Lombalgie aiguë ou chronique : quelles différences ?

Certifié par nos experts médicaux MedisiteLa lombalgie aussi appelée lumbago est une pathologie fréquente chez les adultes de plus de 30 ans. Elle se manifeste par des douleurs dans le bas du dos, lesquelles rendent les mouvements difficiles. La lombalgie aiguë est d’une durée brève tandis qu’une lombalgie chronique peut s’installer pendant plusieurs mois. Explications.
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Sommaire

Lombalgie aiguë / chronique : quèsaco ?

La lombalgie aussi appelée « lumbago » ou plus anciennement « tour de reins » désigne un mal en bas du dos au niveau des lombaires.

Nous distinguons la lombalgie commune, d’origine mécanique et la lombalgie spécifique qui est secondaire à une maladie : "la lombalgie n’est qu’un terme général se rapportant à une douleur lombaire symptomatique. C’est en réalité ‘un fourre-tout’ et il est prépondérant de déceler l’origine de la lombalgie pour la traiter de la meilleure façon", explique le docteur Emmanuel Maheu rhumatologue.

  • La lombalgie commune peut être spontanée ou consécutive d’un effort excessif, d’une rotation brutale ou d’une mauvaise posture prolongée. Elle résulte d’une atteinte d’une ou de plusieurs structure(s) du dos telles que les muscles ou les ligaments. La douleur, violente, brutale, peut rendre les mouvements très difficiles à effectuer, voire impossibles. On est alors face à un blocage. Si la douleur s’installe pendant plus de trois mois d’affilée, on parle de lumbago chronique par opposition au lumbago aigu d’une durée de quelques jours à semaines. Enfin, le lumbago récidivant se caractérise par des épisodes douloureux répétitifs sur plusieurs mois ou années. Parfois la lombalgie se complique lorsqu’elle entraine l’irritation d’un nerf. La douleur descend alors dans le membre inférieur. Suivant la racine nerveuse touchée, nous parlons de sciatique ou de cruralgie.
  • La lombalgie spécifique est le symptôme d’une maladie (pathologie inflammatoire ou infectieuse, cancer) ou d’une fracture osseuse. Elle peut être aiguë ou chronique en fonction de la pathologie causale et de sa prise en charge.

Les symptômes de la lombalgie aiguë / chronique : quelles différences ?

La lombalgie se caractérise par une douleur plus ou moins intense au niveau de la ceinture lombaire postérieure au niveau des reins. Elle diffère selon que la lombalgie soit aiguë ou chronique :

Lombalgie aiguë

Lombalgie chronique

Le mode d’installation de la douleur

Apparition brutale consécutive à un faux mouvement ou à une mauvaise posture prolongée.

Apparition souvent progressive et sans élément déclencheur déterminé.

Évolution de la douleur

Diminution au fil des jours.

Stabilisation voire aggravation sur plus de 3 mois.

Les horaires de la douleur

Douleur mécanique aggravée par le mouvement. Elle peut être maximale le matin (lorsque les muscles sont froids) ou en fin de journée en raison de la fatigue.

Douleur latente et permanente, même au repos. En cas d’inflammation chronique, la douleur peut sévir la nuit altérant la qualité du sommeil voire empêchant l’endormissement.

Les irradiations

Aucune irradiation douloureuse à moins que le pincement du nerf sciatique ou crural n’accompagne la lombalgie (la douleur peut alors irradier dans les membres inférieurs).

La douleur lombaire peut elle-même résulter de l’irradiation de l’atteinte d’un autre organe (rein, voies urinaires, appareil génital, aorte, méninges, moelle épinière…)

Les symptômes associés

Aucun autre symptôme.

Il peut y avoir d’autres symptômes associés tels qu’une altération de l’état général ou des troubles neurologiques : ils sont des critères de gravité.

En cas d’arthrose, d’autres articulations du corps peuvent être douloureuses.

En cas de pathologie chronique (spondylarthrite, tumeur…) : d’autres douleurs sont généralement associées.

Des symptômes anxio-depressifs mettent sur la voie d’une lombalgie chronique d’origine psychogène liée à un trouble anxieux, au stress ou à une dépression sous-jacente.

Quelles sont les causes de la lombalgie aiguë/ chronique ?

