ainsi que de produits vétérinaires non autorisés et de deux transpondeurs de micropuces, rapporte encore Que Choisir. D’après les premiers résultats de l’enquête, le réseau maquillait les passeports sanitaires et remplaçait les puces sous-cutanées afin d'effacer les traitements vétérinaires des bêtes, ce qui leur permettait de revendre ces chevaux réformés jusqu'à 1 500 euros l'unité aux abattoirs.

Pourquoi ces animaux représentent-ils un danger pour la santé ?

En France, environ 83 % du cheptel équin se compose d'animaux de selle, de course ou de loisir, automatiquement exclus de l'alimentation humaine. En effet, ces animaux reçoivent de multiples traitements médicamenteux durant leur vie, à commencer par la phénylbutazone, un anti-inflammatoire non stéroïdien strictement interdit pour les animaux de boucherie en raison de l'absence de limite maximale de résidus.

Comme le souligne une évaluation conjointe de l'EFSA et de l'Agence européenne des médicaments (EMA), cette molécule présente une toxicité avérée chez l'homme, pouvant provoquer de rares atteintes hématologiques comme l'anémie aplasique. A cela s'ajoute un autre risque : le non respect des délais d'attente après l'injection d'antibiotiques, ce qui favorise également la présence de résidus chimiques dans les tissus et aggrave les menaces d'antibiorésistance pour les consommateurs.

Comment expliquer que du cheval puisse (à nouveau) se retrouver dans nos assiettes ?

Comment expliquer ce nouveau scandale ? Cette fraude est en partie due à l'absence d'un registre centralisé et interconnecté des passeports équins à l'échelle européenne, ce qui facilite grandement la falsification transfrontalière des identifiants. Les associations dénoncent parallèlement le recul des effectifs d'inspection au sein de la répression des fraudes (DGCCRF) et des services vétérinaires de la DGAL.

Pour les propriétaires peu scrupuleux, ces filières illégales représentent de sacrées économies. Les frais d’euthanasie et d’équarrissage à la charge des propriétaires pour un cheval oscillent entre 300 et 800 euros, alors que la filière clandestine offre une rentrée d'argent rapide. De plus, la consommation française de viande chevaline a chuté de plus de 84 % depuis 2000 pour atteindre 4 700 tonnes en 2025, réduisant de fait les filières légales et incitant des intermédiaires à contourner les barrières sanitaires.

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  • Que Choisir Ensemble
  • European Food Safety Authority (EFSA), European Medicines Agency (EMA). Joint EFSA/EMA statement on the presence of residues of phenylbutazone in horse meat and the possible risk to human health. EFSA Journal, vol. 11, n° 4, p. 3190, 15 avril 2013. DOI : 10.2903/j.efsa.2013.3190.
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