Les médicaments les plus courants et les moins chers disparaissent-ils vraiment des pharmacies ?
Les retards d'approvisionnement,, ruptures de stock et suppressions pures et simples de médicaments sont de plus en plus courantes en France. C’est un fait. Selon les données compilées par MedFrance et GERSData, 90 % des volumes de médicaments en pénurie en 2025 concernent des boîtes vendues à moins de 10 euros, une part multipliée par trois en seulement quatre ans.
Médicaments du quotidien à moins de 10 € : les premiers concernés par les ruptures et les arrêts de commercialisation, pourquoi ?
La crise ne se limite pas à des ruptures temporaires, elle se traduit par des sorties pures et simples du catalogue pharmaceutique. Sur les 297 médicaments remboursables retirés du marché français au cours de l'année 2025, 218 étaient des traitements du quotidien à moins de 10 euros, rapporte MedFrance, une syndicat professionnel dont la mission est de défendre les médicaments dits “matures”.
Cette situation touche directement des molécules de base comme l'amoxicilline, le paracétamol ou l'ibuprofène, mais aussi des prescriptions de fond contre l'hypertension artérielle, le cholestérol et l'asthme. Ce glissement progressif transforme des difficultés d'approvisionnement chroniques en abandons commerciaux définitifs par les fabricants, ce qui est un problème récurrent pour beaucoup de patients.
Désengagement industriel : le cas d'école des antidiabétiques
Ce phénomène s'explique par un fort déséquilibre économique documenté par l'Assurance maladie. En France, les boîtes de médicaments vendues à moins de 5 euros représentent 75 % des volumes prescrits mais seulement 10 % des dépenses globales, alors que les innovations à plus de 1 000 euros captent un tiers du budget pour 0,5 % des volumes.
L’arrêt programmé d'ici fin 2026 de cinq références clés chez Novo Nordisk, dont les insulines Levemir, Fiasp PumpCart, NovoMix 50 et le liraglutide Victoza; illustre parfaitement la problématique actuelle. Les laboratoires réorientent leurs chaînes de production vers des molécules plus rentables, comme les antiobésité. De plus, la commission d'enquête sénatoriale rappelle que 60 % à 80 % des matières premières actives proviennent d'Inde ou de Chine, une dépendance qui fragilise la rentabilité des lignes matures face à la hausse des coûts industriels.
Quels sont les risques pour la santé des patients ?
Ces disparitions perturbent directement le suivi médical. L'arrêt d'une spécialité oblige les médecins à modifier les ordonnances et à réajuster les posologies ou les dispositifs d'administration, comme les stylos injecteurs. Ces transitions imposent souvent une surveillance biologique renforcée pour éviter tout déséquilibre.
De plus, le temps passé à démarcher plusieurs pharmacies accroît la fatigue et la détresse des personnes vulnérables. L'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) souligne par ailleurs que la multiplication des changements de formes, de conditionnements ou de marques majore le risque d'erreurs médicamenteuses chez les personnes âgées polymédiquées. Le remplacement d'un traitement ancien par une référence plus récente peut aussi alourdir les restes à charge.
Continuité des soins : 4 réflexes à adopter
Face à ces tensions d'approvisionnement de plus en plus courantes, adoptez dorénavant ces quatre réflexes permettent de sécuriser la prise de ses traitements :
- Anticipez vos renouvellements : prévenez votre pharmacien sept à dix jours avant la fin de votre boîte, sans constituer de stocks inutiles chez vous.
- Privilégiez la prescription en DCI : demandez à votre praticien la Dénomination commune internationale pour identifier plus facilement un générique équivalent.
- Organisez une consultation de relais : prenez rendez-vous avec votre médecin dès qu'une tension s'installe afin de planifier une alternative thérapeutique adaptée.
- Consultez les alertes de l’ANSM, que nous relayons sur Medisite : le site officiel recense les ruptures majeures et précise les solutions de remplacement validées.
Afficher les sources de cet article
- L'Usine Nouvelle
- MedFrance. (2026). "Analyse des données GERSData sur la disponibilité des médicaments et les arrêts de commercialisation en France", Rapport et communication publique de MedFrance, septembre 2026.
- AMELI
- ANSM
- VIDAL
- Commission d'enquête sénatoriale sur la pénurie de médicaments. (2023). "Pénurie de médicaments : trouver d'urgence le bon traitement", Rapport d'information du Sénat.
- Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS). (2024). "Évaluation des mesures de prévention et de gestion des pénuries de médicaments d'intérêt thérapeutique majeur", Rapport public d'évaluation, ministère du Travail, de la Santé et des Solidarités.
- Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens
- Legifrance