“J’ai dû passer deux fois au bloc opératoire” : 25 000 opérations chirurgicales à cause des morsures de chat chaque année en France
La plupart d’entre nous l’ignore mais les lésions causées par les chats de compagnie mènent bien plus souvent au bloc opératoire que celles infligées par les chiens.
Une urgence sous-estimée : 25 000 passages au bloc opératoire chaque année
Selon la Fédération des services d'urgence de la main (Fesum), plus de 25 000 interventions chirurgicales d'urgence surviennent chaque année en France après une morsure d'animal domestique, principalement de chat. Les données cliniques révèlent qu'entre 30 % et 63 % des plaies infligées par un félin développent une surinfection en l'absence de soins immédiats, contre 15 % à 20 % pour les blessures provoquées par un chien.
C’est ce qu’a vécu Marie-Agnés, 75 ans : “Je me suis fait mordre par le chat de sa voisine et j’ai dû passer deux fois au bloc opératoire ensuite, nous explique-t-elle. Je conserve depuis des séquelles.” Même mésaventure pour Jade, habitante du Maine-et-Loire interrogée par BFMTV il y a quelques mois. Après quatre morsures de son animal pris de peur, la jeune femme a subi une opération d'urgence sous 24 heures et conserve des séquelles fonctionnelles nécessitant une rééducation prolongée.
Lui aussi interrogé par BFMTV, le Dr Fabrice Rabarin, directeur d'un centre SOS mains et secrétaire général de la Fesum, précise : « Les morsures de chat sont très fréquentes, nous en avons au moins une par jour. Elles entraînent souvent des lésions sérieuses au niveau de la main. Pour nous, elles sont beaucoup plus agressives et beaucoup plus graves que les morsures de chiens, tant en nombre qu’en termes de gravité des lésions tissulaires ».
Pourquoi une morsure de chat peut-elle être si grave ?
Contrairement aux dents des chiens qui créent des déchirures ouvertes par écrasement, les canines du félin fonctionnent comme de fines seringues. Pointues et étroites, elles traversent le derme sans créer de saignement visible abondant. Juste après la morsure, la minuscule perforation superficielle se referme spontanément, créant une poche close privée d'oxygène particulièrement favorable à la prolifération bactérienne.
De plus, la main est une zone particulièrement à risque : tendons, gaines synoviales et articulations se situent à peine à quelques millimètres sous la peau. La bactérie Pasteurella multocida, hébergée naturellement par 70 % à 90 % des chats en bonne santé, provoque une inflammation aiguë et douloureuse en seulement 3 à 12 heures. Une étude publiée en 2024 dans la revue Archives of Orthopaedic and Trauma Surgery confirme d'ailleurs une présence microbienne active dans 61 % des prélèvements chirurgicaux, avec cette bactérie précisément retrouvée dans 53 % des cultures positives.
Complications tissulaires : comment progresse l'infection ?
Autre problématique, la douleur n'apparaît souvent que plusieurs heures après la morsure, ce qui complique et surtout retarde la prise en charge. Le Dr Fabrice Rabarin confirme : « Souvent les gens arrivent au bout de 12 ou 24 heures, alors que les lésions sont déjà fixées. À peine la morsure est arrivée : il faut débuter un traitement médical, notamment antibiotique. On conseille aux personnes de consulter un médecin très rapidement**, il ne faut pas attendre ».
A défaut, poursuit le médecin, les patients doivent subir « un traitement chirurgical, un traitement antibiotique souvent lourd, un arrêt de travail lorsque la personne est active, et cela peut entraîner des séquelles comme un enraidissement de la main, des séquelles fonctionnelles ». Pire, si l’infection est trop avancée, il faut parfois envisager une amputation.
Que faire immédiatement après une morsure ?
Même si la plaie est minuscule, il faut toujours la nettoyer abondamment la plaie à l'eau tiède et au savon doux pendant 10 à 15 minutes, seule solution pour éliminer la salive et des germes logés dans les tissus. Séchez ensuite la zone par tamponnement avant d'appliquer un antiseptique cutané. En revanche, il ne faut pas coller de pansement occlusif ou de strips de suture, sous peine de piéger les bactéries à l'intérieur du derme.
Consultez un médecin dans les 2 à 4 heures ou contactez un centre SOS mains. Un traitement antibiotique préventif à base d'amoxicilline-acide clavulanique est généralement prescrit pour une durée de cinq jours. Cette consultation permet également de vérifier le statut vaccinal contre le tétanos et de lancer une surveillance de l'animal mordeur pendant 15 jours si le risque de rage existe.
Chat : comment éviter les morsures ?
Le plus souvent, la morsure est consécutive à une incompréhension entre l'humain et l’animal. Agacé, le chat se défend, même si vous êtes simplement en train de le caresser. Les oreilles plaquées contre la tête, des battements saccadés de la queue, des pupilles dilatées ou des miaulements sont des alertes évidentes de panique ou d'irritation. De même, il ne faut jamais essayer d’attraper à mains nues un chat qui est coincé ou apeuré. Utilisez une couverture ou des gants épais.