Comprendre la lombalgie chronique

La lombalgie chronique est souvent liée à l’âge en raison de la dégénérescence des tissus. L’origine de la douleur peut provenir de diverses structures :

Les disques intervertébraux

Un disque intervertébral est un cartilage fibreux, qui se trouve entre presque toutes les vertèbres de la colonne vertébrale (sauf entre C1/C2). Il maintient les vertèbres ensemble et leur permet un faible mouvement. Son rôle d'amortisseur en cas de choc est crucial. Ainsi son altération physiologique liée au vieillissement peut expliquer des douleurs lombaires ou lombalgies. Leur dégénérescence est décelable au scanner ou à l’IRM. Avec le temps, le disque s’affaisse et devient plus large que la vertèbre. Ce phénomène est aussi à l’origine de la hernie discale fréquente après 50 ans (le disque déborde alors de la vertèbre de façon très localisée) : « toutefois, la hernie discale est souvent asymptomatique et n’est pas forcément la cause de douleurs lombaires », précise le rhumatologue.

Les vertèbres

Concerne les 5 vertèbres situées au niveau des lombaires au-dessus du sacrum. Elles peuvent être douloureuses si leurs bords (plateaux) sont usés à cause de l’âge. Il est possible de visualiser leur dégénérescence à l’IRM.

Une fracture vertébrale lombaire est plus rare que les fractures dorsales ou cervicales. Elle est le plus souvent d’origine ostéoporotique, mais peut résulter d’un traumatisme. Elle peut être responsable d’une lombalgie chronique.

Les articulations

Les facettes articulaires antérieures et postérieures de la vertèbre sont recouvertes de cartilages. Avec le temps l’usure du cartilage est à l’origine de la douleur liée au contact "os sur os". L’inflammation est la conséquence directe de cette dégénérescence, nous parlons alors d’arthrose. Cette dernière concerne généralement une seule articulation (contrairement à la polyarthrose qui touche au moins 5 articulations du corps).

À noter que la lombalgie chronique peut aussi être liée :

  • à une pathologie inflammatoire, infectieuse ou tumorale ;
  • à une atteinte d’un autre organe dont la douleur irradie dans les lombaires ;
  • au stress, à l’anxiété ou à une dépression sous-jacente (douleurs d’ordre psychogènes et tensions musculaires) ;
  • à une fibromyalgie, maladie caractérisée par une diminution de l’activité de certains neuromédiateurs dont résulte une hypersensibilité à la douleur (1).

Comprendre la lombalgie aiguë

La lombalgie aiguë est dans la majorité des cas liée à une atteinte musculaire ou ligamentaire. Les douleurs aiguës sont susceptibles de se chroniciser si la cause de la douleur n’est pas supprimée (telle qu’une mauvaise position devant son poste de travail par exemple).

Les muscles

Une mauvaise position prolongée peut provoquer une contracture musculaire tandis qu’un mouvement brutal peut être à l’origine d’une déchirure du muscle.

Les ligaments

Nous avons des petits ligaments intervertébraux et des plus gros ligaments comme le ligament vertébral postérieur. Ce dernier peut être responsable de douleurs puissantes lorsqu’un disque intervertébral l’effleure. En cas de mouvement brutal il peut aussi y avoir une entorse ligamentaire.

À noter que lorsqu’il y a le pincement d’un nerf, nous parlons de lombo-radiculalgie : "ce n’est pas une lombalgie à proprement parler", ajoute le spécialiste. Suivant le nerf irrité, il peut s’agir d’une sciatique ou d’une cruralgie. La douleur descend alors généralement au niveau de la jambe. Ces affections sont le plus souvent la conséquence de l’arthrose ou d’une hernie discale.

Comment se déclenche une lombalgie ?

Un dysfonctionnement mécanique

Dans la majorité des cas, la lombalgie est un dysfonctionnement mécanique : nous parlons de lombalgie commune. Elle résulte souvent d’une atteinte musculaire ou ligamentaire. Bien souvent, elle se déclenche après un faux mouvement :

  • un redressement mal effectué (se lever les jambes tendues notamment, au lieu d’avoir les jambes pliées) ;
  • le port de charges dans une mauvaise position ;
  • après des quintes de toux ;
  • des efforts répétés (dans le cadre de certaines professions)…

Le dos alors "se bloque", tandis que des douleurs irradient au niveau lombaire. Si la cause de la douleur n’est pas supprimée, la lombalgie risque de se chroniciser.

La lombalgie commune peut aussi avoir une origine psychologique : un état dépressif ou anxieux favorise sa chronicité. Enfin certaines douleurs résistantes s'expliquent aussi par une dysfonction de la transmission nerveuse (fibromyalgie).

Le symptôme d’une maladie

Dans une minorité de cas, la lombalgie est un symptôme d’une autre maladie ou d’une fracture osseuse : nous parlons de lombalgie secondaire. Dans ce cas, les douleurs sont souvent chroniques et/ou récidivantes. Les pathologies causales sont :

  • une affection rhumatismale inflammatoire comme la spondylarthrite chez le sujet jeune ou encore l’arthrose après 40 ans ;
  • une tumeur vertébrale ou des métastases d’un cancer ;
  • une maladie hématologique (lymphome) ;
  • un tassement vertébral dans un contexte d’ostéoporose chez le sujet âgé de plus de 60 ans ;
  • une maladie infectieuse (infection d’un disque vertébral ou encore un zona intercostal) ;
  • une pathologie d’un autre organe dont la douleur irradie dans le dos (colique hépatique ou néphrétique, atteinte cardiaque, pancréatique ou pulmonaire).
  • Un kyste arachnoïdien ou kyste de Tarlov (3).

