Foie : les chercheurs trouvent comment soigner cette maladie courante
Le virus responsable de l'hépatite E figure au sixième rang des agents pathogènes présentant le plus haut risque de transmission de l'animal vers l'être humain. Face à cette menace silencieuse, la recherche s'accélère. Selon une étude allemande publiée dans la revue JHEP Reports début mai 2026, une équipe de scientifiques a démontré qu'il est possible de neutraliser ce pathogène en s'attaquant à son matériel génétique.
Hépatite : une maladie fréquente aux options thérapeutiques limitées
Le virus de l'hépatite E représente un immense fardeau sanitaire à l'échelle de la planète. Il provoque chaque année près de 20 millions d'infections et entraîne entre 3 450 et 70 000 décès dans le monde.
Si l'infection passe souvent inaperçue avec peu ou pas de symptômes, elle déclenche parfois de graves complications. Elle devient chronique chez les patients immunodéprimés et provoque des hépatites fulminantes chez les femmes enceintes.
Face à ce danger, les médecins font face à une impasse. Le seul traitement utilisé, la ribavirine, est prescrit hors de son indication initiale. Cette molécule présente une forte toxicité pour le fœtus et voit son efficacité chuter à cause de l'émergence de souches résistantes.
Des ciseaux moléculaires pour découper le virus
Pour surmonter ces obstacles, la science se tourne vers une approche génétique novatrice. Contrairement au célèbre système CRISPR-Cas9 qui coupe l'ADN, la technologie Cas13d cible spécifiquement l'ARN. Cela tombe bien, car le matériel génétique du virus de l'hépatite E est justement constitué d'ARN.
Les chercheurs ont conçu de courts segments appelés ARN guides. Ces derniers agissent comme des têtes chercheuses capables de repérer des séquences précises du génome viral pour diriger l'enzyme Cas13d vers sa cible.
Cette méthode garantit une précision chirurgicale. Les résultats de l'étude prouvent que ce dispositif attaque le virus de manière spécifique, préservant ainsi la santé des cellules humaines saines.
Réduire drastiquement l'infectiosité de la maladie
Les scientifiques ont remarqué que le fait de cibler une région bien particulière du génome viral, nommée ORF1, permet de bloquer la multiplication du virus avec une grande efficacité.
En s'appuyant sur une version optimisée du système, le Cas13d-NCS, les équipes de recherche ont réussi à réduire l'infectivité du virus de 90 % dans leurs modèles cellulaires.
Cette action ne se contente pas de freiner la réplication de la maladie. Le traitement fait chuter la production de nouvelles particules virales infectieuses, empêchant ainsi la propagation de l'infection dans le foie.
Une parade contre l'évolution rapide du pathogène
Le virus de l'hépatite E évolue et mute rapidement. Cette caractéristique rend la création de médicaments durables particulièrement complexe.
Pourtant, le système Cas13d apporte une solution. Grâce à des analyses bioinformatiques poussées, les chercheurs ont prouvé que l'association de seulement trois à quatre ARN guides suffit pour cibler efficacement jusqu'à 95 % des variants connus de l'hépatite E. Ce dispositif possède la particularité de traiter son propre réseau de guides pour frapper plusieurs zones du virus simultanément.
Ces données constituent une preuve de concept très solide. La prochaine étape visera à concevoir des méthodes d'administration sûres pour acheminer ces ciseaux génétiques directement dans l'organisme des malades.
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- Richter E, Klöhn M, Nocke M ...
**Development of a CRISPR-Cas13-based antiviral strategy against hepatitis E virus
**JHEP Reports, 2026; 0