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© IstockPar définition, une méningite correspond à une inflammation des membranes cérébrales et/ou de la moelle épinière. Si elle peut être due à un virus, une bactérie, un parasite ou encore un champignon, d'autres causes sont également possibles comme certains cancers, certaines maladies auto-immunes ou agents iatrogènes. Parmi ces agents iatrogènes, on peut retrouver les médicaments : on parle alors de méningite aseptique d'origine médicamenteuse. Une étude rétrospective de pharmacovigilance recensant tous les cas documentés de ce type de méningite en France – plus de 300 cas au total – est actuellement en cours de finalisation par le centre régional de pharmacovigilance de Paris Pitié-Salpêtrière.

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Ibuprofène, Aspégic®… : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent entraîner une méningite

Selon le Dr Kévin Bihan, pharmacien pharmacologue au centre régional de pharmacovigilance de Paris Pitié-Salpêtrière, il en ressort déjà des éléments importants, notamment concernant la nature des médicaments impliqués dans la survenue de méningites aseptiques, à savoir certains anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Ibuprofène, Nurofen®, Aspégic®… Utilisés dans le traitement des douleurs, des rhumatismes jusqu’aux règles douloureuses, ils font sûrement partie des classes de médicaments les plus achetées, avec ou sans ordonnance. Outre l’inflammation des méninges, les AINS comporteraient des risques cardiovasculaires et hépatiques.

Bactrim® et médicaments à base d’amoxicilline : certains antibiotiques dans le viseur

Selon Santé publique France, en 2016, la consommation globale d’antibiotiques s’élevait à 30,3 doses pour 1000 habitants et par jour. Ces derniers sont prescrits contre les infections bactériennes ; ils sont en revanche inefficaces contre les virus (infections virales). Les médicaments à base d’amoxicilline et l'association sulfaméthoxazole/triméthoprime (Bactrim®) sont les antibiotiques les plus représentés dans l'apparition de méningites aseptiques d'origine médicamenteuse.

Clairyg®, Tégéline®… : des immunoglobulines potentiellement dangereuses

Clairyg®, Tégéline®… : des immunoglobulines potentiellement dangereuses© IstockLes immunoglobulines sont des protéines naturellement présentes dans le sang et qui "agissent comme des anticorps pour combattre l’infection", selon la définition de la Fondation contre le Cancer. On peut également les retrouver sous forme de médicaments à partir de dons de sang, administrés notamment par voie intraveineuse. "Leurs indications sont multiples malgré des mécanismes d'action parfois inexpliqués, précise le Dr Bihan. La manipulation de ces médicaments coûteux se fait généralement dans le milieu hospitalier."

Adalimumab, cetuximab, infliximab… : des anticorps monoclonaux suspects ?

Selon l’Institut Curie, "les anticorps monoclonaux sont des molécules naturellement produites par le système immunitaire" qui peuvent être injectées en vue de lutter contre les cellules tumorales. Ils peuvent être également utilisés dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde ou encore de la maladie de Crohn. D'après le Dr Bihan, "une vingtaine de cas de méningites aseptiques sont rapportés dans la base nationale de pharmacovigilance sous anticorps monoclonal (tous confondus), dont les principaux sont adalimumab, cetuximab et infliximab".

Certains vaccins pourraient avoir la méningite comme effet indésirable

Certains vaccins pourraient avoir la méningite comme effet indésirable© Istock"Quelques rares cas de méningites aseptiques ont été rapportés après une vaccination, le principal étant celui de la fièvre jaune, affirme le Dr Bihan. Mais cela reste exceptionnel et ne concerne que quelques cas isolés." Au contraire, les effets secondaires de la vaccination que l’on rencontre le plus souvent sont une légère fièvre, des maux de tête, des courbatures et une douleur au point de piqûre. Ils sont sans gravité.

Méningite médicamenteuse : une allergie ou une toxicité suspectée

Les mécanismes impliqués dans la survenue de ces méningites aseptiques d'origine médicamenteuse restent flous, c’est pourquoi "il n'est pas possible de déterminer avec certitude leurs facteurs de risque potentiels", indique le Dr Bihan. Toutefois, il explique que les deux principales hypothèses sont des "réactions d’hypersensibilité, qui renvoient à l’immuno-allergie" ou des "mécanismes directement toxiques sur les méninges". Dans ce deuxième cas, plusieurs facteurs pourraient contribuer à cette inflammation des méninges comme "la nature même du médicament mais aussi la dose, la pathologie traitée, etc.".

Des facteurs mécaniques tels que la voie d’administration sont également à considérer dans la survenue de méningites aseptiques d'origine médicamenteuse. "On suppose par exemple qu’un médicament administré par voie intrathécale, c’est-à-dire directement au niveau du système nerveux central dans le liquide céphalo-rachidien (LCR), pourrait favoriser ou induire cette inflammation méningée."

Méningite médicamenteuse : les symptômes diffèrent-ils de ceux des autres types de méningite ?

