Souffrir d’asthme pourrait finalement ne pas avoir que des inconvénients. Il y a une quinzaine d’années, des neurologues américains avaient constaté que les asthmatiques développaient moins de tumeurs cérébrales. On sait désormais pourquoi les personnes asthmatiques semblent être moins susceptibles de développer des tumeurs cérébrales que les autres grâce aux travaux des chercheurs de l’école de médecine de l’université de Washington à Saint Louis, aux États-Unis. Ils viennent de révéler dans une étude publiée le 8 décembre dernier dans la revue Nature Communicationscomment l’asthme protège ceux qui en souffrent des tumeurs au cerveau. Cette spécificité serait liée à la sécrétion par les personnes souffrant d’asthme d’une protéine appelée décorine. En effet, si elle est très néfaste pour l’asthme, qu’elle aggrave, elle pourrait en revanche se révéler être un allié redoutable pour traiter certaines tumeurs du cerveau, dont le cancer des voies optiques.

Nouvelle approche pour traiter les tumeurs cérébrales

"Une mauvaise nouvelle pour les voies respiratoires peut être une bonne nouvelle pour le cerveau" expliquent les scientifiques. En pratique, c’est le comportement des cellules T, un type de cellules immunitaires, qui semblent en cause. Quand des personnes sont atteintes d’asthme, elles s'activent. L'étude américaine démontre que les cellules T qui induisent une inflammation des poumons empêchent en parallèle la croissance de tumeurs cérébrales. Une découverte qui suggère que la reprogrammation des cellules T chez les patients atteints de tumeurs cérébrales pourrait être une nouvelle approche pour traiter les tumeurs cérébrales. "Bien sûr, nous n'allons pas commencer à provoquer de l'asthme, qui peut être une maladie mortelle, chez qui que ce soit", souligne le Pr David Guttman, principal auteur de l'étude. Selon lui, le but serait de "reprogrammer des cellules T chez les patients atteints de tumeurs cérébrales pour qu'elles agissent davantage comme des cellules T de patients asthmatiques pourrait être une nouvelle approche pour traiter ces tumeurs".

Pour arriver à ces conclusions, les chercheurs ont exposé des groupes de souris à des irritants qui provoquent de l'asthme de l'âge de 4 semaines à 6 semaines. Ils ont ensuite traité un groupe témoin avec de l'eau salée à titre de comparaison. Après avoir recherché des gliomes de la voie optique à 3 mois et 6 mois, les scientifiques ont constaté que les souris asthmatiques n’avaient pas formé ces tumeurs cérébrales. Après que les souris aient développé de l'asthme, leurs cellules T ont commencé à sécréter une protéine appelée décorine, bien connue des chercheurs sur l'asthme. Cette protéine est déjà connue des spécialistes de l’asthme car elle aggrave les symptômes dans les voies respiratoires. Toutefois, cette protéine est bénéfique pour le cerveau puisqu’elle bloque l’activation de cellules appelées microglies, qui sont liées à la croissance de tumeurs au cerveau.

Selon les auteurs de l’étude, "cela montre qu’il existe une communication entre les cellules T dans le corps et les cellules dans le cerveau qui soutiennent la croissance des gliomes de la voie optique". La prochaine étape est de voir si cela est vrai pour d’autres types de tumeurs cérébrales. "Au fur et à mesure que nous comprendrons ce lien entre les cellules T et les cellules qui favorisent les tumeurs cérébrales, nous trouverons des opportunités pour développer des thérapies capables d’intervenir dans le processus", concluent les scientifiques.

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Sources

Asthma reduces glioma formation by T cell decorin-mediated inhibition of microglia, Nature communications, décembre 2021.

https://www.topsante.com/medecine/maladies-chroniques/asthme/asthme-et-tumeurs-du-cerveau-647486

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