Quels sont les facteurs de risques de la lombalgie aiguë et chronique ?

Lombalgie aiguë

Lombalgie chronique

  • une activité professionnelle exigeant un travail de force ;
  • le travail prolongé sur l’ordinateur ;
  • la sédentarité ;
  • le port de charges lourdes ;
  • un excès d’efforts physiques.
  • une maladie inflammatoire chronique telle que l’arthrose (favorisée par l’âge) ou la spondylarthrite ;
  • une tumeur vertébrale ou des métastases d’un cancer ;
  • un kyste arachnoïdien ;
  • une maladie hématologique ;
  • une pathologie touchant un autre organe susceptible d’irradier au niveau des lombaires (colique hépatique ou néphrétique, atteinte cardiaque, pancréatique ou pulmonaire) ;
  • un mode de vie stressant ou peu épanouissant ;
  • une grossesse ;
  • l’obésité.

Quelles sont les personnes à risque de lombalgie aiguë et chronique ?

La lombalgie touche généralement les adultes après l’âge de trente ans. Les risques augmentent avec l’âge en raison de la dégénérescence des tissus.

Lombalgie aiguë

Lombalgie chronique

  • les personnes sédentaires ;
  • les personnes dont l’activité professionnelle exige le port de lourdes charges (éboueurs, déménageurs …) ou un travail prolongé sur l’ordinateur.
  • les athlètes de haut niveau notamment prédisposés au développement de spondylolyses traumatiques (2).
  • les personnes atteintes d’ostéoporose ;
  • les personnes atteintes d’arthrose ou de spondylarthrite ;
  • les personnes atteintes d’une tumeur vertébrale, d’un cancer métastasé, d’une maladie hématologique (lymphome) ;
  • les personnes stressées ou déprimées.

Le délai de résorption d’une lombalgie aiguë/chronique

Le lumbago n’est pas une pathologie grave en soi, et se soigne dans neuf cas sur dix en l’espace de quelques jours à semaines (4 semaines maximum) avec un traitement adapté. Mais il arrive qu’il devienne chronique, c’est-à-dire que la douleur lombaire perdure plus de trois mois. Dans ce cas, le lumbago requiert une prise en charge particulière.

Quels sont les traitements de la lombalgie aiguë et chronique ?

Soigner une lombalgie aiguë

Un simple lumbago passe généralement en une dizaine de jours, grâce à du paracétamol, l’application de chaleur, l’absence de port de charges. Le port d’une ceinture lombaire permet aussi de soulager la douleur. « Toutefois, une fois que le patient souffre moins, il est essentiel de reprendre une activité rapidement afin d’éviter les récidives », explique le rhumatologue.

Soigner une lombalgie chronique

Toutefois, quand le lumbago devient chronique, il faut envisager trois types de traitements :

  • un traitement médicamenteux : le médecin peut prescrire des antalgiques (opiacés ou non), des anti-inflammatoires non stéroïdiens, ainsi que des myorelaxants dont le but est de détendre les muscles ;
  • un traitement local : pour soulager la douleur, il est possible d’appliquer des gels anti-inflammatoires non stéroïdiens ; si les douleurs persistent et sont intenses, le médecin peut préconiser une infiltration intra-articulaire de corticoïdes ; le port d'une ceinture lombaire peut aussi soulager provisoirement ;
  • un traitement manuel : le médecin peut prescrire des séances de kinésithérapie pour soulager le patient en cas de lombalgie chronique. Le kinésithérapeute peut procéder à des massages, des séances d’ultrasons, de laser ou de stimulation électrique. De même, des cures thermales peuvent se révéler utiles pour apaiser la douleur. Enfin, fréquenter l’école du dos pour apprendre comment soulever les charges sans mettre son dos en danger, comment éternuer sans risquer le tour de reins, comment se mouvoir en toute sécurité, est particulièrement recommandé dans le cas de lumbago chronique.

Des exercices pour lombalgie aiguë et chronique

Selon Vincent Tim, kinésithérapeute et fondateur de la chaîne santé : "le premier réflexe lorsque nous avons une douleur dorsale est d’arrêter de bouger. Cette réaction est humaine et compréhensible. Toutefois, l’immobilisation est un facteur d’aggravation de la lombalgie commune. Tout le travail consiste en réalité à comprendre que le mouvement ne va pas aggraver l’état du patient, mais au contraire accélérer sa guérison".