Méningite médicamenteuse : les symptômes diffèrent-ils de ceux des autres types de méningite ?© IstockFièvre, maux de tête, raideur de la nuque : les principaux symptômes de la méningite sont bien connus. Mais en cas de méningite médicamenteuse, retrouve-t-on les mêmes signes ? Quelques indices permettent en effet de mettre la puce à l’oreille : "Sur le plan clinique, on ne peut pas vraiment différencier une méningite aseptique d'origine médicamenteuse d’une méningite infectieuse par exemple, concède le Dr Bihan, si ce n’est que souvent, ce sont des tableaux un peu moins francs. En cas de méningite médicamenteuse, il n’y a pas forcément cette triade de symptômes. Il peut simplement y avoir des céphalées associées à de la fièvre, ou des raideurs de la nuque mais sans fièvre..."

Le diagnostic de la méningite repose sur une ponction lombaire permettant d’analyser le LCR. Cet examen indispensable permettra d'attester d'une inflammation mais aussi d’identifier son origine (virale, bactérienne, etc.) : "Dans le cas d’une méningite médicamenteuse, la grosse différence sur le plan biologique, c’est que le LCR est bien entendu inflammatoire mais il est surtout aseptique, c’est-à-dire que l’on n’a pas retrouvé les germes classiquement recherchés dans les méningites infectieuses", explique le Dr Bihan.

Mais ce dernier insiste : "Il s’agit d’un diagnostic d’exclusion, car la méningite médicamenteuse n’est pas quelque chose de fréquent. Il faut avoir fait toute la batterie de recherches notamment d’une méningite infectieuse avant de pouvoir attester ou suspecter très fortement une origine médicamenteuse. En l'absence d'une cause clairement identifiée, une origine médicamenteuse peut alors être suspectée et recherchée."

Méningite médicamenteuse : un diagnostic d'exclusion

Méningite médicamenteuse : un diagnostic d'exclusion© IstockSi les symptômes de la méningite médicamenteuse diffèrent légèrement de ceux des autres types de méningite, la prise en charge initiale est sensiblement la même : "Il s’agira de traiter la méningite médicamenteuse comme toute suspicion de méningite avant d’avoir les résultats de la ponction lombaire, explique le Dr Bihan. Si les praticiens estiment qu’il y a besoin d’une antibiothérapie probabiliste, il faut la mettre en place. En revanche, s’il n’y a pas de signes de gravité ou d’urgence, on peut très bien attendre les résultats de la ponction lombaire. Dans tous les cas, encore une fois, la méningite d'origine médicamenteuse est de façon quasi constante un diagnostic d'exclusion."

Lorsque le diagnostic est en faveur d'une méningite d’origine médicamenteuse, le traitement consiste tout bonnement en l’arrêt du médicament suspect,"avec une surveillance adaptée au contexte clinique et biologique du patient. Un traitement symptomatique peut également être proposé en fonction du contexte. Il s'agira par exemple de traiter la fièvre par du paracétamol jusqu'à résolution des symptômes."

Il est important de constater que le médicament soupçonné peut très souvent être réintroduit. En effet, "les cas recensés de méningites médicamenteuses ne sont globalement pas très graves et les symptômes disparaissent généralement totalement sans laisser de séquelles, assure le Dr Bihan. En pratique, on ne contre-indique généralement pas la réintroduction ultérieure du médicament, même s'il a fortement été suspecté. Cette réintroduction est une décision médicale qui dépendra de plusieurs paramètres dont le rapport bénéfice/risque, les alternatives existantes, etc.".

Méningite médicamenteuse : attention au biais protopathique

Méningite médicamenteuse : attention au biais protopathique © IstockCette analyse peut parfois s'avérer complexe du fait notamment du biais protopathique, "c'est-à-dire que l'on identifie à tort un médicament comme étant la cause potentielle de cette méningite, lorsque celui-ci a été pris (souvent en automédication) pour en traiter les premiers symptômes", précise le Dr Bihan. En effet, l’apparition des symptômes peut précéder et justifier la prise du médicament : ce dernier ne sera donc pas la cause de la méningite mais plutôt sa conséquence.

Aux équipes de pharmacovigilance d’évaluer ensuite l’intérêt et la nécessité de préciser ce potentiel effet indésirable sur la notice du médicament, sachant que pour ce faire "il doit y avoir plusieurs cas et ceux-ci doivent être suffisamment documentés", explique le Dr Bihan. En cas de suspicion de méningite médicamenteuse, il convient de se référer à un médecin "et dans un second temps aux centres régionaux de pharmacovigilance, qui se chargera de l'analyse et de l'enregistrement de ce cas".

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Sources

Remerciements au Dr Kévin Bihan, pharmacien pharmacologue.

"Consommation d'antibiotiques et résistance aux antibiotiques en France : soyons concernés, soyons responsables". Santé publique France. 15 novembre 2017.

"Immunoglobuline". Fondation contre le Cancer.

"Anticorps monoclonaux". Institut Curie. 23 mars 2017.

"Effets indésirables et sécurité". Vaccination Info Service.

Vidéo : Méningite : les signes qui doivent alerter

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