Craquer ses doigts augmente-t-il le risque d’arthrose ?

Info ou intox ? Cette idée très répandue, selon laquelle craquer ses doigts pourrait augmenter vos risques de souffrir d’arthrose, serait en réalité totalement fausse. Mais alors d’où vient ce bruit, et que signifie-t-il ? On fait le point avec Philippe Fleuriau, président de l’Association Française de Chiropraxie.

Arthrose : craquer ses doigts n’augmente pas le risque

Arthrose : craquer ses doigts n’augmente pas le risque© Istock

Certaines personnes ont les articulations qui craquent très facilement. D’autres s’amusent à faire craquer leurs doigts volontairement. Parfois aussi la tête, les genoux ou encore les coudes. Et il y a souvent quelqu’un pour les mettre en garde contre le risque présumé d’arthrose ou d’arthrite.

Or, si le bruit des articulations qui craquent peut s’avérer exaspérant pour beaucoup de monde, ce geste n’est en aucun cas dangereux. “C’est une manie qui agace les gens, mais elle n’augmente absolument pas le risque d’arthrose”, explique Philippe Fleuriau, président de l’Association Française de Chiropraxie.

Le lien de causalité présumé entre craquements de doigts et arthrose est donc une simple idée reçue, souligne le chiropracteur. “Celle-ci est véhiculée depuis des siècles, et nulle ne peut expliquer pourquoi, dans la mesure où elle tient du simple domaine de la croyance”.

L’absence de risque est connue depuis moins de 50 ans

Mais cela fait finalement assez peu de temps qu’on le sait. Les premiers éléments permettant de conclure à l’absence de risque sont arrivés en 1975, grâce à une petite étude menée par le Dr Robert Swezey et son fils Stuart.

Les deux hommes ont demandé à vingt-huit résidents d’une maison de retraite s’ils avaient l’habitude de faire craquer leurs doigts, et ont réalisé des radios de leurs mains. Leurs résultats, publiés dans The Western Journal of medicine, conclut à l’absence de lien entre ce geste répété et la survenue de l’arthrite.

Pendant 60 ans, il a fait craquer tous les jours les doigts de sa main gauche

Une autre étude réalisée pendant la même période, mais à plus petite échelle encore, a permis d’aboutir aux mêmes résultats. Celle-ci a été menée par le Dr Donald Unger… sur lui même ! Lorsqu’il était enfant, sa mère ne cessait de lui répéter qu’il finirait par avoir de l’arthrite à force de faire craquer ses doigts.

En grandissant, il embrassa une carrière de médecin et voulu vérifier par lui-même les avertissements de sa maman. Pendant 60 ans, il a donc fait craquer deux fois par jour les phalanges de sa main gauche, uniquement - pour un total d’au moins 36 500 craquements. À la fin de son expérience, en 1998, aucune trace d’arthrite, ni d’arthrose, n’était à déplorer dans cette main, qui était en aussi bonne santé que la droite.

Bien sûr, lui même a reconnu qu’un échantillon de cinq doigts était un peu trop limité pour tirer des conclusions plus générales. Mais une étude plus large, dont les résultats ont été publiés en 2011, a fini par confirmer les découvertes du Dr Swezey et du Dr Unger.

Cet article vous a intéressé ?

Recevez encore plus d'infos santé, en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.

Source(s):

The Consequences of Habitual Knuckle Cracking, The Western Journal of medicine, 1975. 

Knuckle cracking and hand osteoarthritis, Journal of the American Board of Family Medicine, 2011. 

Merci à Philippe Fleuriau, président de l’Association Française de Chiropraxie