En effet, en cas de "lombalgie commune aiguë ou chronique, la douleur provient généralement de tensions musculaires ou de mauvaises aptitudes musculaires. Or lorsque nous bougeons, nous utilisons nos muscles, ce qui est douloureux en cas de lombalgie. Un cercle vicieux se met alors en place : le patient ne bouge pas pour éviter la douleur et les muscles (qui ne sont plus sollicités) fondent et se fragilisent d’autant plus", ajoute le kinésithérapeute et youtubeur.

La kinésithérapie permet d’apprendre les bons mouvements afin que le message douloureux s’atténue.

Selon le kinésithérapeute, l’idée est de ressentir 3 mouvements possibles au niveau du dos afin de réapprendre à bouger :

  • les flexions et extensions (à 90°) : Vous vous penchez en avant et en arrière doucement ;
  • les inclinaisons sur le côté (à 20°) : Vous allez toucher le côté du genou gauche avec la main gauche ou toucher le côté du genou droit avec la main droite ;
  • les rotations du bassin (à 15°) : Vous effectuez des petits cercles avec le bassin.

À noter que ces exercices ne sont à faire qu’en cas de lombalgie commune : "toutes autres pathologies doivent être écartées : infection, pathologie inflammatoire, cancer, fracture…", avertit Vincent Tim, kinésithérapeute.

Lombalgie aiguë et vie professionnelle

En cas de lombalgie commune aiguë, « un arrêt de travail n’est généralement pas souhaitable car l’inactivité retarde la guérison », selon le docteur Emmanuel Maheu. En effet, le travail permet le maintien d’une activité physique et focalise l’attention sur d’autres préoccupations que celles de la douleur.

"Toutefois, le poste peut être réadapté : le port de charges lourdes ainsi que les efforts en torsion ou en extension doivent être évités, la posture doit aussi être corrigée…", précise le docteur Emmanuel Maheu, rhumatologue.

Certaines professions exigeant des efforts physiques importants imposent cependant un arrêt de travail qui doit rester temporaire. Dans ce dernier cas de figure, si la lombalgie se chronicise, une réorientation professionnelle pourra être nécessaire.

Si vous souffrez d’une lombalgie, il est recommandé de contacter votre médecin du travail (via la Direction des ressources humaines, votre délégué de personnel ou la Direction régionale du travail). Il pourra déterminer si vous pouvez assurer votre poste ou intervenir auprès de votre entreprise afin de réadapter ce dernier à votre situation.

Taux d'invalidité pour lombalgie chronique

Si vous souffrez d’une lombalgie chronique et/ou secondaire à une maladie, il est possible que vous soyez dans l’incapacité d’accomplir votre activité professionnelle. En cas d’arrêt total ou partiel de votre travail, un médecin de la sécurité sociale calcule votre taux d’invalidité professionnel. Il détermine la catégorie d’invalidité dans laquelle vous vous trouvez en raison de votre lombalgie. Votre pension sera déterminée sur la base d’un salaire annuel moyen obtenu à partir de vos 10 meilleures années de salaire :

  • Catégorie 1 : invalide capable d’exercer une activité rémunérée. Le taux d’invalidité perçu est de 30% du salaire moyen (avec un montant mensuel minimum de 292,80 euros). Si l’assuré ne peut exercer son activité qu’à temps partiel, nous parlons d’IPP (invalidité permanente partielle).
  • Catégorie 2 : invalide qui ne peut exercer une activité professionnelle. Nous parlons alors d’IPT (invalidité permanente totale). Le taux d’invalidité est de 50% du salaire mensuel moyen (avec un montant mensuel minimum de 282,80 euros).
  • Catégorie 3 : invalide qui ne peut pas exercer une profession (IPT) et qui sont également dans l’obligation de recevoir une assistance d’une tierce personne pour exercer leurs activités de la vie quotidienne. Le handicap total reste rare en cas de lombalgie. Dans ce cas le taux est de 50% majoré de 40% par la majoration pour tierce personne (avec un montant mensuel minimum de 1418,09 euros).

À noter que le médecin-conseil de votre mutuelle utilise un barème souvent diffèrent de celui de la sécurité sociale. Les évaluations de la sécurité sociale et de la mutuelle sont à différencier et chacune donnera lieu à une indemnisation différente.

Sites et associations

Lombalgie.fr

Association francophone pour vaincre la douleur

Trouvez le centre anti-douleur le plus proche sur le site de l’AFLAR

Aidez Unicef à venir en aide aux enfants démunis ! Découvrez le leg

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mots-clés : Mal de dos